Des quatre coins de la France, des messages de soutien et des rassemblements silencieux en hommage à Hervé Gourdel, l’otage décapité dimanche. Sylvain Thomas/AFP
Drapeaux en berne, musulmans réunis pour dire « halte à la barbarie », rassemblements silencieux : les hommages se sont multipliés hier en France à la mémoire d'Hervé Gourdel, otage enlevé en Algérie et assassiné par des jihadistes ralliés à l'organisation État islamique (EI).
« Nous, musulmans de France, disons halte à la barbarie », a lancé le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Dalil Boubakeur, face à des centaines de personnes rassemblées devant la grande mosquée de Paris en présence aussi de représentants des autres cultes et de personnalités politiques de gauche comme de droite. « Ce rassemblement, c'est l'expression forte et vivante de notre volonté d'unité nationale et de notre volonté inébranlable de vivre ensemble », a-t-il ajouté.
Le rassemblement avait suscité le scepticisme du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), pour qui « les musulmans ne doivent pas jouer le jeu islamophobe, qui consiste à les placer en coupables et suspects idéaux, les poussant sans arrêt à se justifier pour les agissements de tiers ». « Nous sommes là en solidarité avec Hervé Gourdel, pas pour nous justifier », a rétorqué Abdallah Zekri, président de l'Observatoire contre l'islamophobie, lié au CFCM.
« Ceux qui ont fait ça sont des animaux sauvages », dénonce sans ambages Chagour Khaouther, qui enseigne l'arabe en banlieue parisienne. « Je ne peux pas accepter qu'ils disent faire ce genre d'action au nom de l'islam. » Comme elle, plusieurs musulmans croisés dans la banlieue parisienne semblent soulagés de pouvoir confier leur effroi. « Ce ne sont même pas des musulmans », estime ainsi Célia Delgado, une convertie de 22 ans.
Hervé Gourdel, un guide de haute montagne de 55 ans, a été enlevé dimanche en Algérie par le groupe Jund al-khilafa, lié à l'organisation État islamique (EI) qui réclamait l'arrêt des frappes françaises en Irak. Dans une vidéo, mise en ligne mercredi, ses ravisseurs ont montré sa mise à mort. Deux jours avant, les jihadistes de l'EI avaient lancé un appel aux musulmans à tuer les « incroyants », et « en particulier les méchants et sales Français ». « Nous sommes aussi de "sales Français" », ont rétorqué, dans une tribune publiée par Le Figaro, des personnalités musulmanes, dont la sénatrice socialiste Bariza Khiari, le recteur de la grande mosquée de Lyon Kamel Kabtane ou le journaliste Marwane Ben Yahmed.
« Dignité et retenue »
Au lendemain d'un premier hommage à Saint-Martin-Vésubie, où 800 personnes ont défilé dans le silence jusqu'au bureau des guides fondé par Hervé Gourdel, des rassemblements avaient été organisés dans plusieurs villes de France. La famille d'Hervé Gourdel avait souhaité qu'ils se déroulent « dans la dignité et la retenue ». « Nous ne tolérerons pas les paroles haineuses, provocatrices et politiques, qu'elles viennent de n'importe quel bord. Nous ne souhaitons pas de prise de parole d'élus », avait-elle dit. Hier soir, une centaine de personnes sont venues déposer roses blanches et bougies devant l'église Saint-Sulpice dans le centre de Paris. « Ça aurait pu être mon père, mon oncle. J'ai été émue comme s'il était un membre de ma famille », a expliqué Sylvie, 25 ans, venue avec sa mère avec une bougie et une rose. L'exécution de l'otage a d'ailleurs renforcé le soutien des Français aux raids contre l'EI, avec 69 % de personnes favorables selon un sondage Ifop publié hier, contre 53 % une semaine auparavant.
Par ailleurs, quatre Algériens qui accompagnaient Hervé Gourdel lors de sa capture ont été mis en garde à vue par les autorités de leur pays qui s'interrogent sur le rôle qu'ils pourraient avoir joué dans l'enlèvement. Les drapeaux resteront en berne jusqu'à demain à la demande de l'Élysée, et les hommages se poursuivront tout le week-end.
Dans ce contexte, le chef et huit autres membres présumés d'une cellule recrutant des jihadistes pour l'EI ont été arrêtés dans l'enclave espagnole de Melilla, au nord du Maroc, et la municipalité marocaine de Nador, ont annoncé hier Madrid et Rabat.
(Source : AFP)

