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Diaspora

De Hadchit jusqu’en Australie : réussir sans jamais oublier son passé

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Dans l'ouest de Sydney, à Parramatta, des Libanais originaires de Hadchit ont fait leurs preuves dans divers domaines. Récemment, le sort non banal de ces familles a été évoqué dans les études de Nelia Hyndman-Rizk*.

01/09/2014

Des Libanais originaires de Hadchit ont commencé à s'établir dans les banlieues de Sydney dans les années 1960. C'est à partir de cette date et jusqu'en 1980 qu'ils se sont installés progressivement dans ces quartiers. Les tout premiers immigrés ont parrainé les nouveaux arrivés et les ont aidés à trouver du travail. Dès que ces derniers s'établissaient dans ce pays, ils demeuraient proches de leurs familles.

Ces quelque 500 familles se distinguent des autres émigrés en Australie, ce qui explique pourquoi la chercheuse Nelia Hyndman-Rizk a choisi de leur consacrer une étude. Dans son article paru dans la revue Labour and Management in Development Journal, numéro 15, 2014, l'auteure note que, malgré la crise sur le marché de travail de Sydney, ces migrants ont réussi à vaincre tous les obstacles, à un moment où d'autres souffraient pour trouver un travail convenable.

La clé de ce succès, ce sont les réseaux que ces communautés ont établis et leur capacité à viser les emplois les mieux rémunérés. La chercheuse relate les stratégies établies par les migrants afin de surmonter leur immobilité sociale. Ils ont constitué l'annuaire téléphonique de Hadchit sous le titre de « Kitab el-hatif », qui répertorie toutes les entreprises appartenant à des immigrés de ce village afin de faire connaître leurs services. Dans cet outil qui permet aux réseaux de se renforcer, on retrouve tout type d'entreprises : industrie, construction, carrelage, menuiserie, plomberie, produits alimentaires, immobilier, boulangerie, coiffure... Grâce à cet annuaire, ces entreprises arrivent à atteindre un très grand nombre de clients. D'ailleurs, tous les migrants y ont recours au point qu'aujourd'hui, note Nelia Hyndman-Rizk, « la communauté de Hadchit est devenue partiellement autonome (du reste du marché australien) ». Et certains ont bâti de véritables empires.
À ce propos, la chercheuse se demande comment l'accumulation de ce capital est vécu par ces populations originaires du Liban-Nord.

Un paradoxe au sein de la communauté

Nelia Hyndman-Rizk explique qu'une classe de nouveaux riches s'est constituée au sein de cette communauté, avec un énorme clivage social par rapport aux plus démunis. Des personnes qu'elle a interviewées se plaignent du fait que les événements sociaux sont devenus une occasion, pour certains, d'étaler les richesses, et qu'une compétition interfamiliale féroce se fait cruellement sentir. On peut s'en apercevoir dans des endroits tels que le «Grand-Westella» où se déroulent les événements communautaires.

Prenons, par exemple, la fête de saint Raymond. Ce jour-là, quelque 600 à 700 personnes se regroupent à cet endroit. Dans le passé, explique un interviewé, toute la famille pouvait y participer moyennant une entrée à dix dollars à peine. Aujourd'hui, on paie l'entrée 50 ou 70 dollars et on est obligé de se mettre sur son trente-et-un, au point que c'est devenu un prestige d'y participer. « La stratification sociale s'est intensifiée en raison de l'accumulation inégale du capital et de la recherche par certains nouveaux riches d'une distinction sociale à tout prix, écrit-elle. C'est cela qui a fait grimper le coût de participation à ces événements communautaires. »

En réaction à cette situation, les membres les moins aisés de la communauté sont nostalgiques d'un passé où, au tout début de la période d'émigration, il y avait une plus grande égalité au sein de la collectivité. Aussi, Nelia Hyndman-Rizk souligne un autre fait résultant de cette inégalité sociale. Elle évoque une « richesse matérielle accompagnée du paradoxe de la pauvreté spirituelle ». Comme si, à chaque fois qu'un migrant s'enrichissait, il s'appauvrissait spirituellement...

Pour contrecarrer ce sentiment, les migrants répètent inlassablement cette ode : « Vous avez émigré pour vous enrichir au sein d'un monde nouveau. Quoi qu'il vous arrive, vous pourrez revenir à Hadchit. Lorsque vous y reviendrez, vous connaîtrez le bonheur et vous vous souviendrez qu'en dehors de Hadchit, peu importe votre richesse. Tout cela n'est rien par rapport au sentiment que vous éprouvez lorsque vous vous retrouvez dans votre village natal. »
En d'autres termes, au sein de cette communauté de migrants, le mythe du retour ne se brisera jamais.

*Nelia Hyndman-Rizk est anthropologue, chercheuse auprès de l'École des affaires de l'Université de Nouvelle-Galles du Sud, à Canberra, en Australie. Ses intérêts portent sur les dimensions économiques et sociales de la migration, les relations de genre, la mondialisation, la diaspora libanaise. Elle est l'auteure du livre My Mother's Table : At Home in the Maronite Diapora, a Study of Emigration from Hadchit, North Lebanon to Australia and America, publié aux éditions Cambridge Scholars Publishing.


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