M. Bechara Maroun est l'auteur d'une magistrale série d'articles sur l'affaire du hammam du secteur de Hamra. Il rapporte les propos du député M. Ghassan Moukheiber, homme courageux et chevaleresque qui a toujours défendu les minorités. M. Moukheiber dit entre autres que « le changement de la loi ne peut venir que dans la foulée d'un changement social »
Je voudrais rapporter un fait presque incroyable. Quelqu'un pourrait-il imaginer qu'en France jusqu'à il y quelques mois, une loi interdisait aux femmes de porter... des pantalons ? Incroyable mais vrai.
Quand un changement social se produit, on ne pense plus à l'existence de certaines lois complètement dépassées. Mais pour que ce changement social s'opère, il faut peut-être cinquante ans (on ne peut pas donner de délai précis).
Bien entendu, cette loi, avec quelques autres, a été abolie car elle devenait ridicule à force d'être désuète. En revanche, il est tout à fait d'actualité et nullement désuet d'essayer d'abolir l'article 534 du code pénal car, lui, provoque actuellement des ravages dans une couche non négligeable de la société libanaise. L'abolition de cette loi provoquera un changement concret et palpable dans le fonctionnement dans cette même société. Commençons par changer les lois, les mentalités suivront, d'autant plus qu'il y a une nette tendance à travers le monde pour appuyer la cause des homosexuels. Le pape François l'a dit : « Qui suis-je pour juger ces personnes ? »
M.Moukheiber ajoute qu'il craint que toute tentative de modification de la législation ne conduise à un texte plus répressif. Il dit aussi : « L'histoire a montré comment certaines lois, comme la loi de la liberté de l'association, régressent au lieu d'évoluer. Depuis 1909, cette loi devient de plus en plus mauvaise et restrictive. »
Mais si on se rappelle comment l'association Helem a été fondée, on se rend compte qu'un groupe de personnes a déposé auprès des autorités concernées une demande pour créer une association qui défend les droits des gays. Les fondateurs disent eux-mêmes qu'ils n'y croyaient guère. La loi stipule que lorsqu'on dépose auprès des autorités compétentes une demande pour créer une association, cette association est considérée légale si on ne reçoit pas un refus au bout de 6 mois. Leur étonnement fut grand de ne pas recevoir de refus : l'association devenait donc légale, elle a pignon sur rue, et elle s'active avec beaucoup de dynamisme et de courage. La tendance n'est donc pas forcément à la régression et à la répression quand les autorités concernées légifèrent.
J'ajoute un dernier point : M. Moukheiber dit que « ce n'est pas le moment de proposer un tel projet. Ce serait malvenu, connaissant l'ambiance du Parlement, surtout que ce sujet dépend beaucoup des autorités religieuses qui ont étendu leur emprise et leur influence ».
Je me contenterai de citer deux noms : ceux de cheikh Hani Fahs et du père Youssef Mouannès qui me semblent être des personnes ouvertes au dialogue, à la modernité et aux arguments rationnels.
Je propose même une table ronde avec les personnes citées, en plus d'un représentant de la Société libanaise de psychiatrie qui est le référent de notre santé mentale et qui est à 100 % pour la dépénalisation de l'homosexualité.
J'espère que cette lettre connaîtra une suite concrète.
Nabill MATTA


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