Certains événements de la vie privée ou publique vous interpellent et vous font réfléchir plus assidûment à votre quotidien. Dieu sait combien de fois dans l'histoire de ce pays, les citoyens libanais ont été confrontés à ce genre de situations; les interrogations ont été nombreuses, souvent inattendues ou astreignantes, et les réponses, bien qu'évidentes quelquefois, n'ont pas toujours été satisfaisantes ou sont même restées sans explications claires.
C'est en écoutant mardi 13 mai Joe Khoury-Hélou présenter avec humour et émotion, preuves à l'appui, son livre Charles Hélou, Hamlet de l'Accord du Caire, devant un auditoire nombreux et éclectique, que j'ai compris combien la vérité était une source de délivrance, de reconstruction de soi et de l'histoire. J'ai vu aussi se télescoper devant mes yeux deux images de ce président, l'une d'hier, triste, solitaire et accablée jusqu'à sa mort, et l'autre d'aujourd'hui, souriante, satisfaite et rassérénée, car tout le monde allait enfin comprendre, après quarante ans de silence et de souffrances, le poids de l'isolement d'un homme au pouvoir face à la violence des uns et aux atermoiements, à la lâcheté, et à la médiocrité des autres.
Au-delà de cette évaluation rapide et très circonstanciée de l'ambiance qui a accompagné l'auteur dans la rédaction de son livre, je voudrai dire combien cette terre-message, depuis sa naissance, continue à ce jour de sacrifier ses femmes et ses hommes pour que le partage et le vivre ensemble islamo-chrétien restent les fondements incontournables et inaliénables de l'entité libanaise. Pour mieux comprendre le long chemin de croix qui a illustré toutes les étapes de la déstabilisation permanente de ce pays, il faudrait revenir aux modalités de sa conception et de sa construction, à savoir le choix d'une Constitution bâtie sur une formule trop idéaliste et inadaptée à un environnement géographique socioculturel uniforme et unicommunautaire. Un modèle qui a aussitôt suscité l'ire de ses alliés autant que celle de ses ennemis. Ne pouvant pas l'abattre où l'anéantir sans motifs valables, ces derniers ont utilisé ses composantes confessionnelles et communautaires pour le paralyser et le diluer de l'intérieur en transformant son territoire en un champ libre et ouvert internationalement, pour gérer, selon leurs intérêts géostratégiques respectifs, les conflits régionaux auxquels ils sont régulièrement confrontés.
Le pays du Cèdre vit à nouveau maintenant des circonstances similaires à celles qui ont prévalu à la période qui a abouti au dramatique Accord du Caire et les causes en sont malheureusement toujours arabes: palestiniennes hier, syro-iraniennes aujourdhui, et les acteurs toujours libanais: sunnites hier, chiites aujourd'hui, mais la conjoncture régionale et internationale est toutefois différente. Nous nous acheminons en effet avec les conséquences de la guerre irako-américaine, la guerre en Syrie, le blocage à nouveau des pourparlers de paix israélo-palestiniens, les négociations irano-américaines, vers un panorama géopolitique moyen-oriental en voie de profonde transformation, mais avec toutefois les mêmes objectifs sous-jacents depuis 1948, à savoir la sécurisation de l'existence d'Israël et une paix israélo-arabe basée sur une équation régionale à trois paramètres: sunnites, chiites et minoritaires.
Mais au-delà de cette succession d'événements qui secouent de façon quasi permanente la sécurité du pays du Cèdre et au lieu de continuer à subir la dislocation de ses institutions et la dilution progressive de son entité nationale, pourquoi ne pas profiter de la perspective des changements géostratégiques en cours, pour introduire une requête internationale pour le neutraliser en le consacrant enfin comme une République souveraine, indépendante, civile, égalitaire et citoyenne, et en l'extrayant à jamais aux multiples influences étrangères et aux causes permanentes de sa déstabilisation?
Salim F. DAHDAH


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Mr. Dahdah, avec tout le respect que je vous dois, me permettriez-vous une suggestion? Ce n'est pas la neutralité que nous devrions demander a la communauté internationale de nous accorder, mais, bien au contraire, plus d'ingérence positive de sa part qui pourrait nous convaincre d'entretenir un dialogue permanent, simple, positif, et fructueux entre toutes les parties au Liban. Un dialogue qui les convaincrait toutes d'agir, pour une fois, en commun, afin de redresser une situation catastrophique. Ce n'est pas les deux milliards de dollars que la Banque Mondiale considère nous prêter qui vont faire la différence. Pourquoi ne s’efforce-t-elle pas plutôt de nous convaincre d'adopter et d'exécuter ce Plan d'Education qu'elle nous avait aide a élaborer, quatre ans plus. Messieurs de la Banque Mondiale, ce n'est pas de l'argent dont nous avons besoin, mais de PLANS. L’argent nous le gaspillons au rythme de neuf milliards de dollars par an, mais les PLANS, si on les exécute, nous permettraient de rembourser TOUTE notre dette en vingt ans.
19 h 55, le 05 juin 2014