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Nos lecteurs ont la parole - Paul Ph. Eddé

« Catéchisme existentiel »

« La critique de la religion est la première condition de toutes les critiques » Karl Marx

Les deux branches aînées de l'islam, sunnites et chiites, se déchirent (très) dangereusement en terre arabe dans un tragique affrontement qui ne craint plus de dire son nom et d'y apposer ouvertement sa sanglante signature. La Syrie, martyrisée par son inexpugnable tyran (merci MM. Obama et Poutine) et l'Irak, victime de l'irresponsable folie des ex-faucons républicains de l'Amérique, sont au bord d'un effroyable et irréversible éclatement dans une inhumaine boucherie. Nous-mêmes libanais faisons partie des peuples arabes qui accusent le plus grand retard dans leur évolution.
Toutes les propositions de la modernité (politiques, religieuses, juridiques, économiques, philosophiques et culturelles) ont été refusées ou reçues avec suspicion par des pouvoirs qui continuent de pratiquer les mêmes immuables interdits et de vivre dans un passé mythique et figé. Après une brillante éclaircie où les Arabes – traduisant les Grecs dont ils ont enrichi la pensée de leurs propres découvertes – avaient joué un rôle essentiel dans la révolution intellectuelle qui a forcé le passage de l'humanité de l'Antiquité à la modernité, ils se sont arrêtés dans leur évolution, comme pris de terreur devant les incertitudes et les fascinations du futur. Le grand historien et le philosophe Ibn Khaldoun (1332-1406), considéré comme le précurseur de la sociologie moderne, a laissé un mot très dur pour les Arabes : « Les Arabes se sont entendus pour ne jamais s'entendre sur rien. » La démocratie exigeait une révolution culturelle, irréalisable en islam, car en opposition radicale avec ses Lois fondamentales. En quatorze siècles aucune tentative de révolution des idées, semblable à celle des Lumières, n'a pu voir le jour dans l'univers musulman où sunnites et chiites se déchirent chroniquement –
sournoisement ou ouvertement –, leurs guerres attisées par les puissances abritant leurs peuplements majoritaires. Le Liban – miracle régional sur les terres du Christ –,
bastion et refuge d'une chrétienté orientale conviviale pétrie d'amour, de charité, de solidarité et de liberté de culte, doit être entendu quand il prône un dialogue de distanciation et de neutralité avec son belliqueux et contagieux environnement.
Il y a quatre semaines s'achevait le mandat d'un président chrétien. Les Libanais – de par leur Constitution – n'ont voix à l'élection de leur président qu'à travers leurs représentants qu'ils élisent (souvent sans programmes ou bagages culturels assumés). En conséquence ils assistent impuissants à l'insidieuse guerre des chefs – maronites en l'occurrence – qui lorgnent dans une hargneuse convoitise un digne fauteuil présidentiel censé être celui de l'abnégation et du sacrifice au profit d'un État inébranlable et seul responsable – par serment – des prises des décisions nationales, de l'indépendance et de la souveraineté de la patrie commune. Le président sortant, M. Michel Sleiman – à l'incontestable aura internationale –, a laissé à la République un legs précieux et vital sous forme d'une «déclaration de Baabda», prônant la distanciation du Liban de toutes les guerres et dérives de son environnement régional et des interventions extérieures, ainsi qu'une neutralité positive et un dialogue sans arrière-pensées, rendant à l'État libanais et à ses institutions leur rôle normal exclusif dans la conduite de notre démocratie.
Les Libanais n'ont pas oublié que leur Constitution a été amendée de force, il y a peu de temps, pour la prorogation de mandant du président Émile Lahoud, dans des circonstances qui n'avaient rien à voir avec la pérennité de la nation. Mais aujourd'hui, le Liban – profondément et scélératement divisé – traverse une période existentielle et explosive due au comportement assassin et unilatéral d'une partie importante de ses composantes inféodée à des puissances étrangères. À situation existentielle solution providentielle. Les Libanais,rejetant l'inconnu ou l'incapacité dans la conduite d'un État intransigeant protecteur de leur avenir et de celui des générations futures, plébisciteraient une sortie d'interminable crise par un nouvel amendement de leur Constitution pour le retour au pouvoir – appuyé par la communauté internationale et notamment l'Amérique, la Russie et l'Union européenne – du président Michel Sleiman (qu'il me pardonne d'interférer dans des décisions qui lui appartiennent exclusivement ; mais les Libanais espèrent la contraignante et indispensable continuité de sa difficile mission sacrée et sauvetage), auteur convaincu et convaincant de la déclaration de Baabda, catéchisme existentiel incontournable pour la survie du Liban dans la défense de son territoire – transformé en passoire par tous les terrorismes – dans la paix, la sécurité pour tous et la préservation de son économie. Cela donnerait aussi le temps à nos frères de toujours – sunnites et chiites – de réfléchir dans la raison et la sérénité sur leurs mortifères divisions ébranlant notre avenir obligatoirement commun.
Il est grand temps que cesse le périlleux parcours d'un Liban zigzaguant dans le mensonge perpétuel entre concessions et compromissions. Et que l'on en définisse définitivement avec l'humiliant adultère politique que nous pratiquons inépuisablement dans les institutions corrompues de la République.

Les deux branches aînées de l'islam, sunnites et chiites, se déchirent (très) dangereusement en terre arabe dans un tragique affrontement qui ne craint plus de dire son nom et d'y apposer ouvertement sa sanglante signature. La Syrie, martyrisée par son inexpugnable tyran (merci MM. Obama et Poutine) et l'Irak, victime de l'irresponsable folie des ex-faucons républicains de l'Amérique, sont au bord d'un effroyable et irréversible éclatement dans une inhumaine boucherie. Nous-mêmes libanais faisons partie des peuples arabes qui accusent le plus grand retard dans leur évolution.Toutes les propositions de la modernité (politiques, religieuses, juridiques, économiques, philosophiques et culturelles) ont été refusées ou reçues avec suspicion par des pouvoirs qui continuent de pratiquer les mêmes immuables interdits et de...
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