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Liban

Les valeurs transcommunautaires véhiculées par les écoles, selon un travail du père Daccache

Quelles valeurs transmettent les écoles libanaises aux élèves ? Quelle est leur mission ? Quels individus forment-elles ? Des questions auxquelles le père Salim Daccache, recteur de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth, a tenté de répondre au cours d'une conférence autour de son dernier ouvrage, Pluralisme, citoyenneté et vivre-ensemble : le salut vient-il de l'école ?, qui s'est tenue à Sebeel, dans le caza de Zghorta au Liban-Nord. Celle-ci s'est déroulée en présence notamment du mufti de Tripoli et du Liban-Nord, cheikh Malek el-Chaar, de l'archevêque maronite de Tripoli, Mgr Georges Abou Jaoudé, ainsi que de Bernard Rœch, représentant l'ambassadeur de France.
1964 et 2014. Le père Daccache a retenu ces deux dates qui permettent, selon lui, de « mieux comprendre les enjeux de la mission des écoles libanaises et leur rôle dans l'édification de la société ». Ainsi, en 1964, les écoles catholiques accueillaient quelque 165 000 élèves sur un total de près de 500 000 écoliers. Le reste des élèves était scolarisé soit dans les écoles du secteur public (près de 165 000), soit dans les écoles musulmanes (Makassed et Amilieh), ou encore dans les écoles laïques, orthodoxes, évangéliques et privées dites individuelles qui accueillaient près de 135 000 élèves.
Cinquante ans plus tard, le nombre des élèves libanais scolarisés s'est élevé à 1,1 million, dont seulement 210 000 suivent leurs études dans les écoles catholiques. Près de 30 % des élèves sont scolarisés dans les écoles du secteur public et plus de 25 % dans les écoles musulmanes, sachant que de nouveaux réseaux scolaires affiliés à des communautés ou à des partis politiques ont émergé, comme al-Mabarrat et al-Mustafa (écoles chiites).
Cette mutation sur la scène scolaire est principalement due « à la guerre civile de 1975-1990 », souligne le père Daccache. « Aujourd'hui, les réseaux scolaires qui se présentent comme modèles sont des écoles nouvelles, au moment où les écoles classiques ou traditionnelles nées au XIXe siècle se présentent comme moteur de l'éducation au Liban, explique-t-il. Dans ces écoles, les valeurs qui sont transmises ne sont pas conformes à notre idée d'un Liban gardien des valeurs traditionnelles de convivialité, de pluralisme, de vivre ensemble... ».
Pourtant, dans tous les projets et chartes éducatifs que le père Daccache avait étudiés, l'accent était mis sur la nécessité d'éduquer au respect de l'autre, « mis à part la charte d'une seule école extrémiste, où il est clairement dit que cet établissement est contre les autres écoles, systèmes ou communautés qui ne sont pas les siennes ». Et d'insister : « Depuis la fin de la guerre jusqu'à aujourd'hui, on a assisté à un phénomène communautariste très fort. Ce qui définit l'identité de la personne au Liban aujourd'hui, plus que jamais, est cette volonté de se déclarer appartenant à une communauté. C'est une sorte de sécurité. Et la majorité des écoles libanaises favorisent cette appartenance communautaire. »

La mission des écoles
Ce qui a également changé depuis 1964 est la visibilité que se donnent les écoles sur Internet ou ailleurs. « Pas une école ou réseau scolaire qui ne parlent pas d'eux-mêmes », constate le père Daccache, notant que depuis 1990 jusqu'à aujourd'hui, une dizaine de licences pour la fondation de nouvelles écoles ont été accordées au réseau des écoles catholiques et chrétiennes et plus de 200 licences à des réseaux musulmans.
Ce chamboulement sur la scène scolaire libanaise appelle, selon lui, à une réflexion sur la mission de l'école. Une étude approfondie des chartes et projets éducatifs de l'ensemble de ces établissements montre une constante fondamentale commune à toutes les écoles : un attachement féroce à la liberté de l'enseignement et de l'éducation, conformément à l'article 6 de la Constitution. Cette liberté est revendiquée tant par les communautés que par les écoles. Il n'en reste pas moins que le discours des écoles catholiques et chrétiennes est différent de celui des écoles musulmanes. Les écoles chrétiennes sont ainsi « influencées par le discours de l'Église qui met l'accent sur la liberté des individus, sans oublier celle des communautés, au moment où les écoles musulmanes insistent sur la liberté des communautés et moins sur celle des individus ».
Par ailleurs, le père Daccache a constaté que « hormis les écoles laïques, les écoles religieuses et individuelles insistent sur la formation religieuse propre à la communauté ». « La politique est un autre aspect relevé notamment dans les chartes des nouvelles écoles religieuses », fait-il remarquer. Il cite dans ce cadre l'exemple de certaines écoles où l'élève est formé au « martyre », afin « qu'il puisse se sacrifier au nom de sa communauté et pour sa communauté ».

Valeurs transcommunautaires
Ce changement observé au niveau de la mission et de la philosophie des écoles pousse le père Daccache à se demander si « le salut vient de l'école ». « C'est une question ambiguë, mais il faudrait garder l'espoir », insiste-t-il, soulignant que des valeurs universelles comme « le pluralisme, le vivre ensemble et la citoyenneté » constituent un réel défi pour le Liban. Revenant aux chartes des écoles, il relève quelques « valeurs transcommunautaires », communes à toutes les chartes, non sans être polysémiques ayant des sens variés selon le réseau scolaire. Au nombre de ces valeurs notamment « la citoyenneté », « la piété », « la transcendance », « Dieu », « la solidarité », « la résilience », « la démocratie », « la tolérance », ainsi qu'une critique de toute forme de corruption.
Prenant la parole, le mufti Malek el-Chaar a souligné que lorsque « les écoles étaient chrétiennes et musulmanes, il n'y avait aucun problème pour instituer un climat culturel et national ». Le problème, selon le mufti, c'est que « la majorité des écoles religieuses relèvent de partis politiques » et ceux-ci « risquent de bloquer le processus de paix, de sécurité et de stabilité » tel que véhiculé par le christianisme et l'islam. Et d'appeler l'État à « mettre des limites aux libertés dans la formation des élèves, pour éviter d'avoir des générations qui détruisent la nation, le christianisme ou l'islam ».
De son côté, Mgr Abou Jaoudé a dénoncé un système éducatif « qui a perdu son essence, puisqu'il constitue désormais un commerce lucratif pour certains ».

N. M.

Quelles valeurs transmettent les écoles libanaises aux élèves ? Quelle est leur mission ? Quels individus forment-elles ? Des questions auxquelles le père Salim Daccache, recteur de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth, a tenté de répondre au cours d'une conférence autour de son dernier ouvrage, Pluralisme, citoyenneté et vivre-ensemble : le salut vient-il de l'école ?, qui s'est tenue à Sebeel, dans le caza de Zghorta au Liban-Nord. Celle-ci s'est déroulée en présence notamment du mufti de Tripoli et du Liban-Nord, cheikh Malek el-Chaar, de l'archevêque maronite de Tripoli, Mgr Georges Abou Jaoudé, ainsi que de Bernard Rœch, représentant l'ambassadeur de France.1964 et 2014. Le père Daccache a retenu ces deux dates qui permettent, selon lui, de « mieux comprendre les enjeux de la mission des écoles libanaises et...
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