Jeffrey Immelt, le PDG de General Electric, s'est engagé auprès de François Hollande à créer 1 000 emplois industriels en trois ans si l'offre du groupe américain sur les activités énergie du français Alstom l'emporte, a-t-on déclaré hier à Reuters de source proche de GE.
À l'issue d'un entretien entre le patron de GE et le président de la République, l'entourage de François Hollande a indiqué que « la proposition de General Electric s'est précisée, s'est améliorée, s'est renforcée », tout en précisant qu'il restait du travail à accomplir. « C'est un engagement de créer 1 000 emplois nets supplémentaires industriels d'ici à trois ans. Immelt a été reçu aujourd'hui et il a fait cet engagement », a dit la source proche de General Electric.
GE et la branche énergie d'Alstom comptent respectivement 10 000 et 9 000 salariés en France. Selon la source, les 1 000 emplois nouveaux seront créés dans l'ingénierie et la production et un cabinet d'évaluation indépendant sera chargé de vérifier que l'objectif a bien été atteint.
Entendus mardi à l'Assemblée nationale, les patrons de GE et de Siemens ont rivalisé de promesses pour assurer un avenir à Alstom en cas de rachat de sa branche énergie. Jeffrey Immelt a notamment déclaré que GE prendrait des engagements chiffrés en matière d'emploi et qu'il était prêt à céder à Alstom le contrôle de son activité de signalisation ferroviaire.
Évoquant la poursuite de « discussions constructives » avec le gouvernement français, le PDG de GE s'est également dit confiant dans la capacité de son groupe à trouver une solution pour garantir aux clients d'Alstom – partenaire entre autres d'EDF et d'Areva – l'accès aux turbines nucléaires de sa cible.
« Force est de constater que le décret sur le "patriotisme économique" qui vise explicitement les tractations autour d'Alstom a eu les effets escomptés », commente Christopher Dembik, analyste chez Saxo Banque. « General Electric est contraint de renforcer son offre, notamment en maintenant l'activité nucléaire d'Alstom en France et en fournissant des garanties sur l'emploi. »
Vers 12h20, le titre Alstom gagnait 1,32 % à 29,07 euros alors que l'indice CAC 40 était presque inchangé.
La souveraineté au cœur du dossier
Le géant américain a déposé une offre ferme de 12,35 milliards d'euros qu'Alstom doit examiner d'ici au 23 juin. L'allemand Siemens, qui a jusqu'à présent simplement exprimé son intérêt, a indiqué mardi qu'il envisageait de présenter une proposition formelle de rachat au plus tard le 16 juin.
L'exécutif français, qui craignait fin avril d'être mis devant le fait accompli d'une transaction en faveur du groupe américain, a réussi depuis à obtenir des dirigeants d'Alstom un délai suffisant pour que Siemens puisse participer au processus de vente. Il a également publié un décret lui permettant, selon lui, d'opposer un veto à toute vente d'actifs stratégiques français, et il cherche à obtenir une amélioration des offres de GE et de Siemens afin de protéger l'emploi, l'avenir du pôle ferroviaire – sur lequel Alstom se recentrerait – ou encore des activités-clés telles que les turbines pour centrales nucléaires, les éoliennes ou l'hydroélectricité.
Une source proche du dossier note que la défaite historique du Parti socialiste aux élections européennes de dimanche qui ont vu un électeur sur quatre voter pour le Front national a renforcé la légitimité de l'intervention de l'État dans ce dossier.
« Dans le vote de dimanche, le thème de la souveraineté a été très fort. La recherche de souveraineté sur ce qui est nucléaire, sur ce qui est sources d'énergies renouvelables et la nécessité d'avoir une branche transports viable sont nos priorités », indiquait cette source pour laquelle l'État serait « ouvert » à une vente d'Alstom pour peu que ces « impératifs soient respectés ».
Le ministre de l'Économie, Arnaud Montebourg, avait jeté le trouble dans le dossier en évoquant un « plan C » franco-français pour éviter une vente d'Alstom à un concurrent étranger. Mais selon plusieurs sources proches du dossier, l'État n'envisage pas un plan de nationalisation comme celui qui avait permis à Alstom d'échapper à la faillite en 2003-2004. « Il n'y a pas de plan de nationalisation d'Alstom, a indiqué une source au fait du dossier. Le plan C ne peut être que la participation publique à telle ou telle offre. »
(Source : Reuters)

