Aussi loin qu'il puisse remonter dans ses souvenirs, Ramy se rappelle qu'il passait son temps à jouer à l'acteur. De nature introvertie et secrète, ce benjamin d'une fratrie nombreuse écrivait des histoires qu'il s'amusait à mettre en scène pour conquérir son premier public : sa famille et ses amis. « Pour moi, jouer un texte et incarner un personnage, c'était avant tout un moyen d'expression, une façon d'extérioriser mes sentiments sans retenue ni pudeur. C'est pour cela que je n'imaginais pas faire, plus tard, autre chose de ma vie », confie le jeune homme. Cette passion pour le jeu s'est nourrie, à l'adolescence, de l'observation du travail de metteurs en scène et d'acteurs que Ramy admire, Issam Bou Khaled et Johnny Depp en particulier. Bien déterminé à en faire son métier, il choisit de suivre des études supérieures de théâtre à l'Institut des beaux-arts de l'Université libanaise. En 2005, Farid et Maher Sabbagh lui donnent l'opportunité de monter sur les planches en lui confiant un rôle dans Che Guevara. Depuis, le jeune homme revient souvent sur le devant de la scène pour interpréter ses textes ou ceux des autres. En 2009, il connaît sa première consécration : sa pièce de fin d'études, Cage à écureuil, lui permet de remporter le premier prix du Festival national de théâtre des universités décerné par l'Unesco et le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur. Ce prix va lui permettre de se produire en Égypte et lui servira de tremplin. Les rôles s'enchaînent au théâtre. Ramy va être dirigé par Fouad Yammine (Chech bech), Michel Jaber (Chi gharib), Chadi el-Zein (Kel jem3a azimé). Son amour pour le théâtre n'empêche pas le jeune homme de changer de cap en jouant dans des publicités, des séries web et des sitcoms, ou en se produisant en tant que mime au sein du collectif original « Re-Creation » qu'il a créé en 2014.
Artiste polyvalent
Sa ligne de conduite : changer perpétuellement de cap afin de ne pas verser dans la facilité. Acteur et mime par passion, professeur par raison, Ramy envisage ses prestations comme un travail artisanal qui demande beaucoup de préparation. « Le talent peut être inné, mais je reste convaincu que le jeu nécessite une certaine technique », note le jeune homme qui, depuis trois ans, donne des cours de théâtre à des collégiens et à de jeunes adultes. En endossant le rôle de professeur, Ramy a pris goût à transmettre sa passion et son savoir. Il explique : « Ce job, que j'avais choisi par sécurité, s'est révélé être un véritable apprentissage pour moi aussi. Les échanges avec les autres enrichissent mon quotidien. » Privilégiant le travail collectif, il décide de fonder « Re-Creation », une compagnie professionnelle de mimes et de statues humaines qui se produit lors d'événements. Mais c'est surtout grâce à la télévision qu'il s'est fait connaître du grand public pour ses rôles dans des séries comme « Iza el-ared mdawara », réalisée par Élie Adabachi, et « Khtarab el-hay », de Jessica Tahtouh. Ses récentes apparitions dans « Kafa », une série sur la violence familiale et conjugale réalisée par César Khalil, ont ému et marqué les téléspectateurs libanais. Ramy y interprète avec brio le rôle de Saleh, un handicapé rejeté par son beau-père et maltraité par sa famille. L'acteur confie avoir voulu, à travers ce rôle, repousser ses limites afin de porter avec le plus de réalisme possible l'histoire (vraie) du jeune homme : « J'ai dû faire beaucoup de travail sur moi-même pour exprimer avec mon corps la souffrance de ce personnage bouleversant. Même si ce fut éprouvant, le risque était à prendre car ce genre de prestation me permet d'avancer. » Le jeune homme, qui aimerait croire qu'il s'est amélioré avec chaque rôle, répète qu'être acteur n'est pas seulement un métier, « c'est, dit-il, l'essence de ma vie ».
La détermination de Ramy Atallah et sa persévérance l'ont porté loin. Sa carrière, construite dans la discrétion, a bel et bien décollé.
Carole AWIT

