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Culture - Festivals - Byblos

Lang Lang, une décapante virtuosité...

Un public nombreux est venu applaudir Lang Lang pour l'ouverture des concerts de Byblos. La superstar high-tech du clavier, phénomène de virtuosité, a littéralement ébloui son auditoire.

Lang Lang, un talent immense. Press Photo

Pour lui donner la réplique, l'Orchestre philharmonique libanais dirigé par Darrell Ang. Un piano habité, une prestation pas comme les autres.

Pour les milliers de personnes qui se sont déplacées jusqu'à l'antique cité phénicienne, le rendez-vous valait la chandelle. Pour un pianiste au talent vertigineux qui peut interpréter n'importe quoi et dont on écoute religieusement la musique.

Dans un sens de l'ordre absolu et une organisation impeccable, Byblos, par-delà ses ravissantes rues piétonnes et ses échoppes encore ouvertes la nuit, a accueilli une foule de vacanciers et de mélomanes avides d'applaudir ce champion des touches d'ivoire.

Sous les rayons des sunlights qui convergent sur une scène abritée par les masses rocheuses battues par la mer, voilà qu'émergent les premières mesures de la partition de l'Ouverture solennelle en si bémol majeur, dite 1812 op 49 de Tchaïkovski. Une œuvre revendiquant identité nationale, fierté patriotique et liberté. Une œuvre jouée aussi en grande pompe au Festival de Baalbeck en 2002 avec feu d'artifice et canonnade.

Pour cet opus commémorant la victoire russe des guerres napoléoniennes, le compositeur du Lac des cygnes mêle habilement La Marseillaise et l'hymne Dieu sauve le tsar sur fond de houle orchestrale. Avec en apothéose les sons des cloches qui carillonnent mais ici sans canons tirés. Avec les vagues de la mer et quelques vrombissements d'avions qui survolent le firmament comme accompagnement inédit...

Dans un esprit slave, profondément de la terre de Tolstoï et des datchas, suivent les Danses polovtsiennes tirées du Prince Igor de Borodine. Et que Fokine a porté en tant que ballet à un point incandescent. Tableaux sonores chatoyants, sensuels, guerriers, aériens, ailés.

Et c'est l'arrivée à pas furtif de Lang Lang, menu, tout sourire, cheveux au vent. Avec un talent immense dès qu'il approche le clavier dont il est le possédé béni, le fougueux cavalier et l'amant enfiévré. Attaque magistrale et à couper le souffle du Concerto n° 2 en do mineur op 18 pour piano et orchestre de Rachmaninov. Un morceau de bravoure arraché aux mâchoires d'un lion tant les difficultés techniques et la célérité du tempo sont périlleuses et casse-gueule (casse doigts!). Mais avec Lang Lang, on navigue en toute assurance et sérénité sur un océan démonté, aux déferlantes meurtrières.

Ses expressions, ses pieds, son torse, l'emphase de sa gestuelle qui a la rhétorique d'un discours de Cicéron ou d'une tirade de Shakespeare, ses yeux clos, son état de transe, ses extases feintes ou réelles, tout cela méduse, hypnotise, magnétise, fascine. En plus de cette musique qui jaillit, souveraine, péremptoire, grandiose, irréprochablement claire et fluide.

Un instant hors du monde pour ce concerto qui a mis à flot Rachmaninov après sa déconvenue et sa dépression suite à l'échec de sa symphonie interprétée par un Alexandre Glazunov ivre. Et que la critique a férocement éreinté. Ce concerto, de larmes et de sang, confession, résurrection et remontée vers la lumière par un pianiste hors pair, «cultivé et lumineux» (signification du nom de l'artiste en langue chinoise!) qui le porte au zénith de son frémissement émotif.

D'un romantisme torrentiel, usant avec une incroyable vélocité des cadences les plus hardies, des accords les plus riches et des mélodies les plus suaves, le piano a ici des accents à la fois échappés à l'enfer et au paradis, touchés par les contorsions des démons les plus cruels et la grâce des séraphins les plus doux.
De révolte en soumission, de colère en résignation, de guerre en paix, de torture en sérénité, de frustration en contentement, voilà que Lang Lang traduit cette renversante palette de couleurs des remous intérieurs, dévoilés en toute impudeur, pugnacité et véhémence. Avec la force et la conviction d'un interprète qui serait dans les pages d'un livre qui lui appartiendrait...

Ovation debout d'un public conquis presque d'emblée. Révérence du virtuose de 32 ans qui, depuis ses trois ans prodiges, récolte récompenses et applaudissements. Une valse de Chopin lancée à la vitesse d'une toupie, un air mélancolique d'une chanson chinoise (Siri's Dance, présentée gentiment avec un humour malicieux sur notre infortune régionale!), un rythme chaloupé cubain, La Marche turque de Mozart comme on ne l'a jamais entendue avec cette cadence comme du mercure, entre fortissimo et pianissimo ébouriffants, et encore une valse du pèlerin polonais, foudroyante de beauté, de légèreté, d'ondoiement...
Avec Lang Lang, les adjectifs brusquement manquent. Du superlatif au plus anodin. Mais on peut dire qu'il aurait pu nous jouer toutes les pages de l'annuaire jaune du téléphone et qu'on aurait été sur un nuage. Voilà un grand bonhomme qui n'a pas volé une notoriété, une légende, un mythe. Tous parfaitement justifiés. Un météorite qui jette du baume sur les cœurs.


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