Le Mondial approche... le voici, le voilà ! Et avec lui fleurissent les drapeaux de toutes les nations qui y prendront part. Sur les toits, aux fenêtres, sur les voitures ou aux balcons, les bannières éclosent, s'épanouissent et flottent comme autant d'oriflammes, signes de ralliement.
Je vois dans cet engouement un cruel besoin, un impérieux désir de s'accrocher, d'affirmer une appartenance. Une forme larvée de communautarisme. Une de plus.
Mais au-delà de cette considération bassement psychanalytique, j'y vois se manifester des formes d'expression très significatives et particulièrement révélatrices. L'Allemagne semble, s'il faut en croire la prédominance de son pavillon marchand tricolore, partie favorite dans les cœurs des Libanais. Mais n'allez pas croire – ô âmes candides qui lisez ces lignes – que le pullulement du Bundesflagge und Handelsflagge traduise nos aspirations à voir la RFA sortir victorieuse du Mondial. Détrompez-vous : l'emballement des Libanais pour la bannière noire-rouge-jaune n'est que l'expression de nos désirs les plus enfouis, de nos rêves inassouvis et non encore révélés à nous-mêmes, de nos aspirations les plus profondes à l'ordre, à la discipline, au civisme et au pragmatisme, toutes valeurs battues en brèche chez nous et qui, chez les Germains, sont autant de gages d'éclatante réussite.
Certes, l'Espagne et le Brésil, l'Argentine et l'Italie ne sont pas en reste dans le foisonnement des drapeaux qui nous envahissent, à l'aube de ce formidable événement planétaire qu'est la Coupe du monde de football. Mais ne dirait-on pas que c'est vers nos amis allemands que va notre préférence ? C'est que nous avons tout à apprendre d'eux : rigueur, précision, ponctualité, civisme, cohésion. Il n'est que de voir dans quel sublime élan de solidarité les Allemands de l'Ouest ont intégré leurs compatriotes de l'Est, à la chute du mur. À grande race, grande nation.
Gageons qu'à Berlin, Francfort ou Hambourg, lors de manifestations où s'exprime le patriotisme allemand, seules les trois couleurs du drapeau prédomineront. Gageons que nos amis allemands n'agiteront pas, dans un esprit partisan et sectateur, d'autres fanions que le drapeau national, fédérateur, qui les rassemble et les assemble. On ne pavoise pas dans les couleurs qui divisent, séparent, disjoignent et décomposent ; mais dans celles qui unissent, réunissent et soudent.
Aussi, faisons nôtre l'adage allemand Einigkeit und Recht und Freiheit (Unité, et Droit, et Liberté).
Gilbert MOUFAREGE
Nos lecteurs ont la parole - Gilbert Moufarege
Deutschland über alles...
OLJ / le 04 juin 2014 à 00h00


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