Avec les développements qui galopent dans la région, il est devenu urgent pour nos responsables de se poser quelques questions afin de mettre notre pays à l'abri des secousses qui certainement l'attendent.
Il serait facile de faire l'oiseau de mauvais augure, mais impossible de faire entendre raison à des personnes qui ne veulent écouter ou voir un peu plus loin que le bout de leur auguste nez.
Le Liban est sans président de la République depuis cinq semaines et pour les observateurs, cet état est appelé à durer dans le meilleur des cas six à douze mois, sinon cet épisode nécessaire à la bonne marche de notre pays risque de voir le jour aux calendes grecques. Rien ne presse, dirait-on.
Peut-être fallait-il garder en fonction le président sortant à travers une amendement constitutionnel dont seuls ont le secret nos députés, en attendant une hypothétique élection de son successeur. Facile, quand on veut, on peut.
N'oublions pas que nos élus se sont autoprorogés une fois déjà, ils le feront probablement encore. Ad vitam aeternam peut-être. Et même s'il est prévisible que de temps à autre Dieu, dans Sa miséricorde, rappelle à lui l'un de ses vénérables membres, pas de panique, son héritier se glissera sans coup férir dans son fauteuil.
Quelle sereine quiétude ! Les Libanais discutent du sexe des anges tandis qu'à deux pas de chez eux, des frontières se font et se défont. Des pays disparaissent de la géographie, d'autres font surface non comme par enchantement mais suivant un plan bien établi, à coups de canon, au son des armes, à l'odeur fétide d'un sang par souvent innocent.
Bien sûr, discuter sexe est toujours agréable, mais pas dans des situations si délicates, ce serait pure inconscience. Aujourd'hui ce calvaire est encore un tout petit peu loin de nous, pourtant qui peut présager que demain il n'enfoncera pas nos portes et, le couteau à la gorge, nous porterons à nouveau notre croix et reprendrons le chemin de l'exil ou celui des armes.
Cette métaphore englobe tous les Libanais, sans différence de communauté, étant toutes logées à la même enseigne. Ce n'est pas du chrétien, du musulman chiite ou sunnite, du druze que veut casser ce conquérant des temps modernes, mais du Libanais tout court.
Un peuple qui a connu ne serait-ce qu'un moment de démocratie, de fierté, d'indépendance, de souveraineté, qui à force de ténacité opiniâtre a bouté dehors l'ennemi israélien et l'occupant syrien, a humé l'espace de quelques instants le sens profond de la liberté, est ingérable. Il ne peut survivre dans le milieu quasi carcéral qui l'attend.
Un émirat n'est pas une république : même les collaborateurs zélés de ces envahisseurs y trouveront leur compte, on ne badine ni avec la loi ni avec la rigidité des préceptes religieux qui seront appliqués d'une main de fer. En reconnaissance des services rendus, ces collabos seront juste pendus et non décapités.
Dans un tel émirat il n'y aura pas dix têtes mais une. Celle qui dépasse sera immédiatement coupée. Finis les talk-shows en soirée, les conférences de presse où l'on vide tout ce qu'on a dans le sac en direct, face à une batterie de caméras ; finies les apparitions médiatiques aux discours-fleuves, devant une mer d'applaudisseurs convaincus.
Adieu programmes de variétés à la télévision, de jolies filles qui se trémoussent au son d'une musique percutante, épisodes dévoyés importés d'un Occident décadent. Ce sera du matin au soir prières, prières et encore prières. Tout y passe, pas d'écoles ni d'universités mixtes, les restaurants, les plages, les boîtes de nuit, n'en parlons pas.
En bref ce sera à s'y méprendre un peu beaucoup l'Afghanistan au temps des talibans. Pauvre Liban !
À chaque chose malheur est bon, dit-on. Le revers de la médaille serait la fin des convois motorisés aux vitres teintées, gardes du corps à cheval sur le rebord des portières, insultant les automobilistes pour frayer un passage au plouc devenu friqué grâce à des magouilles, des protections plus ou moins occultes, ou d'allégeance envers l'étranger.
Les subsides, les aides si jamais il y en aura encore, iront dans les caisses de l'État, les palais des mille et une nuits construits aux frais du contribuable seront transforméés en écoles, universités ou centres d'intérêts collectifs.
Je divague sans doute, mais personne ne peut rester indifférent au vu des atrocités commises, de la rapidité de la succession des événements, de l'effondrement prévisible du semblant des démocraties qui nous entourent.
En un clin d'œil, nous remontons quinze siècles dans le temps. C'est à nouveau l'ère de la conquête, du sabre dégoulinant de sang au nom de je ne sais quel rigorisme religieux, alors que l'homme a marché sur la Lune, parti dans l'espace explorer les étoiles et les astres.
Sans fausse honte, j'affirme haut et fort que cette situation nouvelle m'inquiète au plus haut point. J'ai peur ! J'ai peur pour mon pays, mes enfants, leur avenir, celui de tout un chacun des Libanais que je côtoie chaque jour.
Et pendant ce temps, les responsables, toutes mouvances confondues, au lieu de resserrer les rangs, appréhender ensemble un avenir qui s'annonce des plus aléatoires, faire face comme un seul homme aux périls qui nous guettent, contrer les complots qui sans cesse se trament contre notre Liban, tendent comme les bienheureux aux mains pleines, l'oreille aux chants des sirènes devenus inaudibles.
Les sirènes sont occupées à chanter ailleurs où il y a plus urgent à faire qu'au Liban, paraît-il. C'est une aubaine que, messieurs les responsables, je vous invite à saisir d'urgence.
Qu'il soit fort, faible, gros, gras ou petit, peu importe, élisez au plus vite un président de la République (il se trouve dans la communauté maronite des personnes aptes au plus haut point à diriger la pays). Cette fonction est un gage de sécurité et même si dans la forme elle est honorifique, dans le fond elle assure une protection certaine vis-à-vis de l'étranger et des dangers imminents qui nous attendent.
Garder la première magistrature de l'État sciemment vacante, c'est assurément non seulement votre arrêt de mort que vous signez, mais celui du Liban, notre Liban, havre de paix, de liberté, carrefour des civilisations et de la culture.
Georges TYAN


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
NOUS... AVONS PEUR !!! SEULS, NOS ÉCERVELÉS ONT PEUR POUR EUX... MAIS, PAS POUR NOUS !!!
09 h 40, le 23 juin 2014