Selon le National Bureau of Economic Research, la dernière récession américaine, commencée en décembre 2007, s'est terminée en juin 2009, il y a donc exactement cinq ans. Si l'on observe le cycle des affaires aux États-Unis sur les années 1980-2000, cinq années représentent entre la moitié et les deux tiers de la « durée de vie » d'une phase d'expansion qu'on pourrait qualifier de typique. Ces mises en parallèle historiques doivent être manipulées avec prudence. Peut-on utilement comparer le dernier cycle (crise financière + grave récession rattrapage lent) avec un cycle normal (courte récession + rattrapage rapide) ? L'une des questions les plus débattues est en effet de savoir si la faiblesse du rythme de croissance depuis mi-2009 (+2 % par an en moyenne) illustre un affaissement durable ou transitoire du potentiel d'activité. Ce point n'est pas tranché mais, quoi qu'il en soit, le retard du cycle actuel ne peut pas être contesté. Il a fallu beaucoup plus de temps que d'ordinaire pour retrouver les derniers pics d'activité et d'emploi.
Dans cette phase de reprise atypique, caractérisée par un sous-emploi massif, le risque inflationniste avait disparu. Les prix à la consommation n'ont augmenté que de 1,6 % par an environ depuis 2010 et les salaires horaires ont progressé de 2 % par an.
Sur les 2000-2007 précédant la récession, leurs hausses étaient respectivement de 2,3 % et 3,2 % par an. On ne peut certes pas dire que le sous-emploi est totalement comblé aux États-Unis, mais les causes domestiques d'une inflation basse sont en train de disparaître. La chute rapide du chômage et l'affermissement de la dépense en biens en sont les signes les plus évidents depuis quelques mois. En somme, le point bas de l'inflation est bel et bien derrière nous. À partir de là, les chiffres d'inflation peuvent surprendre à la hausse.
Dans le dernier communiqué du FOMC de la Fed (30 avril), il est dit qu'une inflation durablement inférieure à sa cible fait courir un risque à l'économie. Or, au vu des développements récents, il nous semblerait logique que le FOMC adopte une vue plus équilibrée du risque inflationniste, ouvrant la voie à un relèvement des taux d'intérêt plus précoce que ce que le marché attend actuellement.


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