Pour les bacheliers libanais, cet été n'est pas une partie de plaisir. Photo d'illustration AFP
La période de vacances scolaires et universitaires touche presque à sa fin, mais pour les bacheliers libanais, cet été n'est pas une partie de plaisir. Alors qu'ils devraient être occupés, en cette période, à s'inscrire à l'université ou à planifier leur voyage à l'étranger, diplôme en poche, ils sont pénalisés par la crise qui oppose les autorités au Comité de coordination syndical, dont les syndicats d'enseignants font partie et qui ont décidé le boycott de la correction des copies d'examens officiels. Les enseignants et les fonctionnaires revendiquent, rappelons-le, un réajustement des salaires depuis trois ans, sans succès. Excédés par les promesses creuses des responsables, ils s'accrochent à la carte du boycott, alors que le ministre de l'Éducation, Élias Bou Saab, a menacé plus d'une fois de remplacer le diplôme officiel par de simples attestations.
Les jeunes, eux, estiment « payer le prix fort de cette crise », des mots utilisés par plusieurs d'entre eux. Parmi ces bacheliers, il y a ceux qui espéraient poursuivre des études à l'étranger, d'autres qui voulaient tenter l'admission à certaines institutions, comme l'armée, qui exigent une moyenne minimum pour accepter leur candidature... Tous ces jeunes, sans exception, se sentent perdus, ne sachant si leurs copies seront corrigées au final, ou si des attestations leur seront délivrées, les privant des notes qui départagent les élèves.
Yamane veut être médecin. Cette jeune fille avait considéré l'option de voyager en France ou en Belgique pour se spécialiser. « J'ai été admise à l'Institut Pierre et Marie Curie en France, dit-elle. Pour la Belgique, je devais présenter un dossier dans un délai donné, mais il fallait y joindre une copie du diplôme officiel. Il est trop tard pour voyager en France et trop tard pour m'inscrire en Belgique. Je me retrouve dans une situation où je dois tout simplement renoncer au voyage et m'inscrire, pour les sept prochaines années de médecine générale, dans une université libanaise. Tous mes plans ont été bouleversés. »
Yamane avoue que cette situation dont elle n'est nullement responsable l'a mise en colère, mais qu'elle a fini par prendre les choses avec philosophie. « Je me dis que je reste auprès de ma famille et de mes amis, il n'y a rien d'autre à faire », affirme-t-elle.
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Pour un autre bachelier, Samer, c'est le flou total. « J'hésitais entre l'option de m'inscrire à la faculté de génie de l'Université libanaise (UL) ou présenter ma candidature à l'École militaire, raconte-t-il. Je ne peux m'inscrire à l'université avant d'avoir décroché mon baccalauréat. Quant à l'option de l'École militaire, elle semble sérieusement compromise. Cette école exige en effet une moyenne minimum de douze sur vingt au baccalauréat, la moyenne de l'école ne comptant pas. Or, nous sommes privés de nos notes, sur base de quels critères m'acceptera-t-on ? »
Le jeune homme, tout comme les amis de son âge, écoute les informations bien plus souvent que d'habitude. « Nous avons tous téléchargé les applications de nouvelles, à l'affût de la moindre information », dit-il.
Un de ses amis, qui préfère garder l'anonymat, vit une véritable situation de crise. « J'espérais m'inscrire dans une université aux États-Unis, en faculté de droit ou de génie, avec l'aide de mon oncle qui réside là-bas, dit-il. J'attendais impatiemment de connaître mes notes, car c'est sur cette base que les universités américaines pourraient décider d'accepter ou non mon dossier. »
Ce jeune homme dit avoir obtenu, durant l'année, des moyennes élevées à l'école. Mais actuellement, il se sent perdu. « Je n'ai vraiment plus beaucoup de temps, les inscriptions se déroulent en septembre ou octobre, dit-il. Je n'en peux plus et je veux en finir. Nous sommes tous sur nos nerfs. »
Parmi les élèves interrogés, seul Anthony garde la tête froide. « J'ai entamé le processus d'inscription à la faculté d'architecture de l'UL, dit-il. Les cours ne commencent pas avant octobre, on verra bien. » Mais le jeune homme est impatient de connaître ses notes. « J'ai bien étudié en prévision de l'examen officiel et j'aimerais connaître mes notes, souligne-t-il. Beaucoup sont dans le même cas que moi. Certains comptent sur des notes élevées pour obtenir des bourses par exemple. Pour d'autres, présenter l'examen en seconde session ne sera plus possible. »
Les élèves attendent leurs notes, et c'est pour cela qu'ils rejettent catégoriquement le principe des attestations. « Est-ce possible que les mêmes attestations soient délivrées à cent mille élèves d'un coup, sans possibilité de les départager par les notes ? s'insurge Anthony. Et tous ces étudiants seront admis aux universités en même temps, avec tous les risques d'échecs en première année. »
Pour Samer, le principe des attestations est tout simplement « inacceptable ». « Je ne suis pas mécontent de voir tout le monde réussir, mais cette mesure aura sans nul doute une incidence sur le niveau général, dit-il. Est-ce possible de traiter à égalité ceux qui travaillent sérieusement et ceux qui ont à peine fait acte de présence en classe toute l'année ? » Pour Yamane et le jeune homme qui veut suivre des études aux États-Unis, des attestations sont tout simplement « inutiles » car elles ne sont pas acceptées par les universités à l'étranger.
Un éducateur qui a requis l'anonymat se demande : « Ces attestations seront délivrées sur base de quels critères ? Le niveau de l'élève demeurera une inconnue pour l'université qui reçoit son dossier. Ces documents régleront un problème, en officialisant les résultats scolaires, mais elles en créeront d'autres. En effet, elles mettront sur un pied d'égalité des élèves de niveaux très différents. »
Cet éducateur se dit sceptique quant à un règlement prochain de la crise qui oppose les enseignants aux autorités. Les élèves, pour leur part, ne blâment pas les enseignants pour le retard causé par leur grève. Ils affirment comprendre leur combat et l'injustice qui les frappe. « J'ai manifesté avec les syndicats aujourd'hui, dit Samer. Je crois qu'il faut qu'on leur accorde leurs droits. Mais en même temps, j'ai bien peur que nous payions cette crise au prix fort. En fait, personne ne s'intéresse à nous. » Le constat poignant d'une génération sacrifiée.
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