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Nos lecteurs ont la parole - Anthony Darmo

Et les gagnants sont...

L'homme passe son temps à courir après les trophées, les récompenses, à s'approprier ce qui est à autrui, il ne peut s'empêcher de vouloir tout et même plus. Il faut avouer que dès l'enfance, nous sommes programmés à nous surpasser ; comme des bêtes de combat, il nous faut remporter toutes les luttes.
Depuis la création, nous nous sommes construits par et pour la récompense. On peut aujourd'hui, dans cette société mondialisée dont le pouvoir de l'argent est le maître, en mesurer la conséquence néfaste sur les peuples marginalisés, qui n'ont pas accès à cette surconsommation qui fait tant rêver lorsque l'on manque de tout.
Après des décennies de stagnation, le monde arabe est en pleine mutation ; il s'occidentalise par la force du progrès numérique qui propose sans filtre à des populations pas préparées à des modes de vie à mille lieues de la leur. Alors forcément, quand on crée du désir que l'on ne peut assouvir, il y a de la frustration, et le printemps arabe qui a fleuri un peu partout n'est que la résultante de toutes les insatisfactions accumulées depuis des décennies par ces peuples sous le joug d'un mode de vie patriarcal et tribal, le tout aidé par des nations étrangères avides de profits et de nouvelles alliances qui iront dans le sens choisi par elles seules. Le hic dans cet emballement est que rien ne s'est passé comme l'espéraient les sponsors financiers de ces révoltes. Non, les peuples non pas pris le pouvoir car, finalement, ils préféraient leurs régimes autoritaires et la sécurité qui va au chaos du vide, et la prise de pouvoir par la force de jihadistes assoiffés de sang et de haine à l'encontre de ceux qui ne pensent pas comme eux.
Manque de chance pour nous : l'Occident encore une fois n'a rien compris de ce monde arabe si compliqué pour lui ; il s'est arc-bouté sur ses positions de soutien aux rebelles ici et là, et aujourd'hui, nous payons le prix des manquements flagrants d'une vrai politique étrangère équitable, dans le respect des opinions de chacun.
Après trois ans de combats, la Syrie est en déconfiture, le pouvoir en place tient par la solidarité de son armée qui a bien compris l'enjeu qui se trame dans les antichambres des chancelleries de l'alliance américano-saoudo-sioniste.
L'Irak, onze ans après l'invasion de 2003 et le démembrement total de sa structure d'État souverain, se retrouve de nouveau sous les feux des projecteurs médiatiques non pour sa renaissance, mais bel et bien par la résurrection du chaos qui, de nouveau, va conduire le pays sur le chemin de la mort, sponsorisé par des édiles du Golfe, toujours prompts à semer la discorde lorsqu'elle leur est profitable.
La Jordanie entend les pas des jihadistes qui se dirigent lentement mais sûrement vers son palais royal. L'Arabie saoudite, le Qatar et les monarchies du Golfe vont avoir un retour de bâton dont ils ne vont pas pouvoir se remettre – à trop jouer avec le feu, on finit par se brûler...
Les pays africains tremblent face à la menace islamiste qui risque de mettre les États à feu et à sang.
Bien entendu, lorsqu'il y a désordre, le Liban n'est jamais loin des problèmes, non qu'il l'ait voulu, mais parce que des âmes bien intentionnées se plaisent à impliquer le pays du Cèdre dans les méandres de la poliitique régionnale, comme si ce pauvre pays n'avait pas assez souffert des turpitudes arabes.
Telle la pieuvre qui étend ses tentacules, la folie jihadiste – et peu importe son appellation ou son obédience – se propage dans l'ensemble du monde arabo-musulman de la manière la plus violente. Là ou le bât blesse, c'est que cela se fait avec des armements et des formations fournis par cet Occident qui, pour des raisons bien obscures, enfante des démons dont il finit toujours par ne plus contrôler les actes, laissant les populations locales dans le plus grand désarroi face à ces fous furieux qui sèment la mort sur leur chemin.
Dans ce tohu-bohu, un peuple voit son grand rêve se réaliser. Il faut avouer qu'il a été patient, a su s'organiser durant ces décennies de combat jusuqu'à avoir son autonomie dans le nord de l'Irak.
Le peuple kurde voit enfin sa lutte porter ses fruits : sans bruit ni violence, son territoire se dessine de manière bien réelle et, sur le chaos syrien, irakien, il prend possession de sa « terre » sur les deux territoires.
En Irak, il ne fait qu'agrandir la zone de son autonomie ; en Syrie, sous couvert de défense contre les « rebelles », il s'installe durablement. Cela risque d'être bien plus compliqué avec la partie turque, pays qui voit d'un très mauvais œil, malgré quelques propos de façade sur la réconciliation, son ennemi de toujours prendre racine durablement dans la région avec très certainement l'aval de l'Oncle Sam qui ne sait plus à quel saint se vouer dans la région.
La visite de John Kerry au Kurdistan irakien (24/06/2014) n'est pas anodine. Elle donne le la de ce que risquent d'être les nouvelles alliances américaines, d'autant plus que les régions autonomes kurdes d'Irak sont riches en pétrole, ce nerf de la guerre. Il se dessine dans l'ombre des faiseurs de roi une nouvelle carte du Moyen-Orient, née sous le chaos et par la force tribale. Espérons qu'elle ne se fonde pas sur la négation de l'autre.
Les Kurdes sont les grands gagnants du printemps arabe. Habilement, ils ont su tirer parti du désordre. Espérons qu'ils se comporteront, une fois les territoires conquis et reconnus par « l'ordre mondial », de la manière la plus respectueuse envers les minorités ancestrales de la région, qui ont les mêmes droits et devoirs qu'eux.

Anthony DARMO

L'homme passe son temps à courir après les trophées, les récompenses, à s'approprier ce qui est à autrui, il ne peut s'empêcher de vouloir tout et même plus. Il faut avouer que dès l'enfance, nous sommes programmés à nous surpasser ; comme des bêtes de combat, il nous faut remporter toutes les luttes.Depuis la création, nous nous sommes construits par et pour la récompense. On peut aujourd'hui, dans cette société mondialisée dont le pouvoir de l'argent est le maître, en mesurer la conséquence néfaste sur les peuples marginalisés, qui n'ont pas accès à cette surconsommation qui fait tant rêver lorsque l'on manque de tout.Après des décennies de stagnation, le monde arabe est en pleine mutation ; il s'occidentalise par la force du progrès numérique qui propose sans filtre à des populations pas préparées à des...
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