Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole - Louis Ingea

Chaos ou K.-O. ?

Pendant qu'à Ersal, comme hier à Nahr-el-Bared, on se canarde à coups d'obus et que l'on célèbre festival sur festival jusque dans le dernier trou de notre territoire, avec illuminations et feux de Bengale, y a-t-il encore un espace de silence sur ce sol lilliputien du Liban pour une réflexion quelconque quant au sens de l'existence que nous menons?
Entre canonnades au loin et explosions régulières de pétards jusque sous nos fenêtres, entre invectives hargneuses et dérobades, le vide constitutionnel et l'absence de toute rationalité, ce sont des éclats en tout genre, de nuit comme de jour, qui finissent par être la seule manifestation du temps qui s'écoule.
Ajoutons-y les frénétiques va-et-vient qui encombrent, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, les tracés tortueux de nos campagnes aussi bien que les embouteillages le long du littoral, et nous avons là l'image hallucinante d'un peuple noyé et éperdu entre ses besoins quotidiens, sa rage de vivre, ses contradictions congénitales, ses réfugiés misérables et les angoisses d'un lendemain imprévisible.
Au fur et à mesure que s'entrechoquent scoops terrifiants sur les massacres régionaux et spots publicitaires insipides et écœurants, se révèle dans toute son ampleur le vide de notre horizon.
C'est à se demander si des mots comme logique, lucidité ou espoir ont encore une signification. Le degré de surchauffe atteint par la Bêtise avec un grand B nous aveugle au point de nous forcer à admettre le malheur et nous accommoder de la fatalité.
En guise de réaction, le cercle vicieux d'une partie de nos concitoyens qui s'enfonce avec encore plus de rage dans les plaisirs futiles de la société de consommation, ou l'émergence d'un fanatisme sectaire qui génère de plus en plus de mordus, de combattants de l'ombre, voire d'assassins patentés, chez qui ne subsiste, côté sentiment, que le seul instinct animal de nos origines.
Devant ce noir tableau, où donc devraient se situer ceux qui conservent une présence quelconque d'esprit? Doivent-ils se terrer, se morfondre, disparaître? Le dilemme, cette fois, aura trouvé ses limites. Doit-on protester en silence, désespérer, se taire, écrire, prier? Mais encore? Jusqu'où ira l'absurde? La vie, qui sourd malgré tout, peut-elle s'en contenter?
Alors celui qui rédige ces lignes n'a plus qu'à donner sa langue au chat. Il ne sait plus quoi penser, quoi suggérer. Car lui-même et ceux qui lui ressemblent ont si peu d'importance aujourd'hui que toute initiative est condamnée d'avance.
Aussi ne reste-t-il à ceux qui croient gouverner que la faculté de pousser le bouchon jusqu'à faire sauter la marmite, quitte à se dissoudre ipso facto dans le chaos qu'ils auront eux-mêmes distillé.
C'est le seul souhait décent qu'il nous soit encore possible de formuler... à moins que, par miracle, n'y mettent du leur le ciel conjointement avec notre armée nationale.

Pendant qu'à Ersal, comme hier à Nahr-el-Bared, on se canarde à coups d'obus et que l'on célèbre festival sur festival jusque dans le dernier trou de notre territoire, avec illuminations et feux de Bengale, y a-t-il encore un espace de silence sur ce sol lilliputien du Liban pour une réflexion quelconque quant au sens de l'existence que nous menons?Entre canonnades au loin et explosions régulières de pétards jusque sous nos fenêtres, entre invectives hargneuses et dérobades, le vide constitutionnel et l'absence de toute rationalité, ce sont des éclats en tout genre, de nuit comme de jour, qui finissent par être la seule manifestation du temps qui s'écoule.Ajoutons-y les frénétiques va-et-vient qui encombrent, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, les tracés tortueux de nos campagnes aussi bien que les embouteillages le...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut