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Liban - Liban

« La mission de Tara est d’encourager les gens à agir, pas de transmettre des messages alarmistes »

Au cours de son escale beyrouthine, Romain Troublé, secrétaire général de la fondation Tara, propriétaire du bateau du même nom, revient sur l'actuelle expédition de ce bateau en Méditerranée.

Romain Troublé : « Notre expédition porte sur l’étude de la pollution résultant du plastique. »

Un bateau pas comme les autres a accosté hier à Zaytunay Bay, à Beyrouth : Tara est un bateau scientifique qui mène des expéditions à caractère environnemental de par le monde. Durant son bref séjour au Liban, une table ronde sur la pollution aura lieu à son bord ce matin, rassemblant différents acteurs libanais et l'équipage du bateau.


Cette expédition est la seconde que mène Tara en Méditerranée, c'est même la seconde fois que le bateau accoste au Liban. Mais cette tournée a une particularité. « Durant la première expédition en 2009, nous nous intéressions à ces micro-organismes marins que sont les planctons (à la base de la chaîne alimentaire en milieu maritime), explique Romain Troublé, secrétaire général de Tara. Nous avions alors mené quatre années d'expéditions de par monde sans nous arrêter. Mais à mesure que nous avancions dans nos recherches, nous prélevions des échantillons de plastique dans toutes les mers et tous les océans. Nous avons alors décidé de mobiliser Tara durant six mois pour étudier cette pollution dans le bassin méditerranéen. Ce n'est pas seulement le plastique que l'on voit à l'œil nu qui nous intéresse, mais bien ce qui s'accroche là-dessus. »
Les découvertes de l'équipe scientifique de Tara sont troublantes. « À chaque fois que nous recherchons du plastique depuis trois mois, nous en trouvons sans aucun problème, dit-il. Il y en a partout. » Un constat qui montre l'étendue de la présence de ce polluant en Méditerranée, mais aussi le risque qu'il pose pour la santé humaine. « Ce plastique se fragmente avec le temps, par l'action des vagues, du soleil, souligne-t-il. Sur ces microplastiques qui ne font pas plus d'un ou de deux millimètres quelquefois, se fixent des molécules venant de nos médicaments, de nos produits chimiques, des perturbateurs endocriniens se trouvant dans les eaux usées non traitées, sans compter des virus ou des bactéries qui sont dans la mer. Ce phénomène est à l'origine de la création de microalgues consommées par des prédateurs, notamment des poissons. La science se penche actuellement sur la question de savoir si ces plastiques entrent dans notre chaîne alimentaire par le biais de la consommation de poissons. De plus, ces microplastiques dérivent très vite dans la mer, se déplaçant d'un pays à l'autre, amenant ainsi dans un milieu donné des bactéries, nocives ou non pour l'homme, qui n'y existaient pas auparavant et qui se propagent. »


Est-ce que le fait de parcourir le monde dans un bateau facilite la communication avec les populations rencontrées dans les pays et leur sensibilisation à des problèmes aussi pointus ? « Nous avons tous dans notre imaginaire ce mythe de la découverte et de l'exploration, répond-il. Et puis Tara n'est pas un bateau comme les autres. Il attire les gens et les journaux parce qu'il raconte une histoire. Le plus intéressant n'est pas de parler seulement de la pollution, mais de ce que font les gens pour la combattre, leurs expériences réussies. Nous avons aussi le support visuel avec les photos, les vidéos. »
Romain Troublé assure que la stratégie de Tara est de se concentrer sur les messages positifs. « Notre but n'est pas de dire simplement que la Méditerranée est trop polluée, dit-il. Il y a beaucoup de plastique, c'est un problème, il faut entreprendre des actions pour limiter cette pollution. Il s'agit de mieux éduquer les enfants, d'améliorer le traitement des eaux usées, de moderniser les lois... Ce sont des problèmes communs qu'il faut traiter de manière collective. »

 

« Le Liban a une histoire particulière »
La mission actuelle de Tara a commencé en France puis s'est poursuivie en Italie, en Albanie, en Grèce, au Liban (actuellement et durant deux jours), puis se poursuivra à Chypre, à Malte, en Tunisie, en Algérie puis de nouveau en France, en Italie, en Espagne, au Maroc et enfin au Portugal. L'expédition devrait déboucher sur la publication d'un Livre blanc pour la Méditerranée, qui comportera les différentes solutions apportées par chaque pays, pour en faire ressortir une sorte de vision commune.
Au Liban, la fondation collabore avec l'association écologique « Big Blue ». Romain Troublé insiste sur l'importance de ces partenariats avec des ONG locales qui poursuivent l'action après l'escale du bateau.
Le Liban a son lot de responsabilité dans la pollution de la Méditerranée. Quel serait le message de Tara à ses dirigeants, ses ONG ? « Le Liban a une histoire particulière qui lui a fait prendre du retard par rapport à d'autres pays où la situation est plus stable, dit-il. Nous sommes là pour encourager les gens à agir, pas pour montrer du doigt les pays car cela ne sert à rien. Il faut encourager notamment le Liban à traiter ses eaux usées. Les égouts de Beyrouth débouchent à cinquante mètres des plages alors qu'il y a des solutions efficaces et peu coûteuses à cela : en France, il y a cinquante ans, nous avions des émissaires rejetant les eaux usées à quatre kilomètres, ce qui assainit beaucoup le littoral. Et pour les côtes préservées, il faut en faire des réserves. »

 

Une fondation financée en mécénat
Outre la sensibilisation, l'objectif principal de Tara reste la recherche scientifique. L'équipe de chercheurs prélève des échantillons sur le bateau, qui seront analysés plus tard en laboratoire. Tara est une fondation financée par des fonds privés en mécénat, rappelle son secrétaire général. Elle travaille avec des chercheurs de laboratoires publics de différentes disciplines. Les résultats sont publiés directement et partagés sur les bases de données internationales après avoir été évalués par des pairs.
Interrogé sur le bilan qu'il tire de dix années de Tara, Romain Troublé répond, non sans humour :
« Plusieurs dizaines de milliers de kilomètres. » Il souligne cependant que pour lui, Tara a la vocation de « reprendre le flambeau de la mythique Calypso du commandant Cousteau sans la remplacer, parce qu'on ne remplace pas les mythes ».

 

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