La question du mode de financement des dépenses, par l'impôt ou par la dette, qui n'est que de l'impôt différé, devient une question secondaire. L'impôt ayant pour rôle de financer les dépenses, on pourrait considérer qu'il constitue tout simplement le prix des biens et des services fournis par l'État, ce qu'on appelle parfois les biens publics (voir L'Orient-Le Jour du jeudi 15 mai 2014).
Quand l'impôt sert à distribuer des avantages gratuits à des gens qui ne les méritent pas, au-delà du caractère injuste de cette mesure pour tous ceux qui les méritent – tous ces fonctionnaires qui souffrent vraiment dans leur vie et leurs salaires comme d'ailleurs beaucoup d'autres dans la sphère privée –, cela aura pour effet la destruction des incitations productives pour tous les bénéficiaires des biens publics ainsi qu'un frein à l'acceptation de payer des impôts de la part de la population. La grille des salaires, au-delà du fait qu'elle constitue une promesse faite par un gouvernement démissionnaire de distribuer des revenus qu'il n'a pas, qu'il n'est pas certain d'avoir, et surtout qu'il n'aura probablement pas, devient alors un mécanisme de destruction des incitations productrices et des talents, et une exhortation à la médiocratie et à la mauvaise foi. Or, dans un contexte mondialisé de plus en plus compétitif, une telle faute ne se pardonne pas. Ce qui nous amène à nous interroger sur la survie de notre modèle de développement. Car, il faut bien le préciser, les salaires peuvent augmenter sans que le pouvoir d'achat ne s'améliore. Se battre pour les salaires, ce n'est pas forcément se battre pour des ressources plus élevées ni même pour moins de pauvreté. Quand la production interne est insuffisante, la relance par la demande ne peut aboutir qu'à un supplément de liquidité déversée dans le marché, sans production adéquate en contrepartie et par suite à la hausse du prix des produits et des actifs. En plus, cette demande supplémentaire se dissipera, le plus probablement au profit des produits étrangers. Ce qui se traduit par une augmentation des importations et le creusement du déficit commercial. Ce qui aboutit à une situation bien pire, avec davantage d'émigration de jeunes pour combler les trous de la balance commerciale et davantage d'endettement en monnaie étrangère, de vente de nos actifs immobiliers ou d'érosion de nos réserves en devises pour rééquilibrer nos comptes externes et maintenir la parité de notre monnaie locale par rapport au dollar américain. Ce qui augmentera encore plus l'endettement public et les surcoûts, et dégradera davantage notre compétitivité.
Ce qu'il nous faut, c'est rompre avec la pensée unique dominante et définir une véritable stratégie de réformes basée en priorité sur la baisse des dépenses publiques et des rentes indues. Cela commence par le recensement et la suppression de tous les emplois fictifs et inutiles, et par l'application de la grille aux fonctionnaires réels tout en les soumettant à des critères de compétences et d'objectifs prédéfinis afin de rendre l'État plus efficace. Il fait surtout réévaluer objectivement notre politique financière et la nature de notre dette, et renoncer à rembourser la partie jugée odieuse ou illégitime. Il faut en outre lutter efficacement contre la corruption et le gaspillage, et proposer une politique économique pour la jeunesse, c'est-à-dire une politique économique de l'offre pour l'ensemble de la société, mais qui ne sacrifie pas
demain.
Il faut avant tout une décision politique. Il s'agit de remettre la politique au poste de commande. Non pas la politique comme nous la vivons, mais la politique comme vision et invention permanente.
Nous avons consenti des augmentations de salaires il y a deux ans aux juges ; cela n'a pas abouti à l'amélioration de la justice. La justice, en tant que pouvoir, est restée soumise au pouvoir politique, et la situation de la justice en tant qu'institution s'est dégradée. Si bien qu'aujourd'hui, on se demande qui jugera les juges. C'est dans le sens inverse qu'il faut travailler : faire voter des réformes d'abord, consentir des augmentations ensuite.


"Les salaires peuvent augmenter sans que le pouvoir d'achat ne s'améliore. Quand la production interne est insuffisante, la relance par la demande n’aboutit qu'à un supplément de liquidité, sans production adéquate en contrepartie et par suite à la hausse du prix des produits. Cette demande supplémentaire se dissipera, probablement au profit des produits étrangers." ! A la rigueur, mais seulement dans un premier temps. Car cette augmentation du pouvoir d'achat incitera les producteurs locaux à produire mieux et plus ce qui, de facto, dissipera cette "manie" d'importer des produits "étrangers" ! C'est dans ce sens qu'il faut travailler : faire voter des réformes structurelles courageuses, tout en élevant en même temps le niveau de la population en augmentant son pouvoir d'achat par des salaires digne d'un pays soi-disant développé, et donc "Digne" de ce nom.
09 h 33, le 17 mai 2014