Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole - Carole Georges Chelhot

Bonne fête quand même

Bonjour ma Josée,

Ça fait une mèche que je ne t'ai plus écrit ma pitoune et j'en suis désolée.
Par où commencer ? Les temps ont bien changé par ici, mets-toi ça dans le ciboulot.
Depuis la guerre en Syrie, nous sommes mal pris. Les uns soutiennent, les autres lâchent, les uns appuient, les autres démentent, pas de juste milieu. À la guerre comme à la guerre. On prie, on implore, on supplie, mais les prières demeurent vaines, comme si nous étions devenus les oubliés de Dieu. Et pour bien nous pointer son oubli, voilà qu'en Irak c'est reparti. C'est vraiment too much !
En plus, il y a cette fameuse histoire de chaîne salariale qui n'en finit plus. Hausse salariale, baisse salariale, maintien salarial, faillite de l'État, les cartes sont si mêlées que même les astrologues les plus avertis ne défricheront jamais. Il y a plein de trous dans cette affaire et ça regarde mal. Entre-temps, il y en a en masse qui tirent le diable par la queue et qui marchent en traînant leur bosse. Mais les responsables s'en fichent comme de l'an quarante et personne ne veut rien savoir. Alors, les grévistes se donnent des coups de pieds au cul. Que veux-tu qu'ils fassent, ils ne sont pas pour s'arracher la face.
Et puis, on n'a plus de président pour présider. Ah, ne t'inquiète pas, nombreux sont ceux qui épient la chaise pour la monter, mais pas d'accord à la majorité, pas sur la chaise, la chaise est bien là, mais sur celui qui la prendra. Il y en a qui se font graisser, d'autres qui r'virent leur capot, tous sont montés sur les « hustings », tous nous chient la broue à pleine gueule, chacun tire la couverture de son bord, plus ça change, plus c'est pareil.
Je n'oublie pas le Mondial. Alors ça, c'est la totale et ça fait donc du bien. Rien qu'à voir, on voit bien, pas besoin de te faire un dessin. On est tous partis pour la gloire : des drapeaux sur tous les chars, des affaissés braqués devant leur télé, ou encore vautrés dans les restos devant leur draught, boucanant la narguilé et parlant à travers leur chapeau, pour terminer le match bourrés comme une dinde et pactés comme un œuf rond. Et nous voilà partis pour des tours de machine sur un fond de klaxon chaotique et décousu. Bref, on adore faire du fla fla par ici, histoire de se laisser aller.
Il faut t'avouer que je n'y comprends plus rien chez nous, ni du devant ni du derrière. Il y en a qui sont sur le coton, au bout de leur rouleau, d'autres usent la chandelle par les deux bouts. Nombreux pensent qu'ils n'ont pas le nombril à la même place que les autres, sans te parler de ceux qui pètent plus haut que leur trou. J'ai même vu des jacuzzis installés sur des terrasses résidentielles pour se faire chauffer la couenne juste pour nous mettre plein la vue. Perte quasi totale des sens des valeurs, alors tout est permis, on n'est plus si stricky que cela, on féke tout simplement, tu te fais déplisser régulièrement, tu es in, tu sors toute dépoitraillée, tu es flashy, tu brûles un feu rouge, maaleich, tu conduis en sens interdit, tu es smart, tu fais une fraude fiscale, tu es wise, tu quittes ton chum ou ta blonde sans aucune raison. Et pis, tout le monde divorce par ici, même Poutine est pris en exemple, pourquoi pas, tu trompes ton mec, mais c'est normal, ça met du poivre fort dans ta vie, la mode c'est que tu passes en dessous du bogué, ta flo passe sa nuit sur la corde à linge, il faut que jeunesse passe, ton bonhomme connaît tous les bars de la ville, il est plein comme une huître et vert comme un poireau, il sent la tonne, il faut tenir ça mort, coup donc, de toute manière papa a du pushing, il finira par sortir ses grandes médailles. Tu es très loin de tout cela ma jolie, dans ton Québec tout fleuri.
Chez toi, tu vis autrement. D'abord, tu n'as pas la guerre, tu entends juste jaser autour, tu vis dans un monde fait de tolérance des différences. Tu jouis de l'indépendance, tu gouttes à la liberté, tu savoures la dignité et tu bénéficies de la solidarité. La diversification ne t'apeure pas, tu es en sécurité.
Tu baignes dans la démocratie. Tu fais partie d'une nation. Tu prends ça aisé, t'as pas les idées toutes croches. Tu ne te pognes pas les nerfs pour rien. Tu es claire comme l'eau de roche. Tu peux danser plus vite que les violons, tu ne travailles pas pour des prunes et tu connais le jour de la SainteTouche. Tu ne te fais pas avoir, tu ne traînes pas de la patte. Tu ne te fais pas sacrer à la porte sans avoir une tôle dans les poches. Tu te fais des plans, tu montes en graine, tu ne te serres pas la ceinture, tu ne te casses pas trop les méninges pour demain. Tu n'as pas un mal de chien pour assurer le quotidien et puis tes flos, même si c'est pas des petits jésus, ils sont bien rangés. Ils ont passé à temps leurs examens de fin d'année, t'as pas à te mettre dans tous tes états pour assurer leur futur ou à lécher des culs pour leur assurer un job. Tu vis en étant vraie. Tu es straight. Tu n'en mets pas plein la vue pour épater le monde. Tu ne racontes pas des contes à dormir debout. Ça file en grand chez toi, chez moi, ça va plutôt mal.
Et connais-tu la dernière ? Pour connaître notre avenir, on se braque devant notre télévision pour écouter des prédictions. Tu as raison, on est épais comme des dictionnaires, c'est queq'chose, mais que veux-tu, on est rendu là, c'est le top du top. J'ai beau dire que nous avons le dos large et qu'on prend la vie par le bon boutte, mais trop c'est trop, c'est à se péter la tête sur les murs. On est tout simplement dans un état complet de déni et sais-tu lequel ? Celui de notre réalité quotidienne.
Allez ma toutoune, je crois tomber comme une roche. Mais je dois faire ma lessi et renippé la maison, tu sais, moi engager des subalternes chez moi 24/24 comme chez les empâtés d'à-côté qui passent leur temps à regarder leur nombril, pas capable. Alors, j'te laisse.
À tantôt.

PS - J'ai oublié de te le dire : « Bonne fête du Canada, ma chouette. » C'est pour cela que je t'écrivais d'ailleurs, vois-tu, je suis souvent out of order.

Bonjour ma Josée,
Ça fait une mèche que je ne t'ai plus écrit ma pitoune et j'en suis désolée.Par où commencer ? Les temps ont bien changé par ici, mets-toi ça dans le ciboulot.Depuis la guerre en Syrie, nous sommes mal pris. Les uns soutiennent, les autres lâchent, les uns appuient, les autres démentent, pas de juste milieu. À la guerre comme à la guerre. On prie, on implore, on supplie, mais les prières demeurent vaines, comme si nous étions devenus les oubliés de Dieu. Et pour bien nous pointer son oubli, voilà qu'en Irak c'est reparti. C'est vraiment too much !En plus, il y a cette fameuse histoire de chaîne salariale qui n'en finit plus. Hausse salariale, baisse salariale, maintien salarial, faillite de l'État, les cartes sont si mêlées que même les astrologues les plus avertis ne défricheront jamais. Il y a...
commentaires (1)

Un regal! Merci Carole

Marie-Jeanne Schoueri

22 h 24, le 09 juillet 2014

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Un regal! Merci Carole

    Marie-Jeanne Schoueri

    22 h 24, le 09 juillet 2014

Retour en haut