Rechercher
Rechercher

Culture - Course Aux Prix

« Le roi disait que j’étais diable », ou le « biopic » d’une reine turbulente

En lice sur les premières listes des prix Renaudot et Goncourt (des lycéens), « Le roi disait que j'étais diable » de Clara Dupond-Monod (Éd. Grasset).

Un «biopic» qui revisite, à la lumière d'aujourd'hui, une figure sulfureuse du Moyen Âge. Cette Aliénor d'Aquitaine, reine de France, qu'on a décrite libre, conquérante et sorcière! Revue de détail.

Une phrase: «La joie est stupide. Elle s'offre facilement. C'est l'émotion la plus reconnaissable, donc la moins perfide (...) Rien n'est plus angoissant qu'un être joyeux.» Cette toute première phrase du livre augure de l'insolence, de la fougue et de la complexité du caractère de l'héroïne. Ce sont là les tout premiers mots que jette Aliénor d'Aquitaine à la figure du lecteur. Avouez qu'ils sont accrocheurs!

Résumé : «Le roi disait que j'étais diable.» Cet énoncé – qui fait un si joli titre! – l'évêque de Tournai l'avait mis dans la bouche d'Aliénor d'Aquitaine. Et c'est un peu lui qui est à l'origine de la légende noire de cette reine, épouse successive du roi de France Louis VII, puis du roi d'Angleterre Henri II. L'histoire a retenu d'elle l'image d'une ambitieuse, une batailleuse, à la personnalité fantasque, aimant s'entourer de troubadours et qui – sacrilège! – a osé défier l'Église, en prenant notamment l'initiative de demander le divorce du roi Louis VII. Bref, une figure du XIIe siècle à l'incroyable modernité! De quoi inciter Clara Dupond-Monod à s'intéresser à l'intimité de son premier couple. À ses quinze années de vie commune avec un «roi moine», austère et faible, son exact opposé. Depuis leurs noces d'adolescents jusqu'au divorce, en passant par leur croisade en Terre sainte, l'auteure entrecroise les voix des deux protagonistes de cet amour impossible. Une narration alternée qui raconte l'incompatibilité entre une femme redoutablement séduisante et furieusement libre, et son mari, amoureux d'elle du premier regard et qui se reniera pour essayer de la conquérir, en vain.

L'auteur: Éprise d'histoire moyenâgeuse, de figures rebelles, de destins tourmentés et de trajectoires fracassées, Clara-Dupond Monod possède à son actif cinq précédents romans. Dont La passion selon Juette, où elle brossait le portrait de sainte Ivette de Huy et sa lutte contre les diktats de l'Église, ou encore La folie du roi Marc, dans lequel elle redonnait sa dignité au roi Marc, le mari trompé de la légende de Tristan et Yseult. Mais cette romancière, qui est également journaliste (elle anime une émission littéraire sur France Inter), a également signé Histoire d'une prostituée, sorte de roman documentaire né de ses conversations avec une jeune Roumaine exerçant le plus vieux métier du
monde.

Extrait: «Le vrai pouvoir repose sur des notions extrêmement subtiles, étrangères au règne animal qui, lui, repose sur la domination. Il exige de la confiance. De la distance. De l'humilité, aussi, puisque la victoire est pleinement acquise lorsqu'on a douté d'elle. Tu le vois : le pouvoir, mon Aliénor, n'a rien à faire avec les armes que tu chéris. La conquête morale sera toujours plus haute que celle des terres. Voilà pourquoi l'administration de mon royaume me préoccupe bien plus que les batailles. Ma guerre, c'est de faire en sorte que chacun respecte les décisions prises ici, dans cette salle de conseil royal, que chacun néglige son bout de terre pour un domaine bien plus vaste nommé le royaume de France.» Comme quoi, politiquement, le monde n'a toujours pas évolué depuis le Moyen Âge !

Genre: «L'histoire laisse tant de zones blanches qu'elle permet la légende, mais aussi le roman», écrit Clara Dupond-Monod, en conclusion, avant de livrer la chronologie historiquement établie de la vie d'Aliénor d'Aquitaine. Soit, les balises de faits réels à partir desquels l'auteure a construit son livre. Lequel n'est pas un roman historique, mais un «biopic». Comprendre par là une fiction romanesque mettant en scène un personnage ayant réellement existé. Une figure réelle sur laquelle la romancière projette son propre imaginaire, remplissant les blancs biographiques avec des hypothèses toutes personnelles et brodant ainsi, entre deux faits historiques avérés, tout un pan de vie, avec son lot d'émotions, de sentiments, de réactions... Cela donne un roman médiéval aux accents psychologiques modernes. À la lecture prenante!

Un «biopic» qui revisite, à la lumière d'aujourd'hui, une figure sulfureuse du Moyen Âge. Cette Aliénor d'Aquitaine, reine de France, qu'on a décrite libre, conquérante et sorcière! Revue de détail.
Une phrase: «La joie est stupide. Elle s'offre facilement. C'est l'émotion la plus reconnaissable, donc la moins perfide (...) Rien n'est plus angoissant qu'un être joyeux.» Cette toute première phrase du livre augure de l'insolence, de la fougue et de la complexité du caractère de l'héroïne. Ce sont là les tout premiers mots que jette Aliénor d'Aquitaine à la figure du lecteur. Avouez qu'ils sont accrocheurs!
Résumé : «Le roi disait que j'étais diable.» Cet énoncé – qui fait un si joli titre! – l'évêque de Tournai l'avait mis dans la bouche d'Aliénor d'Aquitaine. Et c'est un peu lui qui est à l'origine...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut