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Liban

Considérations sur la vacance présidentielle...

La situation
25/06/2014

Une fois de plus, le Liban se retrouve, aux portes de l'été, pris dans le feu de l'instabilité sécuritaire. En dépit des propos rassurants tenus par les principaux responsables depuis l'attentat de Dahr el-Baïdar, notamment le Premier ministre Tammam Salam et le ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, voilà que, à peine trois jours plus tard, c'est au tour de Tayyouné d'être la cible d'un nouvel attentat-suicide en pleine nuit.
D'aucuns rattachent cette nouvelle flambée de terrorisme à l'éruption de la violence en Irak, où une insurrection sunnite est menée contre l'ordre iranien actuellement remis en cause, que ce soit sous l'étendard terroriste extrémiste de Daech, vindicatif du Baas irakien ou politico-confessionnel des tribus.


En Syrie également, quatre années de dure répression de la part du régime Assad n'ont pas réussi à venir à bout des rebelles, et ce malgré la participation du Hezbollah aux combats. Même les régions acquises par ce dernier, le long de la frontière, sont continuellement disputées, et les cercueils continuent d'affluer, inlassablement, dans un défilé ininterrompu de cérémonies funéraires qui deviennent, au fil des jours, des tribunes où les responsables politiques du parti se livrent à des plaidoyers en faveur de leur ingérence. Cette dernière, disent-ils, a réussi à endiguer la poussée extrémiste et terroriste au Liban. Sans elle, disent-ils, Daech (l'EIIL) serait déjà au Liban. Inutile de dire que la nouvelle vague d'attentats vient quelque peu mettre à mal ce raisonnement, indépendamment de son bien-fondé. L'argument commence un peu à ressembler à l'histoire de l'œuf et de la poule. Et, en fait, l'argument véritable qui a conduit le Hezbollah à intervenir en Syrie n'est pas lié à la sécurité du Liban, mais aux intérêts géostratégiques de l'Iran en Syrie, et, par extension, à l'avenir de la résistance, de ses armes et de sa prépondérance dans l'équilibre politique libanais. « Les armes pour défendre les armes », avait bien dit le secrétaire général du parti, le 7 mai 2008.
Mais il n'y a pas que le spectre d'une détérioration sécuritaire qui menace le pays. Car ce pourrissement est lié à un autre, encore plus grave, de nature politique et institutionnelle, du fait de la vacance présidentielle. L'abcès présidentiel est grave non seulement parce qu'il a entraîné un vide fonctionnel à la magistrature suprême, mais en raison d'une multitude d'épiphénomènes qui en découlent.


Un premier type de ces épiphénomènes est de nature sectaire. L'échéance présidentielle – comme du reste, chaque échéance électorale dans un pays où chacune des communautés se sent menacée de son point de vue – a conduit les différentes parties à un énième repositionnement de type communautaire, y compris dans leur discours. Hier, à titre d'exemple, cela était nettement perceptible dans le discours du bloc du Changement et de la Réforme sur le dada chrétien des « prérogatives présidentielles volées par l'accord de Taëf », ou encore par l'ancien Premier ministre Nagib Mikati, s'agissant de la surenchère sunnite sur « les usages en Conseil des ministres ». Cela a même conduit le chef du courant du Futur, Saad Hariri, à se réfugier dans une neutralité positive et à ne pas mettre de veto sur tel ou tel candidat, dans le but déclaré de « ne pas se mettre à dos telle ou telle partie des chrétiens ».
En d'autres termes, avec l'échéance présidentielle, le Liban vit plus que jamais à l'heure de la régression identitaire largement entamée l'an dernier avec la loi électorale Ferzli, dite « orthodoxe ».
Un second type d'épiphénomènes est purement pragmatique. Couplée à la dégradation sécuritaire, la crise institutionnelle – garantie pour l'instant par ceux qui bloquent totalement, à coups de défauts de quorum, l'élection présidentielle – ouvre la voie à une remise en question totale de la formule libanaise, comme le soulignent différentes analyses. C'est d'ailleurs même l'un des objectifs politiques recherchés par certaines parties, même si elles continuent à s'en laver les mains – et plus que jamais, dans un climat d'incertitudes à l'échelle régionale.


C'est sans doute cette dernière forme de nuisance qui est la plus grave, car la plus profonde et la plus négatrice, la plus méphistophélique pour le Liban. Car, par-delà les petits intérêts des différents acteurs politiques, et au-delà du temps immédiat, c'est, encore une fois, à l'âme du Liban – le vivre-ensemble – que l'on cherche à porter un coup fatal.
Le Liban, modèle oriental fort imparfait dans un monde occidental lui-même en pleine crise, ne mérite-t-il pas qu'on le sauve ?

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

La chanson disait : Il y a toujours, établis dans ce si joli et beau pays, tous ces fakkîhàRiens et leurs séides orangés Malsains pseudo-laïcs, quand même très, très confessionnels et fanatiques qui ne pratiquent que leur tactique de crocodiles avec leurs petits bras et leurs grosses voix…. qui crissent et qui crispent ! Qui ne savent plus leurs noms tellement ils n’ont jamais su rien faire de leurs dix petits doigts ; et qui n'en peuvent plus tellement ils sont cuits, se prenant même pour un allâh ou un bon dieu lui-même à présent. Mais qu'on retrouve quand même toujours maintenant plastronnant, blancs comme des cierges de fête, balbutiant avec l'œil vague qui divague, les puînés. Il faut dire que chez ces orangés Cancres-huitards fort, fort simples au demeurant, on ne réfléchit pas, on ne pense pas : on vocifère, on gueule et on braille à tout va ! Avec la panoplie de leurs petits affidéz-ébaubiz-et pâmés, fort "Moyens" et surtout très très Méchants ; plus que teignes ; et qui traficotent encore leurs toutes petites affaires, en sus en petits costumes de bals costumés kakis ou de chez "Cerutti" anciens moudéééls avec leurs petits manteaux, leurs petites cravates et leurs petites autos oranges-kakis rétros-anciens moudéééls aussi ; et qui aimeraient bien avoir l'air mais qui n'ont pas l'air du tout malgré tout, les petits manitous : Faut pas jouer les grands quand on n'a pas du cran ! Faut dire que chez ces Malsains-là, on ne vit pas, on bluffe et on triche ; n'est-ce pas ?

Halim Abou Chacra

Bien rappelé. Le retour à chaque échéance au "dada chrétien des prérogatives présidentielles volées par l'accord de Taef", on en a marre ! Y revenir maintenan avec le refrain "le pouvoir doit être au chrétien le plus fort et vous verrez ce qu'il va faire" sonne plus ridicule tu meurs ! En toute franchise et en arabe "mouchabrah", impossible de crever "l'abcès présidentiel" sans le moyen suivant : ni Aoun ni Geagea à la présidence et allons au choix d'un troisième candidat. A mon humble avis, il revient aux entités maronites d'y travailler, elles dont l'honnêteté et le zèle pour le bien des chrétiens et de tout le Liban ne sont l'objet d'aucun doute. C'est l'unique sortie de l'impasse.

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