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Nos lecteurs ont la parole - Émile Nasr

Un coup d’épée dans l’eau

Tout réfugié syrien au Liban qui ira voter dans son pays perdra, à son retour chez nous, sa qualité de réfugié. Voilà la mesure ordonnée par notre ministre de l'Intérieur. Nous ne voulons pas argumenter sur les aspects juridiques, politiques, humanitaires, logiques, de cette mâle décision. Voyons uniquement son aspect technique.
Supposons, et soyons généreux, que 100 000 réfugiés aient par cette mesure été éliminés des listes officielles des réfugiés. Il en reste dans notre pays 1 400 000 qui, uniquement du fait des nouveau-nés syriens au Liban, prendraient tout au plus quatre à cinq mois pour compenser cette audacieuse mesure. Il est dit que seul le réfugié désobéissant sera puni ; les membres de sa nombreuse famille, eux, auront toujours le privilège de rester inscrits dans ces honteuses listes, seul moyen qu'a trouvé la communauté internationale pour résoudre la crise syrienne. Il est dit aussi que ces insoumis pourraient revenir en qualité de touristes privilégiés, comme le font depuis des siècles les ressortissants syriens venus travailler, commercer, épouser, fuir, se battre, ou pour toute autre raison.
N'est-il pas temps pour le Liban de se déclarer incapable de gérer cette situation ?
Pour châtier les assassins du Premier ministre Rafic Hariri tués sauvagement il y a dix ans, le Conseil de sécurité a disqualifié, et continue de le faire, l'ensemble de l'État libanais, sa police, sa justice, ses politiques, ses institutions, pour ordonner sous le chapitre 7 la mise sous tutelle de notre pays concernant cet assassinat. Pourquoi, humblement, n'avons-nous pas le droit de redemander à ce même Conseil de venir avec son chapitre 7 ou 8, ou peu importe, résoudre un énorme problème ? Après tout, ses cinq membres permanents se sont ingéniés tour à tour à créer, armer, alimenter cette guerre chez notre voisin. Mieux, nous serions tous d'accord pour qu'ils considèrent, du haut de leur gratte-ciel, que tous les résidents dans ce pays soient assimilés à des réfugiés, ce que techniquement nous sommes.
Croyez-vous sérieusement que le gouvernement libanais, dont la moitié au moins des membres demandent le renvoi de l'ambassadeur syrien au Liban, pourra résoudre le problème des réfugiés syriens, dont la seule solution se trouve à Damas ? Trêve de plaisanterie, et vive le chapitre 7 du Conseil de sécurité !

Tout réfugié syrien au Liban qui ira voter dans son pays perdra, à son retour chez nous, sa qualité de réfugié. Voilà la mesure ordonnée par notre ministre de l'Intérieur. Nous ne voulons pas argumenter sur les aspects juridiques, politiques, humanitaires, logiques, de cette mâle décision. Voyons uniquement son aspect technique.Supposons, et soyons généreux, que 100 000 réfugiés aient par cette mesure été éliminés des listes officielles des réfugiés. Il en reste dans notre pays 1 400 000 qui, uniquement du fait des nouveau-nés syriens au Liban, prendraient tout au plus quatre à cinq mois pour compenser cette audacieuse mesure. Il est dit que seul le réfugié désobéissant sera puni ; les membres de sa nombreuse famille, eux, auront toujours le privilège de rester inscrits dans ces honteuses listes, seul moyen...
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