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Turquie: Erdogan raille son rival qui "ignore l'hymne national"

AFP
01/08/2014

Une vive polémique a éclaté vendredi entre le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, et son principal adversaire à l'élection présidentielle, qu'il a accusé de ne pas connaître l'hymne national.

M. Erdogan s'est durement moqué d'Ekmeleddin Ihsanoglu, affirmant que son concurrent ne connaissait pas la Marche de l'indépendance, ce qui est une grave insulte dans un pays qui attache beaucoup d'importance au sentiment patriotique.

M. Ihsanoglu, un intellectuel à la voix calme et posée, avait visité un cimetière d'Istanbul pendant sa campagne et s'était arrêté sur la tombe du poète Mehmet Akif Ersoy, auteur des paroles de l'hymne national.
Cet ancien dirigeant de l'Organisation de la coopération islamique, âgé de 70 ans, se vantait de l'amitié de son père et d'Ersoy à l'époque de la fondation de la République de Turquie, au début du XXe siècle.
Mais après avoir prononcé les fameux vers inscrits sur le tombeau du poète, il a commis une gaffe en déclarant que ces écrits provenaient d'une autre oeuvre intitulée "Les martyrs de Gallipoli".

Lors d'un rassemblement vendredi dans la ville de Kahramanmaras, dans le sud-est de l'Anatolie, M. Erdogan a interrompu son discours pour diffuser la vidéo de la bourde de son rival sur un écran géant.
Le Premier ministre turc a accusé M. Ihsanoglu d'être "incapable de faire la différence entre l'hymne national et un poème de Gallipoli". Il a qualifié son adversaire de "candidat importé (...) incapable de reconnaître l'hymne national".

M. Ihsanoglu, qui parle cinq langues, est un érudit fort d'une longue carrière diplomatique et ne fait pas mystère de son attachement à l'Islam et à l'enseignement.
Il est perçu comme un personnage conciliant et modéré, à l'opposé de M. Erdogan, dont les positions intransigeantes ont plus que jamais polarisé la société turque.
Mais cet épisode pourrait porter préjudice à M. Ihsanoglu, qui avait déjà dû justifier son patriotisme en raison de sa naissance en Egypte, où son père vivait en exil.

Dans une réaction de colère inhabituelle, le candidat a fustigé vendredi le "mensonge" et la "calomnie" de M. Erdogan.
"Je suis le fils du plus proche ami de Mehmet Akif (Ersoy). C'est une plaisanterie. J'ai appris l'hymne national en tétant ma mère bien avant vous", a-t-il répliqué.

La maladresse de M. Ihsanoglu a déclenché une tempête de commentaires sur les réseaux sociaux, sous le hashtag #istiklalmarsi.
"Quelqu'un qui ne connaît pas son hymne national peut-il devenir président? Il ne pourrait même pas réussir ses examens", a écrit @ilhanbozkurt78 sur Twitter.
Un autre internaute, @cankurnaz, a en revanche estimé que "l'hymne national peut s'apprendre, mais l'impudence, le vol et les mensonges sont liés au caractère et ne peuvent pas changer", faisant allusion aux allégations de corruption contre M. Erdogan.

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