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Culture - Livre À Relire

Par-delà maîtresse et Stasi, un portrait inédit de Brecht

Un ouvrage qui a fait du bruit et obtenu le prix Goncourt en 2003. « La Maîtresse de Brecht » de Jacques-Pierre Amette, portrait d'un dramaturge et coulisses d'un théâtre sous haute surveillance.

En cette période où le théâtre est sérieusement concurrencé par le cinéma et d'autres formes d'art et du spectacle, revisiter les influences du monde de la scène et surtout celles d'un auteur dramatique tel Bertolt Brecht, sous la plume d'un écrivain et d'un critique littéraire, vaut le détour. Détour éclairant pour décrypter les dérives de l'histoire.
À presque soixante-huit ans, signataire d'une œuvre considérable (dont presque une quarantaine d'ouvrages entre romans, pièces de théâtre, récits et nouvelles), Jacques-Pierre Amette jette la lumière sur l'Allemagne de 1948. Dans Berlin-Est sous contrôle du régime soviétique. Et sous les projecteurs, Bertolt Brecht, un homme de théâtre qui a révolutionné cet art et secoué les consciences.
Décor vite planté: retour du directeur du Berliner Ensemble de son exil américain et, manches retroussées, au travail pour monter Antigone. Pièce revue et corrigée par un membre actif sulfureux du régime car il a appartenu au conseil révolutionnaire d'ouvriers et de soldats. Bien remuant et à risque ce projet pour un environnement qui remet tout en question! Mais les autorités sont vigilantes et ont l'œil ouvert: après son retour de Californie, Brecht a-t-il une pensée bien correcte, dans la lignée des idées staliniennes?
La Stasi, qui a des moyens sournois et efficaces pour soutirer des informations, connaissant son goût pour les jolies femmes, lui flanque une actrice-espionne, Maria Eich, pour mieux le surveiller du lever de lit au lever de rideaux. Maîtresse à mission qui admirera l'homme, mais tombera amoureuse de son correspondant d'officier de filature, Hans Trow, pour recueillir et épingler les agissements et paroles de Brecht.
C'est dans cette atmosphère lourde de suspicion et d'après-guerre d'une Allemagne ruinée que fiction et réalité se retrouvent. Avec éclat. À travers quelques personnages clefs d'une histoire simple.
On s'arrête surtout, non aux écoutes, machinations et fouillages dans les corbeilles de papiers griffonnés d'une Maria Eich, d'un père et d'un mari au passé nazis, mais aux idées, paroles et comportements de Brecht. Qui glisse des phrases lumineuses et des directives savoureuses. Et qui fait semblant de tout ignorer...
Le théâtre de l'ère scientifique (dit aussi théâtre épique ou dialectique) au service de la critique sociale est vu ici sous une lorgnette inédite: celle d'une femme séduisante, mais bien loin des préoccupations de celui qu'elle surveille de près. Coulisse de l'univers des planches croqué avec vivacité et pertinence entre deux désirs d'un homme qui en pince pour cette jeune femme au cœur ailleurs, entre deux discussions de deux rivales (l'épouse Hélène Weigel et la comédienne apprentie) et un quotidien ponctué de peur, d'angoisse, mais où l'espoir, malgré toute l'oppression ambiante, est permis.
On retrouve en bribes, non seulement l'atmosphère plombée d'une Allemagne vaincue et qui se reconstitue, mais aussi et surtout les détails du Berliner Ensemble. À travers ce théâtre révolutionnaire marxiste soutenu par une conscience politique aiguë. Ainsi que cette technique de distanciation, servie par un lyrisme puissant. L'utilisation systématique de la musique est évoquée en toute légèreté et douceur. Tout cela l'auteur le suggère et le souligne en petites touches adroites. Comme un tableau auquel on ajuste couleurs et perspectives.
Si la relation d'amour ou de désir est loin d'avoir réussi entre Brecht et Eich, et que le livre laisse parfois en veilleuse, les grands thèmes «brechtiens» ressurgissent sous un éclairage neuf. Tout comme pour son théâtre, le lecteur reste ici un observateur vigilant et impartial.
Dans une écriture ciselée, sans pathos ni fioritures, ce livre trace en toute sobriété et une certaine poésie le profil de Berlin, ville mythique, et offre un portrait non conventionnel et figé de Brecht. On le retrouve brouillon, amoureux, malade, vieillissant, traqué, fuyant une surveillance pesante. Images bien loin du poète officiel de l'Allemagne de l'Est. Mais tout aussi attachantes, touchantes car profondément humaines en ces temps de chape de plomb. Occasion rêvée, à travers la lecture agréable et instructive de ce livre, de retrouver la vraie voie de l'auteur de Mère courage, Le Cercle de craie caucasien ou Maître Puntila et son valet Matti...

* « La Maîtresse de Brecht » de Jacques-Pierre Amette (Albin Michel, 301 pages).

En cette période où le théâtre est sérieusement concurrencé par le cinéma et d'autres formes d'art et du spectacle, revisiter les influences du monde de la scène et surtout celles d'un auteur dramatique tel Bertolt Brecht, sous la plume d'un écrivain et d'un critique littéraire, vaut le détour. Détour éclairant pour décrypter les dérives de l'histoire.À presque soixante-huit ans, signataire d'une œuvre considérable (dont presque une quarantaine d'ouvrages entre romans, pièces de théâtre, récits et nouvelles), Jacques-Pierre Amette jette la lumière sur l'Allemagne de 1948. Dans Berlin-Est sous contrôle du régime soviétique. Et sous les projecteurs, Bertolt Brecht, un homme de théâtre qui a révolutionné cet art et secoué les consciences.Décor vite planté: retour du directeur du Berliner Ensemble de son exil...
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