Jacques-Antoine Gannat s’est installé à Beyrouth pour y défricher de jeunes talents libanais et...syriens.
Parmi ces défricheurs de nouveaux talents, Jacques-Antoine Gannat. Ce jeune historien d'art et curateur qui a fait ses armes chez Tajan à Paris puis chez Christie's à Londres a, comme un certain nombre de ses pairs, pressenti le potentiel de l'art contemporain du Moyen-Orient. Une région dont le bouillonnement politique et social forme le catalyseur d'un renouveau artistique, d'une créativité empreinte d'une identité forte, typée – et cela aussi bien dans les thèmes que dans l'iconographie –,
orientée vers une expression contestataire... Qui s'inscrit, bien sûr, dans la logique des événements.
Installé à Beyrouth depuis quelques mois après un passage par Le Caire où, avec Alban de Ménonville (critique et membre du comité de rédaction du journal al-Ahram Hebdo) et Salem Massalha (consultant en communication), il a fondé « Sawart » (anagramme de Sawrat !), « un collectif visant à promouvoir l'art "révolutionnaire" égyptien », Jacques-Antoine Gannat s'intéresse aujourd'hui fortement à la scène contemporaine libanaise. Qu'il estime « d'une enthousiasmante multiplicité, d'une créativité dense tout en étant moins sombre que celle des artistes syriens, irakiens ou palestiniens auxquels je m'intéresse également. Et puis, Beyrouth est une place très intéressante du point de vue du marché de l'art, très dynamique, en dépit des complications de la situation actuelle, avec des opportunités qu'on ne trouve plus à Dubaï, où on observe une certaine saturation », dit-il.
Autant de facteurs qui l'ont donc incité à partir « à la découverte de jeunes et talentueux artistes au Liban qui ont un grand besoin d'être représentés ici et à l'étranger », soutient-il. Mais aussi d'exposer quelques-uns de « ses » artistes égyptiens à la Beirut Art Fair (qui se tiendra au Biel du 18 au 21 septembre), « dans l'objectif de faire se rencontrer et dialoguer les jeunes artistes des différents pays du Moyen-Orient ». Le but ultime étant, évidemment, de promouvoir l'ensemble de ces artistes dans les galeries et sur les marchés de l'art européens, assure Gannat.
Pour en revenir à l'exposition Sawart qu'il organise à la BAF, le curateur français assure avoir choisi d'y présenter : Marwa Adel, Keizer (déjà repérés par le Herald Tribune et le New York Times) et Alaa Awada. Une photographe, un street artiste et un peintre qui constituent trois figures importantes de l'avant-garde révolutionnaire égyptienne. « Tous nés dans les années 80, ils se rejoignent autour des thèmes communs que sont la dénonciation de la dictature, les idéaux de justice, l'engagement en faveur des droits des femmes, de la liberté d'expression... Inspirés par les mêmes sujets de contestation que ceux brandis par les manifestants de la place Tahrir. Avec des médiums et des styles totalement différents, ces jeunes artistes, partis de l'underground, ont inscrit ainsi leur travail dans une recherche visant à transcender les bouleversements et les maux de l'Égypte contemporaine. Et, en dépit de l'indubitable qualité esthétique de leurs œuvres, ils ont dépassé la simple création pour constituer, entre 2011 et 2014, un nouveau mouvement dans l'art du pays du Nil orienté vers le témoignage, l'engagement et la lutte contre les conventions établies par des années de censure, d'obscurantisme et
d'oppression. »
On le sait, l'art et la rébellion ont toujours fait bon ménage. Sawart*, pour sa part, veut renforcer ce lien en Égypte, comme dans d'autres pays du Moyen-Orient, dans un esprit de mise en lumière de la contribution de l'art à l'établissement d'une société meilleure. Mais aussi, sans doute, dans le but d'enrichir les places artistiques occidentales d'une sève nouvelle !
* www.sawart.org

