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Nos lecteurs ont la parole - Élias Austa

15 mai : vitalité des frères dans le monde

Trois cent trente-quatre ans après le début de l'Institut des frères des écoles chrétiennes, fondé à Reims par Jean-Baptiste de La Salle, plus d'un million d'élèves et d'étudiants, 4 000 frères et 85 000 associés lasalliens célèbrent le 15 mai la fête traditionnelle de leur fondateur, dans plus de 1 000 écoles, collèges, lycées et universités, en 84 pays.
Voir le nombre des établissements et des élèves augmenter et la présence lassallienne sollicitée de plus en plus, quand dans tous les instituts religieux les vocations se font rares, doit en étonner plus d'un.
D'où vient donc la vitalité d'une institution rompue à plus de trois siècles de luttes, durant lesquels elle a connu des sommets de gloire, tout comme elle a connu deux fois la dispersion de milliers de frères en 1891 et en 1906 hors de France. La première fois, elle renaît de ses cendres par un décret de Napoléon. La seconde fois, ce sera l'expansion hors de l'Hexagone qui lui confèrera une envergure universelle.
Oui, ces « braves gens », venus souvent du terroir, mais solidement formés pendant 3 à 5 ans dans des noviciats et scolasticats de légende, n'étaient qu'une centaine à la mort du fondateur en 1719. On les appela « ignorantins » parce qu'ils n'enseignaient pas le latin, mais ils ont régné sur les écoles primaires en France durant deux siècles, tout en ayant de prestigieux pensionnats. Ils dépassaient en 1904 les 14 000, dont 10 000 en France, pour atteindre plus de 16 000 frères au début des années 1960.
À se demander où ils puisaient chaque fois la force de recommencer... Pour ceux qui les ont connus de près, comme ceux qui ont lu les merveilleux « historiques » des communautés et des districts, la sève est inhérente à l'arbre et celui-ci est bien enraciné dans sa terre.
La terre, c'est l'Église au service de laquelle JBLS a placé son institut afin de participer à l'effort d'évangélisation généré par l'École française de spiritualité, au XVIIe siècle. Mais ces écoles, tout en étant gratuites et visant d'abord les fils des artisans et des pauvres en ville, sont ouvertes à toutes classes sociales et religions : de grands lycées pour financer des écoles gratuites. Plus tard, en Orient, on verra des écoles accueillant au XIXe siècle 95 % de chrétiens et qui prospèrent de nos jours avec 95 % de musulmans.
La sève, c'est l'esprit de foi, de zèle et de service qui caractérise la pédagogie pratiquée par les disciples de JBLS. Si tout part de l'Évangile, la tendance est plutôt à « prêcher d'exemple », par une vie toute entière donnée au service des enfants « laissés à eux-mêmes ». Le salut vient par l'école, où l'on apprend civilités et dévotions, mais surtout de quoi s'insérer dans la vie active : lire, écrire et compter.
Il serait long d'énumérer les innovations apportées à l'école par JBLS. On cite l'enseignement simultané et en français, les écoles normales. Or, plus on examine les rouages de sa pédagogie, plus on découvre combien les discours actuels sur l'éducation récupèrent des éléments de sa « Conduite des écoles » de 1706, fruit de vingt ans d'expériences partagées avec ses frères. Responsabiliser les élèves, se mettre à leur portée, avoir une grande vigilance, un discernement continu des réalités, répondre à des besoins réels, tout partager en communauté, rappeler la présence de Dieu, éduquer à l'intériorité, valoriser le silence...
Cette sève coule donc dans les veines de la communauté éducative, c'est elle qui a fait, et fait encore, la force des
lassalliens : l'autorité jadis absolue qu'on croyait garante de l'ordre ne réussissait pas seule à « toucher les cœurs » et faire aimer l'école aux enfants, sans des frères encadrés dans les communautés telles qu'on en vit chez nous au XXe siècle : 36, 60 et même 80 frères (ce qui explique les scolarités réduites ou gratuites). Le « coutumier » allait de 4h30 à 21h30 : vie de partage total, de soutien mutuel entre jeunes et seniors, d'un vrai travail d'équipe, dans la joie et la concorde.
C'est grâce à leur renoncement total, leur travail acharné et leurs sacrifices (sans compter exactions et persécutions fréquemment subies) que les écoles de frères, lancées avec des poignées d'élèves, en dépassaient les 1 500 en deux ou trois décennies, à Sainte-Catherine d'Alexandrie (1847), Khoronfish au Caire (1854), la Sainte-Famille à Tripoli (1886), le Sacré-Cœur de Beyrouth (1894), Saint-Joseph d'Izmir et Istanbul en Turquie (1841).
Dans tous les pays du Proche-Orient, ils ont pratiqué le « vivre ensemble », la tolérance et la fraternité entre élèves de différentes confessions, les méthodes de travail assidu, les innovations (écoles professionnelles, commerciales, de droit) traduisant le désir constant de répondre aux besoins réels et la grande capacité d'adaptation.
Leurs anciens élèves de Smyrne, Alexandrie, Jaffa ou Lattaquié, réunis dans des amicales aux quatre coins du monde, comptent ici-même des chefs d'État et de gouvernement (l'actuel en Égypte). Mais leur principal exploit est d'avoir permis à des milliers de fils venus de familles modestes d'accéder à des carrières supérieures grâce à une scolarité abordable et un esprit solidaire. Vous les retrouverez dans toutes les professions libérales ou les administrations des pays de la région où 2 000 frères ont donné leur vie pour éduquer. Si aujourd'hui ces frères, jadis nombreux, sont moins visibles, comment réussit-on à maintenir le cap, voire à répondre à de nombreux appels ici et là dans le monde pour tenir de nouvelles écoles ou en placer sous « tutelle lassallienne » ? C'est grâce aux supérieurs qui ont dirigé l'institut depuis 1966 : en ouvrant l'héritage lasallien, jadis réservé aux seuls consacrés, aux laïcs formés et engagés à pratiquer les vertus du bon maître lassallien, à travailler en communautés éducatives, animées par l'esprit de foi, de service et de fraternité. C'est cette association frères-laïcs, dans son acception profonde et nuancée, qui permet à l'institut de se développer au XXIe siècle.
En ce jour où le million de lasalliens dans le monde chantent « Honneur à toi, glorieux de La Salle... Vainqueur de l'ignorance, à l'âme si fatale », 95 délégués au 45e chapitre général planchent à Rome sur davantage de discernement et d'innovation, dans la fidélité à l'esprit fondateur.

