L'Agence internationale de l'énergie (AIE) table sur une accélération de la demande mondiale de pétrole en 2015 en raison de l'amélioration attendue de l'économie mondiale, même si le rythme finalement moins rapide de la reprise l'a conduite à abaisser sa prévision pour 2014. Dans son rapport semestriel publié hier, l'agence énergétique des pays développés a dévoilé des prévisions optimistes pour 2015 : la demande devrait croître de 1,4 million de barils par jour (mbj) pour atteindre le record de 94,1 mbj, reflétant l'amélioration de la situation économique mondiale.
« Les risques associés aux prévisions de 2015 sont toutefois particulièrement élevés », note l'AIE, qui pointe « l'incertitude géopolitique en Irak, en Ukraine, en Libye, au Nigeria et au Venezuela » et « les inquiétudes exprimées » début juillet par la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde sur le rythme de la reprise économique mondiale, qui pourrait « être plus lent qu'attendu ».
Selon les dernières projections du FMI, l'économie mondiale devrait connaître une croissance de 3,6 % en 2014 et de 3,9 % en 2015. « L'activité économique, morose dans les premiers mois de l'année, devrait se renforcer dans la deuxième partie de l'année et s'accélérer en 2015 », a confirmé dimanche Mme Lagarde, mais « la reprise est fragile ». Des déclarations qui ont conduit l'AIE à légèrement réviser à la baisse ses prévisions de demande pour 2014, qui devrait finalement ne ressortir qu'à 92,7 mbj, en recul de 130 000 barils par jour.
Irak
Parmi les faits marquants du semestre écoulé, l'agence est revenue sur l'offensive de l'État islamique en Irak qui a fait grimper le prix du baril de Brent à 115 dollars à la mi-juin. Les cours ont ensuite reflué quand il a été avéré que le sud de l'Irak, où est située la majeure partie des infrastructures pétrolières, serait épargné. La perspective d'une reprise des exportations en Libye a également aidé à la détente des cours : vendredi, le baril de Brent cotait 108 dollars et celui du WTI 102.
L'AIE souligne toutefois que, dans l'hypothèse où les champs pétrolifères du Sud étaient touchés, la Chine, qui est le principal acheteur d'or noir irakien, et l'Inde, qui se place juste derrière, seraient contraints de remplacer environ 500 000 barils par jour, alors que l'Europe et les États-Unis seraient moins affectés.
Dans le détail, l'essentiel de la progression de la demande en 2015 devrait provenir des pays émergents, à hauteur de 1,5 mbj, une hausse qui devrait plus que compenser un recul « modeste » de la demande dans les pays de l'OCDE, qui résulte de gains de productivité.
En Chine, deuxième consommateur derrière les États-Unis, la consommation de pétrole devrait être plus soutenue dans la deuxième partie de l'année, et progresser de 3,3 % sur l'ensemble de l'année 2014, à 10,4 mbj en moyenne. Pour 2015, l'agence table sur une hausse de 4,2 % de la demande, reflétant la croissance du PIB qui devrait être supérieure à 7 %.
Sur le front de l'offre, le déclin marginal de la production en juin suite à l'offensive jihadiste en Irak a été partiellement compensé par de légères augmentations de la production en provenance d'Arabie saoudite, d'Iran, du Nigeria et de l'Angola.
En Irak, où la production nationale a reculé de 200 000 barils par jour au premier semestre 2014 (de 3,3 mbj à 3,1 mbj), seule la région autonome du Kurdistan est en mesure d'augmenter la production, mais elle se heurte au refus du gouvernement central de permettre l'acheminement du pétrole kurde via ses oléoducs. Ainsi, rapporte l'agence, sur les quatre pétroliers remplis de brut du Kurdistan qui ont quitté le port de Ceyhan en Turquie, un seul a pu trouver un débouché, en l'occurrence au port israélien d'Ashkelon, les autorités de Bagdad se démenant pour décourager les clients d'acheter ce pétrole de « contrebande ».
Toujours du côté de l'offre, l'agence se montre circonspecte par rapport à la situation en Libye, où les autorités et les rebelles autonomistes de l'Est – qui bloquaient le secteur pétrolier depuis des mois – ont annoncé la « fin de la crise pétrolière ». Car avant que la production libyenne retrouve son niveau de l'an passé (1,4 mbj), il reste beaucoup à faire, à commencer par remettre en état de marche les installations. En outre, souligne l'AIE, « les termes de l'accord (entre le gouvernement et les rebelles) ne sont pas clairs » et celui-ci pourrait être remis en question.
(Source : AFP)


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