De prime abord, le retour de Saad Hariri au Liban a provoqué un électrochoc positif. D'autant qu'il est intervenu au moment où le Liban avait le cœur sur son armée qui se battait courageusement à Ersal, avec le peu de moyens disponibles. Ce retour surprise, avec le don saoudien à l'armée, a été d'abord perçu comme le signe d'un grand compromis qui se prépare pour le Liban et qui va aboutir à l'élection d'un nouveau président dans les plus brefs délais. Mais très vite, il est apparu que la réalité est bien moins idyllique. Même si le retour de Saad Hariri reste un développement positif pour le Liban, un accord politique est loin d'être conclu. En dépit d'une certaine détente politique, chaque camp reste sur ses positions et celles-ci semblent toujours aussi inconciliables.
Des sources du 8 Mars estiment à cet égard que le retour de M. Hariri ne change rien à la grande configuration régionale dans laquelle le conflit entre l'Arabie saoudite et ceux qui gravitent dans son orbite et l'Iran et ceux qui gravitent dans son orbite occupe la plus grande place. Dans ce contexte, le Liban est un terrain de confrontation entre ces deux camps, au même titre que l'Irak, la Syrie et peut-être même Gaza. Dans ce duel par forces interposées, un camp marque tantôt un point et tantôt l'avantage est à l'autre. Mais les deux parties ne sont pas encore décidées à trouver une entente entre elles et les États-Unis, qui ont une grande influence sur l'Arabie, tout en ayant établi un dialogue constructif avec l'Iran, ne poussent pas dans ce sens, considérant que ce conflit sans merci pourrait au final servir leurs intérêts.
Dans ce schéma général, le retour de M. Hariri avec le milliard de dollars qu'il est chargé de dépenser pour l'armée peut être considéré comme une tentative de marquer des points sur la scène interne et de placer l'armée sous son influence, alors que celle-ci a réussi, en dépit des tempêtes qui ont soufflé sur le Liban, à garder sa neutralité et à assurer sa mission première : la protection du Liban et des Libanais. Mais les sources du 8 Mars sont convaincues que l'armée, qui a une vocation sacrée, ne tombera pas dans les pièges des politiques. Elle continuera à remplir sa mission de défense du pays, prenant l'aide là où elle se trouve, en respectant les règles constitutionnelles et légales. À ce sujet, les sources du 8 Mars se demandent ce qu'est devenu l'appui tant clamé à l'armée et qui avait fait l'objet de plusieurs conférences internationales, puisque au moment où elle en a eu besoin, l'armée s'est trouvée assez démunie. C'est la preuve, pour ces mêmes sources, de l'existence d'une sorte de chantage exercé sur l'armée en lui promettant monts et merveilles à condition qu'elle entre en conflit avec le Hezbollah.
Aujourd'hui, et surtout après la bataille de Ersal, qui n'est pas encore finie puisque 28 militaires sont encore détenus en otages, l'armée est donc au cœur de tous les enjeux, présidentiel, sécuritaire et politique. C'est sans doute une situation difficile pour la troupe qui doit non seulement panser ses blessures, tout en maintenant le calme et en restant vigilante, mais de plus, elle doit évoluer avec prudence pour ne pas se laisser entraîner dans un camp ou dans l'autre, ce qui serait grave pour l'État et ses institutions, et pour le Liban tout entier.
Les sources du 8 Mars rappellent que l'armée libanaise a toujours été un grand pôle d'attraction pour tous les États, qu'ils soient régionaux ou internationaux, qui se sont intéressés au Liban. Il fut ainsi un temps où l'on disait que l'armée libanaise était sous influence américaine, puis on a parlé de l'influence de la Syrie et aujourd'hui, la communauté internationale ne cache pas sa volonté d'aider l'armée pour qu'elle soit un jour en mesure d'affaiblir le Hezbollah, ou en tout cas d'ôter à cette formation tous les prétextes qui pourraient justifier son existence.
C'est pourquoi, tout en étant convaincues que le retour de M. Hariri est en grande partie lié à la confusion qui règne au sein de la communauté sunnite (de plus en plus tentée par les voix extrémistes, à cause de l'absence prolongée de son chef) et aux tiraillements au sein du courant du Futur, les sources du 8 Mars estiment aussi que l'appui à l'armée et le fait de confier le milliard de dollars à Saad Hariri de la part de l'Arabie saoudite ne sont pas innocents. Ils pourraient cacher des intentions malveillantes à l'égard du 8 Mars et du Hezbollah en particulier, dans le cadre de la lutte d'influence que se livrent le royaume wahhabite et la République islamique au Liban. C'est pourquoi, toujours selon les sources précitées, aucun déblocage dans le dossier présidentiel n'est en vue pour l'instant, au moins tant que les intentions véritables du chef du courant du Futur et de ceux qui se tiennent derrière lui ne seront pas connues.
Pour mémoire
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DU BARATIN HUITISTE !
21 h 26, le 12 août 2014