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Culture - Théâtre

« Sitt Marie Rose » voit la vie en noir

Portée sur les planches du théâtre Babel* par Bachir Achkar, une adaptation musclée de « Sitt Marie Rose » d'Etel Adnan*.

Une performance d’acteurs sur des cordes raides. Photo Marwan Assaf

Un projet ambitieux que celui de mettre en scène un roman fondateur de la littérature libanaise de guerre. Le jeune Bachir Achkar n'a certainement pas froid aux yeux pour s'attaquer, dans son premier coup d'essai, à un coup de maître. Possédant le courage et les moyens – il appartient à trois grandes familles de théâtre: celle de Nidal Achkar, dont il est le neveu, celle de la Lebanese American University, dont il est diplômé, et celle de Nagi Souraty, dont il a été l'étudiant puis le collaborateur au sein du collectif Agonistik – il présente ici une Sitt Marie Rose musclée, portée par neuf acteurs, une cinquantaine de cordes, une vingtaine de portes dérobées, un éclairage (ou plutôt une pénombre) bien étudié, des beaux costumes (signés Moe Khadra) et une musique lyrique à souhait.
Sitt Marie Rose, c'est d'abord le roman d'Etel Adnan, paru en 1977, traduit dans plusieurs langues et considéré comme l'un des textes emblématiques sur la guerre libanaise. Vibrante plaidoirie pour l'égalité, appel à des sentiments fraternels, humains, à la libération de la femme.
Sitt Marie-Rose c'est cette femme trentenaire, ayant fondé une école pour malentendants et malvoyants, jugée par les siens pour avoir aidé les autres, ceux de l'autre camp, ceux de l'autre religion, ceux de l'autre nationalité...
«Sitt Marie-Rose sera considérée coupable par les siens pour être sortie des sentiers battus, pour avoir cru en l'humanité, pour avoir lutté pour la justice sociale et pour l'émancipation de la femme dans un Moyen-Orient qui reste clanique et fanatique, voire même raciste», note le jeune metteur en scène.
«Seuls les élèves de son école pour malentendants ont su l'entendre quand elle criait à ses bourreaux que si justice il y avait, c'est bien eux qui aurait dû être jugés!»
Mais sa voix sera étouffée et réduite à celles de ses élèves et le monde sera bien plus sourd que les malentendants.
«Si on se souvenait de Sitt Marie-Rose, beaucoup de personnes éviteraient de subir le même sort», conclut Bachir Achkar qui a conçu là une pièce truffée de symboliques, mais affaiblie quelque peu par quelques erreurs (un synchronisme à «millimétrer» ou un jeu moins raide).
Et ces cordes sur lesquelles les acteurs (Nayla el-Haress, Joëlle Homsi, Mohammad Khadra, Fayez Rawas, Mamoun Tebbo, Roger Azar, Ali el-Abed, Saad el-Kadri et Joëlle Merheb) se balancent, ces liens qui se nouent et se dénouent, qui précipitent les gens au bord du précipice, comme le pays du Cèdre, où tous ces drames fratricides ne cessent de se perpétuer. Des paroles qui étanchent notre soif de vérité et une plaidoirie finale par Joëlle Homsi assez «estomaquante».

*Théâtre Babel, rue du Caire, ce samedi 23 et demain dimanche 24 mai, puis du 29 au 31 mai, à 21h. Tél. : 01/744033.

Un projet ambitieux que celui de mettre en scène un roman fondateur de la littérature libanaise de guerre. Le jeune Bachir Achkar n'a certainement pas froid aux yeux pour s'attaquer, dans son premier coup d'essai, à un coup de maître. Possédant le courage et les moyens – il appartient à trois grandes familles de théâtre: celle de Nidal Achkar, dont il est le neveu, celle de la Lebanese American University, dont il est diplômé, et celle de Nagi Souraty, dont il a été l'étudiant puis le collaborateur au sein du collectif Agonistik – il présente ici une Sitt Marie Rose musclée, portée par neuf acteurs, une cinquantaine de cordes, une vingtaine de portes dérobées, un éclairage (ou plutôt une pénombre) bien étudié, des beaux costumes (signés Moe Khadra) et une musique lyrique à souhait.Sitt Marie Rose, c'est...
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