X

Liban

Federico Mayor : Le droit à la vie, la tolérance, la paix et le développement constituent un même combat

Jeanine JALKH
OLJ
09/06/2014

L'événement est de taille : 15 personnalités de notoriété internationale dans le domaine des droits de l'homme se déplacent à Beyrouth pour prôner l'abolition de la peine de mort. À la tête de la délégation, Federico Mayor, président de la commission internationale contre la peine de mort.


Ancien directeur général de l'Unesco et ancien ministre espagnol de l'Éducation et des Sciences, Federico Mayor – homme de sciences, politicien, diplomate et poète – n'a jamais renoncé à ses idéaux démocratiques et à l'édification d'un monde où la dignité humaine retrouvera enfin toutes ses lettres de noblesse. Ce n'est pas un hasard si M. Mayor est aujourd'hui sollicité à œuvrer en faveur de l'abolition universelle de la peine de mort. Son impressionnant parcours éclectique est ponctué d'un activisme à toute épreuve en faveur de la paix, de la tolérance et de la propagation de la culture des droits de l'homme, dont le droit à la vie.
Dans un entretien accordé à L'Orient-Le Jour, M. Mayor se dit « optimiste » quant à l'abolition planétaire de la peine de mort. L'un après l'autre les derniers bastions de cette sanction inhumaine vont assurément tomber, selon lui. L'espoir de voir le Liban abolir la peine de mort est grand, dit-il. « Il est encouragé par le fait que le pays du Cèdre ne pratique plus la peine de mort depuis 2004. »


Il faut également compter sur l'action menée par plusieurs représentants de la société civile et responsables libanais, avec à leur tête l'ancien ministre de la Justice, Ibrahim Najjar, qui militent depuis plusieurs années pour l'abolition de la peine capitale, rappelle l'ancien ministre. M. Mayor tient à relever à ce propos l'influence de la Charte européenne des droits fondamentaux, « qui à son article 2 stipule que le droit à la vie est l'un des droits humains essentiels ».
Il cite fièrement l'exemple des 6 États américains qui ont rejoint le club des abolitionnistes (notamment New York, le New Jersey, New Mexico, l'Illinois, le Connecticut) et « bientôt, j'espère, la Californie », assure M. Mayor.
Même chose pour les pays d'Amérique latine « – à l'exception de Cuba et du Guatemala, qui appliquent toujours un moratoire après avoir toutefois aboli les couloirs de la mort – ont tous abandonné la peine de mort. »


À quatre-vingts ans, cet homme qui a pourtant connu les coulisses du monde entier, continue de s'émerveiller devant les textes qui ont institué les droits de l'homme. Il cite la phrase « magnifique » figurant dans le préambule de la Déclaration universelle des droits de l'homme. « Ces droits existent pour venir libérer l'humanité de la peur, en l'invitant à la rébellion dès qu'on lui refuse ces droits, rappelle-t-il. Il faut assurément se rebeller pour les obtenir », lance Federico Mayor qui prône toutefois une révolte pacifique dans le respect des principes démocratiques.


« Du terme générique de paix découle toute une batterie de droits et de valeurs humaines qui convergent tous vers le respect de la dignité de l'homme. Parmi ces droits, le respect de l'égalité, de l'équité, le respect de la vie, qui ne peuvent en aucun cas s'épanouir à l'ombre des dictatures et des régimes tyranniques », dit-il.
D'où sa campagne actuelle en faveur d'« une déclaration universelle de la démocratie », « le seul cadre susceptible de mettre en œuvre les droits de l'homme », souligne le diplomate. Encore un projet de portée universelle qu'il a voulu initier, cette fois-ci à partir de la Tunisie, « un pays qui a réussi à être à l'avant-garde de la diffusion des droits », relève M. Mayor.


Dès qu'on lui pose la question de savoir ce qu'il pense des destinées des révolutions dans le monde arabe, cet activiste répond en pointant un doigt accusateur en direction de l'Occident. « Il est impensable de voir le monde dirigé par une vingtaine de pays, parfois moins (en allusion aux sommets du G20, G8, etc.) qui dirigent le destin de 196 États. C'est honteux », s'offusque M. Mayor qui prône une refonte du système des Nations unies et l'élimination de la pratique des veto.


Parrain et président de la Fondation pour une culture de la paix, Federico Mayor poursuit depuis 2000 son parcours réformiste qu'il a entamé à la tête de l'Unesco. À travers la Fondation, il œuvre à l'édification et à la consolidation d'une culture de la paix, par la réflexion, la recherche, l'éducation et la sensibilisation. Sa formule fétiche est simple dans son énoncé : il s'agit de promouvoir « la transition d'une culture de la violence et de la force à une culture de la paix et de la tolérance ».
C'est un nouvel ordre mondial qu'il rêve de mettre en place : un ordre dans lequel l'homme a une place privilégiée, l'éthique également « un ordre dont les dimensions culturelle, scientifique et sociale garantissent l'équilibre entre le développement économique et technologique ».
Le problème, poursuit Federico Mayor, c'est qu'en Occident, « nous avons favorisé le marché au lieu de favoriser la justice et le développement ». Aussi, invite-t-il les créateurs de toutes sortes – scientifiques, artistes, musiciens, peintres – à activement contribuer à la définition des politiques, sur la base du concept selon lequel « la connaissance libère ». « La communauté des créateurs est soumise au pouvoir au lieu d'être à ses côtés », dit-il.


Ce militant aguerri est convaincu qu'aujourd'hui, nous sommes face à une transition majeure : « Le passage de la force à la parole. »
« Une nouvelle conscience globale s'installe grâce la démocratisation des médias sociaux et des nouvelles technologies qui permettent à l'homme une plus grande ouverture, l'expression et l'affirmation de soi », souligne-t-il. Une situation qui tranche désormais avec « la vie anonyme, invisible et silencieuse » que subissait l'humanité, jadis confinée dans son environnement immédiat et limité.
« Le temps du silence est fini », assène Federico Mayor, rappelant au passage le titre d'un de ses nombreux ouvrages sur la paix, Le délit du silence.

 

Dossiers (réservés aux abonnés)

La peine de mort, une justice qui assassine ?

La peine de mort : des familles de victimes et un condamné témoignent

 

Une phrase de cet article a été corrigée le 10 juin.

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Billet de Kenza OUAZZANI

Le mauvais pari du gouvernement

Un peu plus de Médéa AZOURI

Power to the People

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants