« Merkel n’est pas le caniche d’Obama. Le message qu’elle vient de lui adresser était aussi clair qu’indispensable », jugeait le quotidien des affaires « Frankfurter Allgemeine Zeitung ». Fabrizio Bensch/Files/Reuters
Les États-Unis ont clairement laissé entendre hier qu'ils n'appréciaient pas la réaction des autorités allemandes sur l'affaire d'espionnage qui a conduit Berlin à demander au chef espion américain dans le pays de quitter l'Allemagne.
Le porte-parole de la Maison-Blanche, Josh Earnest, a été plus loquace hier sur la position américaine, après avoir refusé toute la semaine de commenter spécifiquement la sensible affaire de renseignement. « Des alliés dotés de services de renseignements sophistiqués, comme les États-Unis et l'Allemagne, comprennent avec un certain degré de détails ce que ces relations et activités de renseignement impliquent exactement », a-t-il déclaré. « La façon la plus efficace de résoudre les différends est de passer par les canaux privés établis, pas par les médias », a souligné le porte-parole.
S'agit-il d'une critique des autorités allemandes ? « Je vous laisse la responsabilité d'interpréter », a répondu Josh Earnest. Mais en privé, des responsables de l'administration américaine ont exprimé leur irritation après la décision allemande de répondre très publiquement à la découverte apparente de deux espions américains au sein des services de renseignements allemands. Toutefois, Josh Earnest a refusé hier de confirmer que le chef de station de la CIA, le responsable des services de renseignements américains en Allemagne, avait effectivement quitté le territoire allemand, après la requête des Allemands jeudi. Mais il a martelé que Washington était conscient de l'importance de l'affaire et respectait « évidemment les demandes du gouvernement allemand concernant l'accréditation et la présence de diplomates américains en Allemagne ».
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L'expulsion du chef de l'antenne berlinoise de la CIA était « inévitable », a affirmé de son côté le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier dans une conférence de presse.
Ceci dit, les ministres allemand et américain des Affaires étrangères vont tenter demain à Vienne de régler la crise sérieuse entre ces deux alliés. « Nous voulons réactiver notre partenariat, notre amitié sur des bases sincères, nous y sommes prêts, ce sera aussi le message que je ferai passer à mon homologue américain John Kerry, lorsque je le rencontrerai à Vienne », en marge de pourparlers sur le nucléaire iranien, a-t-il encore déclaré. En attendant, médias et analystes s'accordaient à juger la crise « grave », même si les deux parties vont s'efforcer de préserver un lien transatlantique de la plus haute importance, dans un contexte de crises internationales nombreuses.
À Berlin, le ton était d'ailleurs conciliant. Martin Schäfer, le porte-parole de M. Steinmeier, a pris soin de récuser le terme d'« escalade ». Le porte-parole de Mme Merkel, Steffen Seibert, a affirmé que les tensions n'affectaient pas les négociations en cours sur un traité de libre-échange entre l'Europe et les États-Unis. « Il n'y a pas eu de coup de téléphone de la chancelière avec Washington, et il n'y en a pas de programmé pour le moment, mais vous savez que la chancelière et le président américain entretiennent de bons rapports », a-t-il dit.
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« Pas le caniche d'Obama »
La presse allemande, à l'unisson derrière la chancelière, adoptait un ton beaucoup moins diplomatique. « Merkel n'est pas le caniche d'Obama. Le message qu'elle vient de lui adresser était aussi clair qu'indispensable », jugeait le quotidien des affaires Frankfurter Allgemeine Zeitung.
« La crise actuelle est très importante », a commenté Henning Riecke, expert des relations transatlantiques pour le Conseil allemand de politique étrangère (DGAP), un centre de réflexion berlinois. « Les Allemands ne comprennent pas que les États-Unis aient recours à l'espionnage (d'un allié) pour défendre leurs intérêts. Les Américains ont beaucoup moins de problèmes avec ça. Pour eux, c'est normal. » Il a souligné que l'un des espions présumés surveillait une commission parlementaire chargée justement des services de renseignements. Un espionnage « au cœur même de la démocratie » est inacceptable en Allemagne, car « cela n'a rien à voir avec la lutte contre le terrorisme » qui a parfois justifié des méthodes intrusives, selon lui.
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