Les accusations fusent de toute part, fallacieuses par leur désordre même. Preuve que l'ennemi unique et invisible s'affolent. En Syrie, on en fait un terroriste, en Palestine, un traître, et dans la sphère politique, un étranger. Et si le ton de sa voix baisse en prière, un «faux saint». S'il est ferme et sévère, on crie à l'intolérance et s'il est doux et jovial, on condamne: «Le mondain». S'il est courageux dans ses démarches et ses positions sans précédents, on l'accuse de «paraître». S'il voyage de pays en pays, malgré son âge, malgré sa fatigue pour s'occuper de ses brebis , on dit: «Il nous déserte!»
Mais cet homme n'est ni arabiste, ni traître, ni politique, pas encore saint. Ni moderne ni médiéval. Cet homme n'est ni hautain, ni mondain, ni léger, ni absent. Cet homme est un homme tout droit sorti des livres d'histoire, un grand homme d'Église, une race en voie d'extinction, un de ceux que le bon Dieu forme au creuset de la souffrance et du sacrifice et garde tendrement pour les temps de grandes tempêtes, pour, le moment venu, l'offrir en holocauste pour le confort, le soutien et la consolation de son peuple.
Il est l'homme de la providence, celui qui aujourd'hui incarne les espoirs, les aspirations et le cœur de tout un peuple. En ces temps d'obscurité, d'incertitude, de persécution et d'indicibles humiliations pour l'Orient, un grand homme d'Église s'est levé parmi nous.
N'essayons pas de le comprendre car cet homme explose les moules. Il transcende les calculs mesquins. Cet homme vit déjà dans l'éternité, son cœur voit déjà le ciel. La mort pour lui est une amie, et la vie un grand combat.
Son prénom à lui seul est un projet et son nom une destinée.
Ingrats que nous sommes! De quelle pieuse affection et de quelles mains tendues pour servir ne devrions-nous pas plutôt l'entourer? Car les victimes auxquelles il acorde ses secours ne sont pas tellement différentes de lui. Lui-même est une victime et pas des moindres: c'est sa prédestination qui l'écrase sous un poids qui abattrait les plus résistants. En lui la souffrance est devenue seconde nature. Et comme tous les grands, l'incompréhension, l'injure et la peine font le bois même de sa croix.
Cet homme que suivent de grandes foules, en réalité est des plus seuls, des plus abandonnés. Il vit la solitude des grands souverains, et bien qu'à ce point, Dieu seul peut lui être consolation, offrons-lui quand même les nôtres. Piètres aumônes pour un moine devenu cardinal, mais aumônes quand même à celui qui mendie encore pour nous les grâces du ciel et qui, insensible à sa souffrance, est devenu celui qui panse nos plaies, le baume de nos blessures. Indifférents! Mais silencieusement nous bénéficions tous de ses soins. Laissons donc les Longins et Nicodèmes le dire après sa mort. Quant à nous, qui le voyons vivre et marcher parmi nous, osons reconnaître: «Cet homme qui est des nôtre est oint.»
Une chose seule compte pour ce batelier pêcheur: le salut éternel de ceux qu'il porte dans ses filets. Et si, pour ce faire, il doit descendre en pleine mer à corps défendant, résister aux courants, défier les prédateurs, pour délier ses enfants, nul ne peut freiner la douceur de son cœur et la charité de cette heure qui l'y contraint.
Nos lecteurs ont la parole - Samir Émile Baz Musée Marie Baz
Hommage à l’homme en pourpre
OLJ / le 03 juin 2014 à 00h00


Allâh yésstorre, suite à sa brouille avec le hézébbb, des "fuites" qui vont sortir à son sujet dans Al-Akhbâr et As-Saffîr !
08 h 53, le 03 juin 2014