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Culture

Nayla Tamraz : La scène littéraire et artistique libanaise, plateforme d’une mémoire de conflit

À l'occasion du colloque organisé par le département des lettres françaises et le master en critique d'art et curatoriat de la faculté des lettres et des sciences humaine de l'USJ, sur le thème « Littérature, art et monde contemporain : récits, histoire, mémoire », qui se déroule jusqu'à ce soir, Nayla Tamraz, chef de ce département, livre la réflexion suivante.

Nayla Tamraz.

«Parallèlement à l'évolution de la critique littéraire qui revient à considèrer aujourd'hui l'objet littéraire à l'intérieur du contexte historique et politique de sa production, l'une des tendances de la littérature postmoderne consiste à mettre en scène des histoires individuelles dans leurs relations avec les événements collectifs. Aussi, la production culturelle contemporaine réside assez généralement dans le recours à l'histoire comme d'un topo autour duquel se nouent des enjeux aussi bien esthétiques que mnémoniques et thérapeutiques. Dans les pays du monde arabe où les pratiques culturelles sont liées à des contextes de conflits, cette tendance prend tout son sens.
Au Liban en particulier, face à ce qui est vécu comme une amnésie collective entreprise depuis 1990, légitimée et entretenue par la volonté de reconstruction, tandis que d'autres travaux posent au contraire la question de l'oubli qu'ils envisagent comme une pratique nécessaire par laquelle le passé est interrogé et le présent confronté, artistes, cinéastes et romanciers se donnent pour mission de raconter et de réactiver les processus qui permettent de comprendre le passé refoulé, mobilisant pour ce faire les paradigmes du récit et de la mémoire, voire questionnant et bouleversant l'usage de ces derniers. Se proposant comme un espace d'investigation, l'art et la littérature deviennent le lieu d'une historiographie qui permet d'effectuer un travail de mémoire. Ainsi, la scène littéraire et artistique libanaise offre aujourd'hui une plateforme qui interroge l'existence d'une mémoire de conflit aussi bien individuelle que collective et constitue un espace où des questions sur la responsabilité de l'artiste ou de l'écrivain face à l'histoire trouvent un terrain privilègié. Comment ces paradigmes investissent les territoires de la création littéraire et artistique et sont en retour travaillés par elle ? Cette question se négocie au sein d'une fascination réciproque où ces champs disciplinaires se nourrissent mutuellement. Cette réflexion, engagée et poursuivie dans le domaine des pratiques artistiques contemporaines, demanderait à être élargie à celui de la création littéraire. Si la littérature et l'art se sont emparés de ces questions dans les limites de leur médialité respective, il apparaît désormais intéressant d'appréhender leurs pratiques conjointement dans leur rapport avec le contexte culturel, mais aussi avec les esthétiques qu'elles cherchent à développer.
«Par-delà les différences intrinsèques relatives à la nature du discours qu'ils véhiculent, que nous disent la littérature et l'art sur le monde contemporain et sur leurs approches mutuelles et respectives ? Ce colloque se donne pour objectif de donner à voir, dans le cadre d'une approche interdisciplinaire (esthétique, politique, sociologique, philosophique, psychologique ou narratologique), comment littérature et arts interagissent face à ces problématiques communes.»

«Parallèlement à l'évolution de la critique littéraire qui revient à considèrer aujourd'hui l'objet littéraire à l'intérieur du contexte historique et politique de sa production, l'une des tendances de la littérature postmoderne consiste à mettre en scène des histoires individuelles dans leurs relations avec les événements collectifs. Aussi, la production culturelle contemporaine réside assez généralement dans le recours à l'histoire comme d'un topo autour duquel se nouent des enjeux aussi bien esthétiques que mnémoniques et thérapeutiques. Dans les pays du monde arabe où les pratiques culturelles sont liées à des contextes de conflits, cette tendance prend tout son sens.Au Liban en particulier, face à ce qui est vécu comme une amnésie collective entreprise depuis 1990, légitimée et entretenue par la...
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