Un ordre du jour de 130 points sera examiné aujourd'hui en Conseil des ministres ; ce qui ne l'empêchera pas d'aborder aussi la question du don d'un milliard de dollars offert par l'Arabie saoudite, et dont le garant libanais est Saad Hariri, le chef du courant du Futur.
À la veille de la réunion, M. Hariri a pris l'avion pour Djeddah pour finaliser avec les autorités saoudiennes les formalités de déblocage du don. À la lumière de ce qui sera convenu, le Conseil des ministres prendra connaissance, de la bouche du Premier ministre, Tammam Salam, de la modalité de l'affectation de la somme accordée.
Selon une source proche de la réunion qui s'est tenue au Grand Sérail en présence de Saad Hariri et des commandants et directeurs des divers organismes de sécurité, le don d'un milliard sera réparti comme suit : 500 millions à l'armée, 300 millions aux Forces de sécurité intérieure, 150 millions à la Sûreté générale et 50 millions à la Sûreté de l'État.
De source bien informée, on assure que l'octroi du don ne posera aucun problème administratif, technique ou politique spécial, et que l'armée et les organismes de sécurité qui bénéficieront du don seront libres de dépenser la somme qui leur sera allouée auprès du fournisseur d'armes de leur choix, contrairement au don de trois milliards de dollars accordé précédemment, dont la dépense est restreinte à l'achat d'armements français.
Et la source d'assurer que « le fonds est l'appui le plus rapide qu'on pouvait apporter aux forces de sécurité libanaises face aux forces extrémistes qui sévissent en Syrie et en Irak, et qui ont failli déborder sur le Liban, n'était la valeur de l'armée libanaise, dont les soldats et officiers ont fait montre d'un moral à toute épreuve ».
« Cet appui moral et matériel aux forces armées de la part de l'Arabie saoudite au Liban, insiste la source, s'inscrit dans le prolongement direct du récent appel à la lutte contre l'extrémisme religieux et le terrorisme lancé par le roi Abdallah aux leaders du monde arabe et islamique et aux chefs d'État du monde entier. »
Un ensemble de facteurs
Sur un autre plan, interrogée sur la lenteur dans la mise en œuvre du don de trois milliards de dollars accordé par le roi Abdallah à l'armée libanaise, mais restreint à l'achat de matériel militaire français, la source citée assure qu'elle est due à « un ensemble de facteurs », mais « qu'elle ne saurait plus trop tarder ».
Le ministre de la Défense nationale, Samir Mokbel, l'a d'ailleurs confirmé hier, après avoir rendu visite au président Michel Sleiman. Parmi les facteurs qui retardent la concrétisation du don, la source a cité les lenteurs bureaucratiques au ministère français des Finances dues aux congés d'été. Et d'ajouter que « l'urgence qui s'est manifestée dernièrement au Liban a accéléré le processus, qui n'ira pas encore au-delà de deux mois ».
En outre, affirme-t-on de même source, certaines des armes figurant sur la liste présentée par l'armée libanaise n'étaient pas disponibles, et elles ont dû être commandées aux industries concernées. Enfin, la source assure que le facteur crédibilité et transparence des transactions liées au don saoudien exige un surcroît de prudence dans les contacts en cours.
Facteurs politiques
À ces facteurs administratifs, techniques et commerciaux, une source libanaise bien informée ajoute des facteurs politiques, comme la vacance au niveau de la présidence de la République et la crise interne qui ne sont pas non plus à ignorer.
« Les Français s'interrogent : à quel chef de l'État, à quelle autorité politique ces armes seront-elles confiées en définitive ? a affirmé la source libanaise. Certes, les armes iront à l'armée, mais au Liban, l'armée est soumise à l'autorité politique. Il est donc normal que la France veuille s'assurer d'abord que l'alternance démocratique au Liban est respectée. » Et de préciser que « les Saoudiens se considèrent comme des partenaires du courant modéré au Liban et tiennent à ce que l'usage des armes livrées soit confiné au cadre légal de la politique de distanciation, telle qu'exprimée par la déclaration de Baabda ».
« Les Saoudiens ne vous le diront pas en public, a conclu la source en question, mais ils tiennent à savoir où vont leurs dons, au Liban de l'axe syro-iranien ou au Liban de la déclaration de Baabda ; d'autant plus qu'une campagne contre le récent don saoudien d'un milliard semble avoir commencé. Certains ne savent même pas dire merci. »

