L'été arrive et il pleut des mariages . « Cet été, j'ai six mariages », « Moi, j'en ai quatre »... Ces propos fusent dans les salons à partir de février/mars. L'effervescence s'empare dès lors des « heureux élus » (comprenez les invités). Entre juin et septembre, les Libanais sont conviés à d'innombrables événements matrimoniaux, et ça va du très chic au grand luxe, de la féerie magique aux mille et une nuits. Nouveauté : les unions et leur panoplie de festivités à l'étranger. Summum d'une élégance de plus en plus sophistiquée. Les préparatifs – si l'on peut parler ainsi car le terme ne saurait englober tout ce qu'il sous-entend – commencent une année avant la date fatidique. Sans vouloir jouer les nostalgiques, on reste quand même bouche bée devant de nouvelles pratiques. Parler de traditions serait quasiment déplacé. Tendances et branchitude changent sans cesse.
Si le terme fiançailles n'a pas encore été rayé de la langue de Molière, il s'est vidé de son sens. Temps de réflexion, ce serment était considéré comme un noviciat conjugal. C'est cocasse. Nous voilà en effet bien loin de ces considérations. Aujourd'hui, c'est une occasion supplémentaire de festivités, un minimariage, ne serait-ce que par le nombre d'invités, la profusion des arrangements et autres pièces montées. Et la planification du jour J se fait par ordre d'importance. Le lieu du mariage est une question cruciale nécessitant des mois de réflexion avec une bonne dose de stress. Soit. On ne se marie qu'une fois (? !) Si l'on opte – humblement – pour une bénédiction nuptiale au Liban, l'édifice religieux devra impérativement correspondre aux décors prévus. Dans la majorité des cas, on ne discerne presque plus rien des lieux. Une pléthore de fleurs, guirlandes, rubans, tulles et autres arches envahissent le tout. Et si la marche nuptiale classique est toujours de mise, aujourd'hui les jeunes optent pour une entrée/sortie de l'église en chansons, avec en sus des applaudissements. C'est moins ringard. Bref, la cérémonie émouvante a déserté les lieux depuis belle lurette.
Les festivités, on est bien tenu d'en parler au pluriel. La fête commence bien avant la date du mariage. Le cocktail de la veille réunit les copains/copines des mariés afin, dit-on, qu'ils puissent faire connaissance. Le motif revêt une importance capitale. Le lendemain, après la nuit de noces – à propos, cette parenthèse existe-t-elle encore ? –,
un brunch aura lieu dans un énième lieu. Là encore, les invités sont triés sur le volet, Dieu sait selon quels critères. Un appoint de taille : la jeune mariée exige, dit-on, que tout ce beau monde soit vêtu de blanc, les hommes aussi.
Les enterrements de célibat pour hommes datent du XIXe siècle et ressemblaient à une dernière nuit de débauche. Tandis que les jeunes filles recevaient leurs proches chez elles.
Aujourd'hui, on les fait sous une nouvelle version, anglo-saxonne. Nous sommes des suivistes. La « bachelorette party », venue droit du pays de l'Oncle Sam, réunit la future mariée et ses meilleures copines 24 heures durant. Du temps à remplir, du temps à perdre. Pour ce faire, tout est bon, des excursions, des jeux, des leçons de cuisine, des « spas retraites » pour se faire chouchouter. Le soir, un dîner suivi de multiples drinks dans de multiples pubs et boîtes de nuit. On planifie quelques défis pour la mariée : danser la salsa avec un barman, se faire payer un verre par un bel étalon. (Bientôt les Chippendales et une stripteaseuses au pays du Cèdre ? ). Pour faciliter les déplacements de la tribu, on loue des limousines. Bachelors et bachelorettes se retrouvent en fin de soirée. Mais encore, il faut enterrer son célibat à l'étranger. Les messieurs vont en bande à Sofia ou Budapest, les filles slaves sont « à tomber », non ? Quant aux demoiselles, elles prennent aussi l'avion et vont se faire bronzer – sauf la mariée qui doit garder une peau diaphane – sur une île, et ce sera Ibiza, Mykonos ou Santorin. De deux « un homme/une femme –, les témoins sont passés à six, huit, voire dix. Et c'est de l'unisexe, il s'agit uniquement de filles d'Ève. Pourquoi ? L'histoire ne le dit pas encore. Mais vu que c'est une flopée, elles porteront un « uniforme » répondant aux lubies de la mariée. Bientôt, on imposera une tenue unique aux invités ! Ça viendra, et plus vite qu'on ne le croie.
Alors que notre économie bat de l'aile et qu'il ne reste plus que les citoyens nantis pour faire tourner un tant soit peu la machine, nombre de Libanais vont en Europe pour fêter en grande pompe leur union. Le nec plus ultra. Désolant, triste. Mieux vaut en rire. Il y a de quoi en tout cas... Sont-ce les mariages civils qui obligent à prendre l'avion qui auraient déclenché cette nouvelle mode ? Mais Chypre sert tout juste de point de chute administratif et légal. La fête aura lieu plus loin. L'Italie a la cote. Florence est très prisée, et la Sardaigne la suit à grands pas. Et pour ceux qui veulent sortir des sentiers battus, il y a le Monténégro ou Dubrovnik. Les invités ont le choix entre charters et jets privés. Aux frais de la princesse ? L'idée commence à germer et les familles les plus généreuses ont déjà tenté l'expérience : tout est offert, avec un cadeau personnel à chaque invité. Le contenu de vos bagages vous attend dans la penderie de votre chambre d'hôtel, pour ne donner qu'un exemple. Quant à l'organisation si complexe de ces voyages/mariages, elle nécessite toute une logistique. Rien n'est impossible. On crée un site sur le Net où invités et familles trouveront toutes les informations nécessaires et indispensables. Et cela va des salons de coiffure aux instituts de beauté et autres spas disponibles sur place. Cocktail, dîner de gala, brunch... Mais on assiste à des variantes plus chics : jour 1, dîner offert par la famille du marié ; jour 2, idem côté mariée ; jour 3, brunch. En attendant des jours meilleurs.
Mais faire la fête dans une ville touristique reste banal. Alors on choisit des lieux inconnus du commun des mortels. Il Borro, ça vous dit ? Un petit village médiéval datant du XIe siècle, racheté et entièrement restauré par rien moins que Salvatore Ferragamo, célèbre chausseur florentin. Intégrant un luxueux complexe hôtelier, membre de la chaîne des Relais & Châteaux, le domaine a retrouvé sa splendeur sous l'impulsion de ses nouveaux propriétaires.
Que ne ferait-on pour célébrer un mariage qui durera peut-être ce que durent les roses.
On se marie une fois dans la vie... Les clichés ont la vie dure.
Nos lecteurs ont la parole - Marianne Saradar Barakat
La déferlante des mariages
OLJ / le 26 juin 2014 à 00h00


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve