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Liban

À Dalyeh, les pêcheurs s’opposent à la fermeture de la route du port

Polémique

Les forces de l'ordre ont fait face hier à la colère des pêcheurs de Dalyeh (Raouché) quand elles sont intervenues pour la construction d'une barrière.

S. B. | OLJ
04/07/2014

Un nouveau développement a marqué l'affaire qui oppose les pêcheurs du petit port de Dalyeh, situé entre Ramlet el-Baïda et Raouché, et les sociétés privées qui comptent construire un projet touristique sur le site. Alors qu'une partie des pêcheurs a déjà abandonné ses habitations, situées sur les terrains appartenant aux sociétés (pour une contrepartie financière, comme nous l'ont indiqué les principaux intéressés), et qu'une autre partie, notamment la famille Itani, attend toujours le dénouement du procès intenté par les sociétés, ces dernières ont entrepris, il y a quelques jours, de fermer par une barrière la route qui mène vers le petit port à partir de la corniche.
Une première confrontation entre les pêcheurs et les Forces de sécurité intérieure (FSI) avait empêché la mise en place de cette barrière. Hier, une patrouille plus importante a été envoyée sur place. Un témoin nous raconte que « plus d'une centaine d'agents de l'ordre étaient présents sur ordre du ministère de l'Intérieur ». « C'était ridicule, ils ont tenté de nous disperser en utilisant des canons à eau, souligne ce témoin sous le couvert de l'anonymat. La barrière a finalement été installée, mais à notre demande, elle a été gardée ouverte. »
Rappelons que trois sociétés privées, « el-Bahr », « Sakhret el-Bahr » et « Sakhret el-
Yamama », qu'on dit appartenir à des héritiers de l'ancien Premier ministre assassiné Rafic Hariri, ont engagé cette action pour déloger les pêcheurs des terrains dont elles sont propriétaires en grande partie (voir L'Orient-Le Jour du 7 février 2014). Il semblerait qu'un grand projet touristique privé soit prévu sur cette plage fréquentée traditionnellement par les Beyrouthins. À noter que le site n'est pas composé que de terrains privés ; le port et les rochers se trouvent sur des biens-fonds maritimes publics.
Interrogé sur les motivations des pêcheurs, l'un d'eux, Omar Itani, qui n'a toujours pas quitté sa maison ainsi qu'un café situé sur les biens-fonds publics maritimes, insiste sur le fait que « cette route est une voie publique, elle mène vers un port et des biens-fonds maritimes, personne n'a le droit de la fermer ». « Ma famille habite ici depuis 76 ans, je préfère mourir que d'être délogé », ajoute-t-il.
M. Itani s'est réuni hier avec le chef de la gendarmerie de Beyrouth, le général Abdel Razzak Kawatli, en compagnie de l'avocat Dany Moussa, qui est également partie civile dans le procès puisqu'il possède des actions dans le même terrain que celui des sociétés. Le général Kawatli a promis que cette barrière resterait ouverte, selon les deux hommes. Dany Moussa craint cependant que cette mesure soit temporaire. « Le pire, c'est qu'ils nous confrontent avec les FSI, ajoute-t-il. Cette route est publique, elle mène vers un port légal qui existe depuis les années 40. » Il précise que le procès est toujours en cours, avec désormais une troisième partie, l'État, puisque des biens-fonds publics sont en jeu.
L'affaire de Dalyeh a donné naissance, rappelons-le, à une campagne civile militant pour la préservation de cet espace public qui fait partie intégrante de la vie de Beyrouth, selon ses membres (une pétition a circulé sur Internet,
www.alarida.org). Ces militants ont organisé plusieurs sit-in dernièrement pour protester contre la privatisation du lieu. Interrogée sur les derniers développements, Abir Saksouk, membre de cette campagne, assure que « même si ces terrains sont privés et même si un projet est prévu à cet endroit, la loi interdit à quiconque de fermer une route qui constitue un droit de passage vers la mer ». La campagne envisage une escalade, dont les étapes seront annoncées ultérieurement, affirme-t-elle.

S. B.

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Tabet Karim

Mais qui est l'abruti qui a lance le slogan: Loubnan ahla balad bil alam..... ?

Halim Abou Chacra

Absolument incroyable ! Dans quel pays du monde, à part ce pays, des propriétaires privés peuvent s'approprier également et arbitrairement le bord de la mer ?

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