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Économie - Par Robert Skidelsky

Le surplus de stagnation de l’Europe

Alors que le reste du monde se remet de la grande récession de 2008-2009, l'Europe stagne. La croissance de la zone euro devrait être de 1,7 % l'an prochain. Que peut-on faire face à cette situation ?
Une solution consiste en un euro plus faible. Au début du mois, le chef de la direction d'Airbus a appelé à des mesures drastiques pour réduire la valeur de l'euro par rapport au dollar d'environ 10 %, soit diminuer le niveau « fou » de 1,35 dollar actuellement jusqu'à une valeur située entre 1,20 et 1,25 dollar. La Banque centrale européenne a réduit ses taux de dépôt de 0 à -0,1 %, ce qui revient à faire payer les banques pour déposer de l'argent à la Banque centrale. Mais ces mesures ont eu peu d'effet sur les marchés des changes.
C'est principalement parce que rien n'est fait pour stimuler la demande globale. Le Royaume-Uni, les États-Unis et le Japon ont augmenté la masse monétaire pour relancer leurs économies, et ont fait de la dévaluation un élément essentiel du mécanisme de reprise. Le président de la BCE Mario Draghi tend souvent vers l'assouplissement quantitatif – le mois dernier, il a répété que, « si nécessaire, nous agirons rapidement avec davantage d'assouplissement monétaire » –, mais son manque perpétuel d'engagement ressemble à celui de Mark Carney, le gouverneur de la Banque d'Angleterre, qu'un ancien ministre du gouvernement britannique a récemment comparé à un « petit ami dont on ne peut se fier ».
Mais l'inaction de la BCE n'est pas entièrement responsable de l'appréciation du taux de change de l'euro. La structure des déséquilibres des balances courantes à travers la zone euro joue également un grand rôle.
L'excédent du compte courant de l'Allemagne – le plus grand dans la zone euro – n'est pas un phénomène nouveau. Il existe depuis les années 1980, chutant seulement pendant la réunification, lorsque les vastes investissements de construction dans l'ex-Allemagne de l'Est absorbaient plus que l'épargne du pays. L'excédent extérieur a connu une croissance particulièrement rapide depuis le début des années 2000. Aujourd'hui, il reste proche de son niveau d'avant-crise en 2007, à 7,4 % du PIB.
La différence est qu'aujourd'hui les pays auparavant déficitaires commencent à dégager des surplus, ce qui signifie que le compte courant de la zone euro est de plus en plus positif ; en effet, on s'attend maintenant à ce que l'excédent de la zone euro dans son ensemble soit de 2,25 % du PIB cette année et la suivante. La zone euro épargne plus qu'elle investit ou, de façon équivalente, exporte plus qu'elle importe. Cela renforce sa monnaie.
En octobre 2013, le Trésor américain avait pointé du doigt l'excédent structurel de l'Allemagne en tant que source des malheurs de l'Europe. Son argument était que si un pays enregistre un excédent, un autre doit avoir un déficit parce que les excès d'épargne / d'exportations du pays en surplus doivent être absorbés par un autre pays sous forme d'investissement, de consommation ou d'importations.
Si le pays excédentaire ne prend pas de mesures pour réduire cet excédent – par exemple, en augmentant son investissement et sa consommation intérieurs –, la seule façon pour le pays déficitaire de réduire son déficit est de tailler dans son investissement et sa consommation propres. Mais ceci produirait un « mauvais » équilibre, caractérisé par la stagnation.
Quelque chose de similaire semble s'être produit dans la zone euro. L'Allemagne a conservé son « bon » surplus, tandis que les pays méditerranéens ont réduit leurs déficits en diminuant l'investissement, la consommation et les importations. En Grèce, le taux de chômage a grimpé à près de 27 % ; celui de l'Espagne est presque aussi élevé ; et le Portugal fait face à une crise bancaire.
En novembre 2013, Paul Krugman a écrit que « le non-ajustement de l'Allemagne a magnifié le coût de l'austérité ». Bien qu'il « était inévitable que l'Espagne soit confrontée à des années de vaches maigres en apprenant à vivre selon ses moyens », Krugman continuait, « l'immobilité de l'Allemagne a contribué de façon importante à la douleur de l'Espagne ».
