Nadine Labaki, fidèle à son univers fictionnel, a construit avec son fils de 5 ans Walid une sorte de maquette de scène de tournage. Photos Michel Sayegh
De Marwan Rechmaoui à Rabih Keyrouz, en passant par Nadine Labaki, Nadim Karam, Nada Debs, Nabil Gholam, Raëd Abillama, Najla el-Zein (en duo avec Véronique Gelber), Marc Baroud, Sandra Dagher, Naji Zahar, Nesrine Khodr, Sharif Sehnaoui, Charles Hadifé, Nasri Sayegh et quelques autres noms connus dans les domaines de l'art plastique, l'architecture, la photo, le design, la musique... tous se sont prêtés avec enthousiasme au jeu de l'Urbacraft, produisant chacun, au moyen de ce kit de construction architecturale, une œuvre artistico-urbanistique de son cru. Exposées au BAC Design jusqu'au 5 juillet, ces 36 pièces uniques déclinent sur le thème la ville (majoritairement Beyrouth, dans sa réalité, mais aussi refaçonnée, fantasmée, critiquée...) les projections et univers singuliers de chacun de ces esprits créatifs.
Le visiteur retrouvera ainsi, par exemple, une version Urbacraft du design mobilier de Nada Debs (la seule à avoir conçu un intérieur de «Meeting Room» plutôt qu'un montage urbanistique!); une autre de la véritable «Platinium Tower» de l'architecte Nabil Gholam, ou encore une reconstruction de l'emblématique «Immeuble Yaacoubian» du plasticien Marwan Rechmaoui... Il découvrira également le regard à la fois fasciné et critique que porte Nadim Karam sur Beyrouth avec «Kaotika», sa construction Urbacraft de bâtiments effondrés intégrant des voitures Matchbox et des masques antipollution, le tout entièrement doré au spray. La non moins critique «Charikat Ballout al-3iquaria» (Ballatna el-Bahr we hatayna el-mayii bel anani) du duo Naji Zahar et Nisrine Khodr, dénonciatrice du surdéveloppement urbanistique de Beyrouth. Mais aussi la projection futuriste et quasi abstraite de Raëd Abillama (qui, avec des éléments angulaires, a réussi à façonner une œuvre concentrique, «The Gate»); la poésie et l'épurement intrinsèques au style de Rabih Keyrouz («Stairway To Heaven»); la réflexion (au double sens du terme) de et sur l'individu dans la ville dans la réalisation conjointe de Marc Baroud et Sandra Dagher; ou encore l'univers fictionnel de Nadine Labaki, qui a construit, avec son fils Walid de 5 ans, une sorte de set cinématographique à partir des éléments du jeu Urbacraft rehaussés de biscuits et pastilles colorées! Une pièce qui se démarque de toutes les autres, la réalisatrice ayant largement développé le côté «craft» (c'est-à-dire artisanal et d'inspiration absolument personnelle) du jeu au détriment des éléments «urbas» en plastique dispensés dans le kit.
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Car Urbacraft, qui a pour but premier de cultiver chez les enfants (à partir de 10 ans) le goût de l'urbanisme et de l'architecture, ainsi que des aptitudes créatives, de modélisation et de planification, est composé de deux sortes de modules : les « urbas » (plaques de plastique qui servent à faire les murs et les sols) et les « crafts » (balcons, fenêtres, arcades en carton coloré). D'ailleurs, ce système de construction créé par Ayssar Arida et Sabine de Maussion a délibérément été élaboré à l'échelle des voitures Matchbox et des figurines Lego, afin de pouvoir être associé, au gré de l'imagination des joueurs, à des éléments divers. « L'idée étant de créer un jeu permettant de reproduire tout environnement urbain réel ou imaginaire », explique le duo de créateurs, mari et femme dans la vie.
Sabine de Maussion est programmatrice artistique. Elle a travaillé principalement en France (au Centre Pompidou et à la Grande Halle de la Villette), mais aussi en Égypte et en Syrie. Elle enseigne au sein du « master curatoriat et critique d'art » de l'USJ et poursuit en parallèle un PHD au Goldsmiths College sur la question des publics émergents de l'art contemporain, avec pour terrain spécifique Beyrouth.
Ayssar Arida, formé à l'architecture à l'AUB puis au design urbain à Oxford, a travaillé durant une quinzaine d'années à Londres. Il se dit «urbatecte». En fait, il œuvre « avec un groupe de personnes à développer une nouvelle discipline axée autour des questions physiques, fonctionnelles, culturelles, de l'"implémentation" de l'architecture dans la ville ».
Revenu il y a deux ans à Beyrouth, avec le désir de faire partie de « ce moment économique et architectural très intéressant dans la vie de cette ville, et cela en dépit des problèmes politiques », le duo, qui s'investit de concert dans « les questions de la ville, du public, de l'espace public », a imaginé ce jeu de construction comme un jeu architectural offrant la capacité de construire des quartiers entiers.
« En fait, au départ, nous voulions concevoir des maisons de poupées typiquement libanaises pour nos filles. Mais très vite nous avons compris que ce qui fait la spécificité de l'environnement urbain au Liban c'est la rue et pas la maison. C'est de là qu'est née l'idée de créer un médium de construction aussi neutre que malléable, auquel les joueurs pourraient par la suite donner des styles spécifiques par ajouts de pièces personnalisées. »
Destiné donc aux enfants, Urbacraft est aussi un jeu pour adultes, en cercle familial, par exemple, ou pouvant servir de modélisation aux professionnels de l'architecture, du design et de l'urbanisme. Le duo encourage d'ailleurs ces derniers à créer des kits complémentaires. Ce que l'Atelier Hamra, agence d'architecture et de paysagisme, a fait en concevant des maquettes d'arbres en carton typiques de Beyrouth.
Les quelque 200 versions Beta (boîtes collectors) sont en vente au Beyrouth Art Center jusqu'à la fin de l'exposition, le 5 juillet. Ensuite, le jeu sera disponible dans différents points de vente, tels que Ginette, Papercup à Beyrouth. Et bien sûr, dans un second temps, à Paris et Londres, etc., car ce jeu à 100 % conçu et produit au Liban a pour vocation d'être diffusé à l'international.
* Jisr el-Wati. Horaires d'ouverture : du lundi au samedi, de 12h à 20h. Tél. : 01/397018.


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