Ce n'est pas la bonne nouvelle du lundi, mais celle du jeudi. Le Liban organisera le 6 décembre dans la salle de conférences de l'Unesco un grand événement sous le signe de « L'Orient multiple ». C'est la dynamique mission libanaise de l'Unesco, conduite par l'ambassadeur Khalil Karam, qui prépare l'événement sous la supervision du ministre des AE Gebran Bassil.
En dépit des multiples soucis politiques, militaires et sécuritaires qui occupent actuellement le Liban, le ministre des AE, qui est arrivé lundi soir dans la capitale française, a tenu à laisser une place à la culture dans ses nombreuses rencontres politiques. Il a donc visité la mission libanaise à l'Unesco et s'est entretenu avec la directrice générale de cette organisation, Mme Irina Bokova. L'idée du ministre libanais est qu'en cette période particulièrement complexe et de confrontation, il faut plus que jamais miser sur le dialogue interreligieux, sur la tolérance et sur le renforcement des points communs qui existent entre les différentes religions et les différentes civilisations.
Dans ce contexte, le Liban est un pays pionnier et un modèle qu'il faut préserver, protéger et renforcer. Les idées ne manquent pas, l'intention non plus. Mais le Liban a besoin d'appuis pour concrétiser et renforcer son rôle. M. Bassil est donc venu voir comment le Liban pourrait coopérer avec l'Unesco dans ce but, sachant que la mission libanaise à l'Unesco est l'une des plus anciennes et qu'une toile du peintre libanais Aref Rayès, ayant pour nom L'Alphabet, trône à l'entrée de la salle de réunions de l'Unesco.
Mme Bokova s'est montrée très attentive aux thèses du ministre, insistant elle aussi sur la nécessité de réaliser des projets concrets et de ne pas s'en tenir aux paroles. Elle a aussi précisé que les idées doivent venir des pays eux-mêmes car ils connaissent les vrais problèmes. Le Liban est dans ce contexte le modèle idéal, d'autant qu'en plus de sa diversité et des menaces qui pèsent sur lui, il possède une société civile active. Le ministre Bassil a saisi la perche qui lui était ainsi tendue pour parler de la grande conférence du 6 décembre, qui est organisée en coopération avec la Fondation Rafic Hariri, mais aussi des activités du Centre Byblos, le seul centre au monde dédié au dialogue des cultures et à la promotion de la culture de la paix et de la tolérance.
M. Bassil a insisté sur le fait que le Liban peut parler avec toutes les parties et, par conséquent, il peut jouer un rôle rassembleur en cette période de conflits et de divisions. De même, à travers la culture, on peut renforcer l'esprit d'acceptation de l'autre par le biais notamment de la réforme des programmes scolaires. À ce sujet, un grand travail a été déjà accompli lors des réunions des ministres de l'Éducation de différents pays, mais il reste encore beaucoup à faire. Le ministre libanais a aussi proposé la tenue d'une sorte de table ronde ou d'un sommet religieux qui regrouperait le Vatican, al-Azhar, et les autorités chiites et orthodoxes pour adresser un message de paix et d'unité au monde. Ce sommet pourrait même se tenir au Liban et serait ainsi un symbole fort pour l'humanité tout entière, actuellement déchirée. Les deux parties se sont entendues pour mettre en avant l'islam modéré, qui est en réalité le véritable visage de l'islam.
Mme Bokova, une dame qui connaît bien ses dossiers et dont certains prédisent une carrière importante à l'Onu, a appuyé l'idée de renforcer le rôle du Liban à l'Unesco au niveau du rapprochement des peuples. Elle a aussi rendu hommage à la Fondation al-Walid ben Talal qui finance des projets culturels qui visent à favoriser l'entente et le développement. Elle a aussi rendu hommage au rôle de l'Observatoire du patrimoine syrien basé à Beyrouth dans la préservation du patrimoine libanais et elle a eu cette formule incisive : il faut se rapprocher du feu pour se réchauffer, mais sans se brûler.
Dans tous les entretiens du ministre Bassil à Paris, qu'il s'agisse du ministre des AE Laurent Fabius, du président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone ou des députés franco-libanais Henry Gebrayel et Élie Abboud, le dossier des déplacés syriens a occupé une place importante, le ministre estimant qu'on ne peut plus ignorer le fait que cette présence syrienne massive est devenue un grand problème pour le Liban. L'idée est donc de chercher une couverture internationale pour tenter d'arrêter le flux, sans être accusé de manquer d'humanité. C'est avec le ministre Fabius, qui s'est montré, selon les milieux libanais, particulièrement ouvert et compréhensif, qu'a été évoquée l'idée de recourir à un article de la convention internationale sur les réfugiés qui autorise un pays soumis à un afflux massif de déplacés de chercher à se protéger. Le ministre Bassil a, en tout cas, perçu dans toutes ses rencontres à Paris un intérêt réel pour le Liban et un souci sincère de préserver la stabilité dans ce pays. Mais le plus étrange, c'est que c'étaient les Français qui cherchaient à s'informer du don saoudien pour l'achat d'armes françaises pour l'armée libanaise... Dans ce dossier, il y a visiblement un chaînon manquant, une sorte de mystère qui n'est pas encore éclairci. Ce n'est sans doute pas le seul. Par contre, sur la présidence, la position française est claire : pour l'élection au plus tôt d'un nouveau président. La France n'a ni veto ni préférence...


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