Toutefois, l'Allemagne a rejeté cette logique. Selon elle, son excédent du compte courant est la juste récompense pour le dur travail accompli. En effet, selon le ministère allemand des Finances, l'excédent « n'est une cause d'inquiétude ni pour l'Allemagne, ni pour la zone euro, ni même pour l'économie mondiale ». Puisque aucune « correction » n'était nécessaire, il appartenait aux pays déficitaires de s'ajuster en se serrant la ceinture.
John Maynard Keynes a souligné la conséquence déflationniste de cette attitude en 1941. Les pays déficitaires avec un taux de change fixe (comme c'est le cas dans la zone euro) sont contraints de réduire leurs dépenses, tandis que les pays excédentaires ne sont soumis à aucune pression équivalente d'augmenter les leurs. La solution proposée à ce problème par Keynes était un système de paiements internationaux qui obligerait un ajustement symétrique des deux pays excédentaire et déficitaire. Les excédents et les déficits persistants seraient taxés à un taux croissant. Son plan a été rejeté.
Bien sûr, un pays créancier peut toujours aider un débiteur en y investissant son surplus. L'Allemagne est prête à le faire, en principe, mais insiste sur le fait que l'austérité doit venir en premier. Le problème est que la stagnation ruine les perspectives d'investissement.
La Chine a montré que l'ajustement volontaire par un pays excédentaire est possible. Jusqu'à récemment, le problème des déséquilibres mondiaux a été centré sur l'excédent bilatéral de la Chine avec les États-Unis. La Chine a utilisé ses excès d'épargne pour acheter des obligations du Trésor américain, qui ont fait baisser les taux d'intérêt mondiaux et permis d'emprunter à faible coût, permettant aux États-Unis d'entretenir un vaste déficit du compte courant. Le principal impact des faibles taux d'intérêt, cependant, a été d'alimenter la bulle immobilière qui a éclaté en 2007, menant directement à la crise financière de 2008.
Depuis lors, la Chine a fait de gros efforts pour réduire son excédent extérieur. À son niveau maximal de 10,1 % du PIB en 2007, l'excédent était supérieur à celui de l'Allemagne ; à la fin de 2013, il avait chuté à 2 % du PIB.
Pourquoi la Chine a été prête à s'ajuster tandis que l'Allemagne ne l'est pas ? Peut-être une différence essentielle réside dans le fait que l'Allemagne a une influence politique significative sur les pays déficitaires avec lesquels elle traite. L'Allemagne a effectivement été en mesure de forcer ses voisins à l'austérité.
Cela soulève une question importante quant à la légitimité de l'austérité. Ses principaux promoteurs sont des créanciers, qui ont beaucoup à y gagner (par rapport à l'alternative de l'augmentation des salaires nationaux et la remise des dettes). Les conflits entre créanciers et débiteurs ont toujours été la substance de la politique monétaire, et la persistance de l'austérité a ouvert la voie à une nouvelle révolte des débiteurs.
Nous allons donc devoir compter sur Draghi et l'assouplissement quantitatif pour sauver l'euro de l'Allemagne. L'argent devra descendre de l'hélicoptère proverbial sans attendre que l'Allemagne ne montre une volonté de réduire son excédent.

Traduit de l'anglais par Timothée Demont
©Project Syndicate, 2014.

Robert Skidelsky, membre de la Chambre des lords britannique, est professeur émérite d'économie politique à l'Université de Warwick.

Alors que le reste du monde se remet de la grande récession de 2008-2009, l'Europe stagne. La croissance de la zone euro devrait être de 1,7 % l'an prochain. Que peut-on faire face à cette situation ?Une solution consiste en un euro plus faible. Au début du mois, le chef de la direction d'Airbus a appelé à des mesures drastiques pour réduire la valeur de l'euro par rapport au dollar d'environ 10 %, soit diminuer le niveau « fou » de 1,35 dollar actuellement jusqu'à une valeur située entre 1,20 et 1,25 dollar. La Banque centrale européenne a réduit ses taux de dépôt de 0 à -0,1 %, ce qui revient à faire payer les banques pour déposer de l'argent à la Banque centrale. Mais ces mesures ont eu peu d'effet sur les marchés des changes.C'est principalement parce que rien n'est fait pour stimuler la demande globale. Le...
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