Les familles des militaires otages ont dressé leurs tentes, place des Martyrs, dans une volonté manifeste de pousser un cran plus loin leur mouvement de protestation. Photo Marwan Assaf
La rencontre ne devait pas dépasser l'aspect symbolique. Le Premier ministre, Tammam Salam, qui s'est entretenu mardi avec les familles des otages militaires détenus par les jihadistes syriens dans le jurd de Ersal, a peiné à les réconforter, n'ayant pratiquement aucune assurance à leur donner à ce stade.
Seul espoir pour l'instant, la visite escomptée du directeur de la Sûreté, le général Abbas Ibrahim, qui devrait incessamment se rendre au Qatar pour une mission de médiation, officielle cette fois-ci, afin d'œuvrer en faveur de la libération des otages.
Une source proche de la cellule ministérielle de crise a indiqué hier qu'« il y a des lignes rouges dans ce dossier que personne ne saurait dépasser ». La source, qui est citée par le quotidien as-Safir, a indiqué que le contrôle sécuritaire à Ersal et dans le jurd relève désormais « de la responsabilité exclusive de l'armée, sur base d'une décision du Conseil des ministres ». « Le gouvernement a accordé à l'institution militaire la couverture nécessaire afin qu'elle puisse accomplir sa mission et prendre les mesures qu'elle estime propices pour la libération des soldats ».
Les familles dressent des tentes
Au bord du désespoir et craignant la réédition des décapitations aux mains de « l'État Islamique », les familles ont organisé hier un sit-in ouvert à la place des Martyrs où ils ont dressé des tentes, pressant le gouvernement de tenir des réunions urgentes et accélérées pour la libération de leurs fils.
« Nous n'allons pas procéder à la coupure des routes et allons manifester pacifiquement », ont-ils déclaré, précisant que la décision du sit-in était déjà prise bien avant leur rencontre avec le chef du gouvernement.
Sur place, les familles ont brandi des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « Nous sommes là et nous y resterons jusqu'à la libération de nos otages » ; « Si Gebran (Bassil), Taymour (Joumblatt) étaient pris en otage, qu'aurait donc fait le général (Michel Aoun) ou Walid Joumblatt ? »
Un portrait géant de Ali Sayyed a été levé, en présence de son père qui a voulu marquer sa solidarité avec les familles.
La manifestation a été marquée par une participation parlementaire, en présence de plusieurs dignitaires religieux, dont le mufti du Akkar, Zayd Mohammad Bakkar Zakariya, et un représentant de l'archevêché grec-orthodoxe de Tripoli, Mgr Élias Gergès.
(Lire aussi : Méfiance du 8 Mars à l'égard de la coalition en gestation pour frapper l'EI, le décryptage de Scarlett Haddad)
Prenant la parole, le député Khaled Zahraman (14 Mars) a appelé le gouvernement à faire de son mieux pour libérer les militaires et de faire en sorte que ce dossier soit le seul inscrit à l'ordre du jour de l'action gouvernementale. « La surenchère ne sert nullement la cause des otages et n'aide pas à leur libération, a-t-il dit. Nous sommes venus aujourd'hui pour exprimer une revendication humaine et demander au gouvernement d'agir rapidement (...). On ne peut en aucun cas refuser d'envisager les solutions possibles », a-t-il martelé.
Le mufti du Akkar a pour sa part déclaré : « Nous ne pouvons rester figés sur le mot prestige. Le prestige a été bafoué dès que le quorum n'a pas été atteint pour l'élection du chef de l'État. Il a été foulé aux pieds à plusieurs autres occasions. D'ailleurs, le prestige de l'État disparaîtra complètement si les soldats sont décapités. » L'uléma, qui a affirmé que le gouvernement devrait examiner la possibilité d'obtenir la libération des otages par tous les moyens, a souligné que ceux qui bloquent la solution devraient être dénoncés dans les médias.
Prenant à son tour la parole, le représentant de l'archevêché de Tripoli a déclaré : « Nous saluons l'armée et le gouvernement ainsi que les efforts qu'ils déploient. Nous réclamons également que des procès justes et expéditifs dans l'affaire des détenus islamistes puissent avoir lieu. Nous ne réclamons pas l'échange, mais que les procès soient accélérés. »
Par ailleurs, le quotidien saoudien al-Charq el-Awsat a rapporté des indications fournies par les milieux du Grand Sérail qui ont souligné que le Premier ministre a « devancé la réunion avec les parents des otages militaires en effectuant des contacts avec l'ensemble des forces politiques pour juguler la tension sécuritaire, et ce dans le cadre des mesures prises par le gouvernement pour empêcher la dégradation de la situation ».
Les nouvelles en provenance de la Békaa-Nord ne sont pas si rassurantes, devait constater pour sa part le président de la municipalité de Ersal, Ali Houjeiri, qui, dans un entretien accordé au quotidien koweitien al-Anba', a affirmé que « la Békaa-Nord risque de sombrer dans la discorde si les forces de sécurité et l'armée ne parviennent pas à juguler les opérations de rapt et à mettre fin aux agressions contre les civils et les innocents, plus particulièrement les actes commis contre les habitants de Ersal pour se venger de l'État islamique et d'al-Nosra, a-t-il dit. À ce jour, les habitants de Ersal se contrôlent en s'abstenant de réagir aux agressions », a prévenu M. Houjeiri.
Et d'ajouter : « Ersal n'acceptera pas de devenir un bouc émissaire et une cible facile pour ceux qui veulent l'engloutir à cause de son soutien à la révolution syrienne. »
Le président de la municipalité a mis en cause « le complot fomenté par les services de renseignements syriens et le Hezbollah qui, a-t-il dit, n'est plus un secret pour personne. Leurs justifications concernant les atteintes portées aux habitants de Ersal ne passent plus », a affirmé Ali Houjeiri.
(Lire aussi : Bassil plaide pour la participation de l'Iran et du régime syrien à la coalition contre l'EI)
Nouvelles craintes sécuritaires à Tripoli
À Tripoli, de nouvelles inscriptions faisant référence à l'EI sont apparues hier, cette fois-ci sur le mur d'une boucherie située à Mina, appartenant à un Libanais d'origine syrienne.
La même inscription a été appliquée sur son véhicule. D'autres slogans relatifs à l'EI ont été inscrits dans les tunnels de Bhannin et Aarman, à Minyé.
Toujours à Tripoli, un habitant de Bab el-Tebbané, Fawaz Bazzé, chiite, est décédé hier des suites de ses blessures. Il a été visé par des islamistes radicaux. Chadi Maoulaoui serait l'un des agresseurs.
Lire aussi
Gemayel : La coalition contre Daech va modifier les données et résoudre des problèmes...





Non ! QU'ILS "INTERPELLENT" N'IMPORTE QUOI, SAUF CE DUO-LA !
18 h 28, le 12 septembre 2014