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Nos lecteurs ont la parole - Camille Mourani

II.- Sur la proposition du général Aoun

– Supposons que par miracle cela ait lieu (voir L'Orient-Le Jour du jeudi 17 juillet 2014).
Viendra alors un jour où sunnites et chiites crieraient alors au déséquilibre confessionnel. Les maronites répondraient que le président est légitime car élu directement par le peuple, toutes confessions confondues. Les chiites réclameraient alors un amendement constitutionnel pour que le président de la Chambre soit, lui aussi, élu directement par le peuple.
– Les sunnites trouveraient, à leur tour, une formule pour en faire de même pour « leur » Premier ministre ! Et hop ! Si les chrétiens venaient à refuser, ce serait la guerre civile, comme en 1975, au nom du rééquilibrage du système. Le pays, ne manquant pas de milices, éclaterait à nouveau (Hezbollah, Daech, réfugiés palestiniens et syriens, une extrême droite chrétienne islamophobe qui n'a plus rien de chrétien...). S'ils acceptent, l'on se retrouvera devant un renforcement de ces deux institutions face à la présidence de la République, donc un retour à la case de départ, mais cette fois avec beaucoup plus d'aberrations
constitutionnelles.
– Il est question de tout cela à un moment où la région implose, avec la montée en puissance de l'extrémisme sunnite face à l'extrémisme chiite, en forte croissance depuis dix ans.

Sur le plan pratique :
– Si jamais cette proposition venait à être adoptée et que des primaires chrétiennes ou maronites venaient à avoir lieu dans un futur proche, elles donneraient probablement Samir Geagea et Michel Aoun comme favoris. Il reviendrait donc au peuple libanais, toutes confessions confondues, de choisir l'un de ces deux au suffrage universel. Donc, la majorité musulmane trancherait encore une fois, selon la logique confessionnelle. Retour alors à la case de départ ! Les chrétiens n'en tireraient donc aucun avantage. Pire encore, les rapports de force confessionnels leur seraient moins favorables au suffrage universel qu'à la Chambre.

D'après tout ce qui précède, plusieurs questions se posent :
1- Pourquoi Michel Aoun a-t-il proposé tout cela ? Il pense que l'élection au suffrage direct augmente ses chances, croyant compter sur un vote chiite massif en sa faveur. Il ne s'agit donc ni des chrétiens, ni de leurs droits, ni de celui du peuple d'exercer sa souveraineté directement en élisant le chef de l'État, mais de la meilleure formule qui, à ses yeux, lui permettrait d'accéder à la magistrature suprême. S'il avait senti que le Conseil de sécurité de l'Onu pouvait lui être plus favorable que le peuple libanais, il aurait été capable de nous proposer que les élections se déroulent là-bas, « parce qu'il faut un certain consensus international autour du président afin qu'il puisse gouverner ». Il y aurait certainement des Bassil, Kanaan, Nicolas et compagnie, pour vanter le génie d'une telle idée !
2- Est-ce la première fois que le général Aoun formule une telle proposition ? Non. Il l'avait déjà formulée en 2007, mais également durant la vacance présidentielle, provoquée déjà, à l'époque, par son boycott des élections ! Il est surprenant que cette idée ait été rangée au placard durant tout le mandat du président Sleiman et les séances de dialogue de Baabda, et ne soit ressortie que 7 ans après, soi-disant pour trouver une solution au blocage politique... provoqué par son bloc
parlementaire.
3- Si ses négociations avec le courant du Futur avaient abouti, le général Aoun aurait-il pensé à cette petite proposition ?
Certainement pas... Sinon, il leur en aurait parlé !
4- Michel Aoun, avant de faire une proposition pareille, n'était-il pas conscient de l'impossibilité de son application ? Si, lui qui n'est entouré que par de brillants constitutionnalistes et politologues de premier rang!
5- Si Michel Aoun en était conscient, pourquoi l'aurait-il donc proposé ? Je n'ai vraiment pas de réponse, si ce n'est la mauvaise foi et la volonté de nous perdre le temps avec des querelles politiciennes, et dérober l'attention du public de l'obstructionnisme qu'il pratique en boycottant l'élection présidentielle.
Il est fort intéressant de remarquer que, dans l'histoire du Liban, toutes les vacances de la présidence ont eu lieu à cause du général Michel Aoun. À la fin du mandat Gemayel, il a provoqué la vacance du siège, n'a pas reconnu l'élection de René Mouawad ni celle d'Élias Hraoui après lui, sous le prétexte de l'occupation syrienne... Paradoxalement, il s'est allié ensuite avec le président Lahoud, après avoir reconnu sa légitimité, bien qu'élu puis reconduit sous influence directe de l'occupation syrienne. À la fin du mandat Lahoud en 2007, bien que le Liban se soit libéré des troupes syriennes, Michel Aoun a boycotté une deuxième fois les élections pendant plus d'un an sous prétexte de ne pas permettre l'arrivée d'un président « non consensuel » (issu du 14 Mars). Idem à la fin du mandat Sleiman, en 2014, mais cette fois, sous prétexte de favoriser « l'arrivée d'un président consensuel », lui-même, bien évidemment !
À bon entendeur, salut !

– Supposons que par miracle cela ait lieu (voir L'Orient-Le Jour du jeudi 17 juillet 2014).Viendra alors un jour où sunnites et chiites crieraient alors au déséquilibre confessionnel. Les maronites répondraient que le président est légitime car élu directement par le peuple, toutes confessions confondues. Les chiites réclameraient alors un amendement constitutionnel pour que le président de la Chambre soit, lui aussi, élu directement par le peuple.– Les sunnites trouveraient, à leur tour, une formule pour en faire de même pour « leur » Premier ministre ! Et hop ! Si les chrétiens venaient à refuser, ce serait la guerre civile, comme en 1975, au nom du rééquilibrage du système. Le pays, ne manquant pas de milices, éclaterait à nouveau (Hezbollah, Daech, réfugiés palestiniens et syriens, une extrême droite...
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