Plusieurs articles de presse ont rendu compte d'un dîner récent au cours duquel était convié François Hollande à l'invitation de l'Association de la presse présidentielle. Sur les sujets économiques, il était fait état d'un ton assez prudent pour les prochains mois, à mille lieues de l'optimisme habituel de l'intéressé (« La reprise est là... le chômage va baisser d'ici peu »). Cela nous informe peut-être moins sur la situation de l'économie française que sur l'état d'esprit de François Hollande. Ses capacités d'anticipation de la conjoncture économique ont été systématiquement invalidées par les faits depuis son entrée en fonctions, et l'on peut présumer que ses chargés de communication l'ont invité à faire profil bas... comme l'économie française. Même si toutes les données du T2 ne sont pas connues, on peut faire un point à mi-année. Nous avons estimé deux modèles simples de nowcasting du PIB réel, l'un s'appuyant sur les indices de confiance des entreprises (un mixte des enquêtes de la Banque de France, de l'Insee et de Markit), l'autre sur les données d'activité manufacturière et de dépenses en biens des ménages. Statistiquement, le second est d'une qualité un peu meilleure que le premier. Au T2, les deux estimations se rejoignent pour prédire une hausse du PIB réel de 0.21 %. Si tel est le cas, il faudra quasiment un quadruplement du rythme de croissance au second semestre pour arriver à l'anticipation de 1 % sur laquelle a été construit le budget. Autant dire que cela n'arrivera pas. Tout le monde le sait, aussi bien au palais de l'Élysée qu'à la Commission européenne. L'autre certitude est que la réorientation des priorités économiques en début d'année n'a pas créé de choc de confiance, ni du côté des ménages et encore moins du côté des entreprises. Les mêmes comptes rendus de la presse ont d'ailleurs évoqué la frustration de François Hollande à ce sujet. Mais était-il possible d'inverser si vite un climat des affaires... qu'on s'est évertué à affaiblir depuis deux ans en rendant la fiscalité plus lourde et plus instable ? Tout ceci amène au grand sujet de la rentrée : le budget 2015. Il sera plus difficile d'atteindre la cible de déficit de 3 % du PIB en embarquant 3-4 dixièmes de dérapage en 2014. L'alternative paraît simple : accentuer les baisses de dépenses ou afficher une cible supérieure à 3 %. En somme, un choix entre des contraintes domestiques et des engagements européens. En France, on sacrifie de préférence les seconds.
Économie
France : profil bas
OLJ / le 01 août 2014 à 00h00


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