 

Trois cent trente-quatre ans après le début de l'Institut des frères des écoles chrétiennes, fondé à Reims par Jean-Baptiste de La Salle, plus d'un million d'élèves et d'étudiants, 4 000 frères et 85 000 associés lasalliens célèbrent le 15 mai la fête traditionnelle de leur fondateur, dans plus de 1 000 écoles, collèges, lycées et universités, en 84 pays.Voir le nombre des établissements et des élèves augmenter et la présence lassallienne sollicitée de plus en plus, quand dans tous les instituts religieux les vocations se font rares, doit en étonner plus d'un.D'où vient donc la vitalité d'une institution rompue à plus de trois siècles de luttes, durant lesquels elle a connu des sommets de gloire, tout comme elle a connu deux fois la dispersion de milliers de frères en 1891 et en 1906 hors de France. La...
commentaires (2)

C'est à pleurer, oui. Mais de là à pleurer !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

15 h 47, le 15 mai 2014

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Commentaires (2)

  • C'est à pleurer, oui. Mais de là à pleurer !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    15 h 47, le 15 mai 2014

  • Honneur à toi, glorieux de La Salle et en ancien élève des Frères je ne peux qu’ être fier de cette école et lui souhaite une longue durée de survie pour sa vocation si noble .

    Sabbagha Antoine

    11 h 22, le 15 mai 2014

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