Aucune pensée extrémiste ne peut se maintenir sans puiser sa raison d'être dans la nécessité vitale et instinctive de faire face à une autre pensée extrémiste. Le monstre ne peut faire face à un agneau, il ne peut avoir conscience de sa monstruosité que face à un autre moi, un autre monstre de même nature. Cherchant à éliminer l'autre monstre, au prix de sa vie, celui-ci se retrouve face à sa monstruosité une seconde fois. Et cela dans un mouvement d'éternel retour.
Dans les deux cas, tyran ou victime, c'est un monstre, les extrémistes se recrutent parmi les victimes auxquelles on na pas coupé la tête...
Tout extrémiste est conscient de cette aliénation qu'il fuit en initiant un mouvement de violence dans le but de renier une crise de prise de conscience de soi. Ainsi, le temps de l'extrémisme devient cyclique, tel le temps de l'idéologie et de la religion. C'est la recherche d'un temps idyllique qui a été perdu, un temps où règne le mythe du bonheur du premier homme.
Si l'extrémiste peut tuer pour une prétendue vérité, il est certain qu'il sera tué aussi bien pour une autre vérité. Ainsi, tuer devient une vengeance de sa prochaine et inéluctable mort. La peur ou l'illusion du danger est la force la plus aimable chez l'homme. La vie serait insoutenable sans la présence d'un ennemi.
Dans cette perspective, Cioran résume la nature et la logique de la montée de l'extrémisme en affirmant que l'extrémisme ne peut survivre que dans la lutte pour monopoliser la souffrance de la «victime-monstre». Un bourreau ne devient-il pas victime, faisant fi des ses victimes que lorsqu'il crée un bourreau plus sanguinaire que lui-même. Telle fut la logique adoptée par le régime syrien en créant des groupes extrémistes plus sanguinaires que lui, pour discréditer les révolutionnaires et pour se présenter comme victime d'un bourreau plus sanguinaire que lui. Telle est la logique du régime irakien actuel qui réduit à néant les forces sunnites modérées en favorisant la montée des forces extrémistes et sanguinaires. La portée inhumaine d'un meurtre ne peut être réduite que par un meurtre plus atroce.
La montée des extrémismes est meurtrière, et la victoire d'un extrémisme sur l'autre ne peut que faire advenir le règne des fous de la vérité extrémiste. Rien n'est plus vrai que la mort et rien n'est plus mortel que la vérité. La vérité est aussi mortelle que la vieillesse.
Marwan HARB


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Uuuuuuuuuft !
01 h 35, le 09 juillet 2014