Le Parlement européen de Strasbourg réunit les représentants des 27 pays de l’Union européenne. Photo AFP DDM
Si la Française Marine Le Pen et le Britannique Nigel Farage ont incontestablement gagné leur pari en plaçant leur parti en tête des élections européennes dans leurs pays respectifs, ils ne sont pourtant pas certains de pouvoir former un groupe au Parlement européen, et le succès du 25 mai pourrait s'apparenter à une victoire à la Pyrrhus.
En effet, faute de s'entendre tous les deux et de former un groupe commun, capable potentiellement de rassembler une centaine de députés, les deux leaders europhobes ont des difficultés à réunir au moins 25 élus de sept États différents. La présidente du Front national (FN), Marine Le Pen, peut compter sur au moins 38 élus (dont 24 élus FN), mais il lui manque deux pays pour que le compte soit bon. Elle est assurée d'avoir avec elle le Parti pour la liberté (PVV) du Néerlandais Geert Wilders, le Parti de la liberté autrichien (FPÖ), la Ligue du Nord italienne et le Vlaams Belang flamand (Belgique).
(Repère : Après son triomphe aux européennes, le Front national en 7 graphiques)
Selon des sources au Parlement européen, les négociations en vue de former un groupe autour de ces cinq partis sont entrées dans leur phase finale, mais les protagonistes demeurent prudents. Conseiller de Marine Le Pen pour les Affaires européennes, Ludovic de Danne a mis en garde contre « les rumeurs et spéculations ». Par ailleurs, le parti de Mme Le Pen négocierait avec le parti europhobe polonais Congrès de la nouvelle droite (KNP), qui compte quatre élus. Dirigé par Janusz Korwin-Mikke, 72 ans, monarchiste et ultralibéral, ce mouvement clame vouloir entrer au PE pour « démanteler l'Union européenne de l'intérieur ». Il rejoint Marine Le Pen sur au moins un point : son indulgence à l'égard du président russe Vladimir Poutine. À propos de la crise en Ukraine, il a jugé « tout à fait naturel » le rattachement de la Crimée à la Russie.
« Nous ne rejoindrons pas ce groupe »
Enfin, le septième « larron » pourrait être au moins l'un des deux élus de la formation lituanienne Ordre et Justice (TT), mais les négociations piétinent de ce côté-là. Le TT était donné jusqu'à présent du côté de Nigel Farage.
Par ailleurs, le FN a vu sa quête de partenaires assombrie par les nouvelles déclarations controversées de Jean-Marie Le Pen, président d'honneur du parti. L'image antisémite du Front national lui a déjà fait perdre des partenaires potentiels au sein du Parlement européen puisque le Parti populaire danois et les Vrais Finlandais ne veulent pas entendre parler d'une alliance et ont déjà rejoint le groupe eurosceptique des conservateurs britanniques (ECR).
Alliés naturels du FN, les démocrates suédois, avec qui ils siègent au sein du parti paneuropéen Alliance européenne pour la liberté (AEF), ont également pris leurs distances. « Nous ne rejoindrons pas ce groupe », a assuré Martin Kinnunen, porte-parole du parti des Démocrates suédois, qui a rejoint le Britannique Nigel Farage. Hier, les Allemands eurosceptiques de l'AfD ont choisi l'ECR à leur tour comme les 17 députés italiens du Mouvement 5 étoiles (M5S) de Beppe Grillo, mais, comme pour Mme Le Pen, le compte pour former un groupe n'est pas encore atteint. Rappelons qu'un groupe donne également l'assurance de recevoir entre 20 et 30 millions d'euros de subventions au cours des cinq prochaines années.
Analyse
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