À Marioupol, désormais aux mains de Kiev, ce tank brûlé rappelle que l’opération antiterroriste menée par le gouvernement ukrainien bat toujours son plein. Daniel Mihailescu/AFP
Le gouvernement de Kiev a annoncé hier se préparer à une coupure lundi de gaz russe, redoutée par les Européens, faute d'accord sur sa dette avec Moscou.
Les négociations sur le volet énergétique du bras de fer entre Kiev et Moscou sont dans l'impasse depuis le refus cette semaine de l'Ukraine d'accepter les conditions posées par la Russie, et Kiev a implicitement confirmé hier camper sur ses positions. « J'ai chargé les ministères concernés de se préparer dès lundi à la coupure du gaz fourni par la Russie », a déclaré le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk. Le géant semi-public russe Gazprom a fixé à lundi la date limite pour le remboursement d'une dette de près de deux milliards de dollars par l'Ukraine. M. Iatseniouk a également demandé au ministère de la Justice de « finaliser la préparation » du dossier pour « défendre les intérêts de l'Ukraine dans les relations entre Naftogaz (groupe public ukrainien) et Gazprom devant la Cour d'arbitrage de Stockholm ». Le patron de Naftogaz, Andriï Kobolev, a dit se préparer « au pire scénario », comme pendant la précédente crise gazière en 2009 avec Moscou qui a fortement perturbé les approvisionnements en Europe.
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Le Kremlin a lui-même laissé planer un doute sur le sort des négociations, son porte-parole Dmitri Peskov indiquant ne « pas avoir d'informations » sur la reprise ou non de discussions, après l'échec des pourparlers mercredi à Bruxelles sous l'égide de l'Union européenne. La reprise de négociations « dépend de la partie ukrainienne », a encore dit M. Peskov, cité par ITAR-Tass. « La Russie a fait preuve du maximum de souplesse », a-t-il ajouté. « Malheureusement, nous ne constatons pas de la part de nos collègues ukrainiens le désir de parvenir à un accord », a-t-il déploré. La Russie a proposé à l'Ukraine une ristourne de 100 dollars par 1 000 mètres cubes de gaz, soit un prix abaissé à 385 dollars. De son côté, l'Ukraine s'est dit prête à un compromis sur la base d'un prix de 326 dollars.
Le commissaire européen à l'Énergie Guenther Oettinger avait dit hier espérer que de nouvelles discussions pourraient avoir lieu au cours du week-end. En l'absence de remboursement de l'Ukraine, il est envisagé de passer à un système de prépaiement qui pourrait signifier la coupure de l'approvisionnement et perturber les livraisons de gaz russe à l'Union européenne dont près de la moitié transitent par l'Ukraine.
Un mur de 2 000 km
Sur le front de l'insurrection armée prorusse dans l'Est, et deux mois jour pour jour après le début de l'opération antiterroriste, Kiev a annoncé que les forces gouvernementales avaient remporté une victoire à Marioupol, un port stratégique de près de 500 000 habitants dans la région de Donetsk. Après des combats à l'aube, les troupes régulières ont, selon la même source, fini par s'emparer de cette ville des rives de la mer d'Azov. « Grâce à l'héroïsme des militaires ukrainiens, la situation a été stabilisée à Marioupol », a déclaré le président ukrainien Petro Porochenko, cité sur le site Internet de la présidence. Il a indiqué que Marioupol deviendrait provisoirement la capitale administrative de la région de Donetsk et que le siège de l'administration régionale y serait installé. Un drapeau ukrainien flottait sur la mairie de Marioupol hier, s'est félicité le ministre de l'Intérieur Arsen Avakov.
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Le ministère ukrainien de la Défense a par ailleurs fait état hier de « combats acharnés », la veille, près de la frontière avec la Russie, à proximité des localités de Snijné et de Stepanivka, dans la région de Donetsk. Trois soldats ont été tués et 26 blessés dans une embuscade tendue par des séparatistes à Stepanivka, a indiqué hier le parquet général. Et sur une route près de Snijné, des convois d'insurgés qui venaient de Russie et transportaient des armes, notamment des lance-roquettes, ont été détruits, affirme le ministère.
Le Kremlin a, quant à lui, assuré que deux blindés ukrainiens avaient franchi la frontière avec la Russie et qu'ils avaient été interceptés par les gardes-frontières. Selon Dmitri Peskov, cité par les agences de presse, « il y a eu violation de la frontière par des unités armées ». Le porte-parole a ajouté que les blindés avaient « refusé de se soumettre aux injonctions des gardes-frontières russes ».
Pour éviter tout incident de ce type, un gouverneur milliardaire ukrainien, Igor Kolomoïski, a proposé la construction d'un mur de 2 000 km avec des barbelés à la frontière avec la Russie. La quatrième fortune d'Ukraine avec 1,8 milliard de dollars, a considéré qu'une telle protection était nécessaire « pour éviter toute incursion du côté de l'État russe qui mène une politique agressive envers l'Ukraine ».
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13 h 11, le 15 juin 2014