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À La Une - L'homme De La Semaine

Vincent Lambert : la vie à tout prix ou la mort digne

L'Europe demande le maintien en vie du tétraplégique, contre l'avis de la France.

Mardi, le Conseil d’État s'est prononcé pour l'arrêt des soins qui maintiennent artificiellement en vie Vincent Lambert dont le sort déchire la famille. AFP

Cloué sur son lit d'hôpital en état végétatif chronique depuis presque six ans sans aucun espoir de rémission, la vie suspendue aux sondes de nutrition et d'hydratation artificielles, Vincent Lambert est devenu l'otage inconscient de la bataille judiciaire d'une famille déchirée.

Au quatrième étage de l'hôpital Sébastopol de Reims, une caméra surveille le passage des visiteurs de Vincent qui doivent justifier de leur présence pour franchir sa porte désormais verrouillée, un isolement supplémentaire depuis la médiatisation de son cas.

"Avec le temps on l'a vu se dégrader, ses muscles atrophiés déforment son corps, il est souvent pris de rictus, il crie quelquefois". Pour sa soeur Marie, "Vincent n'aurait jamais voulu vivre aussi diminué et dépendant". "C'est déjà un mort-vivant alors à quoi bon !" lâche-t-elle. Elle décrit son frère avant son accident comme un jeune homme "jusqu'au-boutiste", amateur de sensations fortes, de vitesse et de "grosses fêtes". "Il avait des comportements extrêmes et en même temps était très secret, renfermé, mal dans sa peau", dit-elle.

Aîné d'une fratrie de neuf enfants issus de trois unions, un père gynécologue militant anti-avortement qui finit par épouser sa mère ultra-catholique, alors employée au cabinet médical, quelques années après sa naissance ; Vincent grandit à Châteauroux puis dans les Ardennes dans cette famille recomposée "minée par les secrets et les non-dits", selon François Lambert, son neveu.

 

(Lire aussi : L'enfant et sa capacité à comprendre le « côté irréversible de la mort »...)

 

A 12 ans, l'adolescent part en pension dans un établissement catholique, un passage obligé pour tous les enfants. Pour Vincent ce sera Saint-Joseph-des-Carmes, dans l'Aude, et les prêtres en soutane de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, communauté intégriste proche des milieux d'extrême droite fondée par Mgr Lefebvre.

Renvoyé pour son "esprit rebelle", il finira ses études dans une "boîte à bac", à Reims, avant d'intégrer une école d'infirmiers, à Laon, et de se spécialiser en psychiatrie. "A partir de là, il n'a cessé de prendre des distances avec l'idéologie de mes parents, comme la plupart d'entre nous d'ailleurs", souligne Marie.

A l'hôpital de Longwy (Meurthe-et-Moselle), il rencontre Rachel, une infirmière frêle et blonde, qu'il épouse avant de s'installer près de Châlons-en-Champagne. Le couple donnera naissance à une petite fille quelques semaines après son accident de voiture le 29 septembre 2008.

 

Deux camps irréductibles
Transporté au CHU de Reims dans un état critique, l'infirmier psychiatrique est plongé dans un coma artificiel pour tenter de limiter les dégâts d'un traumatisme crânien massif. Il se réveillera tétraplégique en état "pauci-relationnel", un état de conscience limitée à des informations sensorielles primaires, comme la lumière ou le bruit.

Vincent "souffre de lésions cérébrales irréversibles, aucune communication même sommaire n'a jamais pu être établie avec lui", constate le docteur Eric Kariger qui dirige le service de soins palliatifs du CHU de Reims où est hospitalisé le patient de 38 ans.

Début avril, des experts désignés par le Conseil d’État ont pointé une dégradation de la conscience du patient à jamais emmuré dans un état végétatif chronique et incurable. "Il peut avoir des manifestations sensorielles comme des larmes ou des sourires mais c'est de l'ordre de la mémoire émotive. Son corps exprime des choses, principalement de la souffrance, mais il n'a pas conscience de son corps", résume son médecin.

 

(Pour mémoire : Un tribunal français s'oppose à l'euthanasie d'un patient comateux)

 

Autour du lit médicalisé de Vincent, deux camps irréductibles, deux regards s'opposent et s'affrontent devant la justice après la décision des équipes soignantes de stopper l'alimentation et l'hydratation artificielle. Rachel, qui soutient les médecins, parle d'"acte d'amour", de "dignité", du droit pour son mari "d'avoir été autre chose, quelqu'un d'autre que cette personne alitée". Sa conviction est que le "laisser partir" répond à la volonté de Vincent. Viviane et Pierre, les parents, dénoncent, eux, une tentative d'assassinat d'un "handicapé", persuadés que leur fils "est présent" et qu'il veut vivre.

A Noël, "on lui a demandé s'il était content, il a fermé intensément les yeux", a raconté sa mère lors de la première audience du Conseil d’État.

"Je n'ai jamais rien vu dans les yeux de Vincent, mes parents projettent leur espoir, ils croient sérieusement aux miracles", dit de son côté Marie.

Mardi, le Conseil d’État s'est prononcé pour l'arrêt des soins qui maintiennent artificiellement en vie Vincent Lambert dont le sort déchire la famille. Après avoir pris connaissance de l'arrêt rendu par le Conseil d'Etat, la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) a décidé de demander au gouvernement français "de faire suspendre l'exécution de cet arrêt pour la durée de la procédure devant la Cour".

 

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Au quatrième étage de l'hôpital Sébastopol de Reims, une caméra surveille le passage des visiteurs de Vincent qui doivent justifier de leur présence pour franchir sa porte désormais verrouillée, un isolement supplémentaire depuis la médiatisation de son cas.
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