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Liban

L’économie fédératrice : de la politique aux politiques

L’un des slogans du « Civic Influence Hub » : le pari sur une conscience nationale.

À cette époque charnière et critique de l'histoire contemporaine du Liban où des questions existentielles et des préoccupations structurelles ébranlent le quotidien et le futur de tous les Libanais sans exception, il y a assurément un besoin urgent de nouvelles approches en matière de politique, à travers la promotion de la légitimité d'un esprit institutionnel solide et indéfectible, mais surtout dans les politiques socio-économiques pour tenir compte des tourments, des souffrances et des espoirs des citoyens.
Dans ce contexte, les préparatifs en cours en vue de l'élection présidentielle ainsi que les mouvements croissants de revendications syndicales, sans compter l'embarras et l'état de confusion des décideurs et les mises en garde des autorités économiques, pourraient être perçus comme autant d'indicateurs de nouvelles orientations populaires qui se profilent à l'horizon, ce qui signifie que l'attention se tournerait des controverses de la politique vers les questions épineuses de politiques publiques.
Il n'est pas question ici d'exclure les différends verticaux et horizontaux de fond entre les Libanais, mais de s'inspirer du moment présent pour mettre l'accent sur la possibilité de leur rassemblement autour des questions qui rythment leur quotidien ; une inspiration susceptible de marquer un tournant si elle est essentiellement fondée sur une nouvelle philosophie de la vision socio-économique, à savoir la philosophie de « l'économie fédératrice » mise en avant par le « Civic Influence Hub » il y a environ deux ans, à la faveur de la conviction de ses fondateurs, partisans et sympathisants, qui comptent dans leurs rangs des critiques bienvenus, aux jugements constructifs. Quel désir ardent nous avons d'initier des débats qui se dérouleraient au cœur des sphères sociales et économiques qui se livreraient une compétition à qui voudrait s'occuper au mieux des politiques publiques dans l'intérêt du bien commun !

Une dynamique authentique de changement
« Qu'est-ce que l'économie fédératrice ? » Telle est la question qui m'a été posée par l'un de mes amis, expert en économie, qui poursuivit : « N'en avons-nous pas assez des théories stériles enrobées de beaux slogans, alors que l'action est ce qu'il y a de plus urgent maintenant ? Par pitié, arrêtez ce genre de fuite en avant. »
L'exacerbation amère de mon ami me réduisit à un message laconique : « Je conviens, dis-je, que de nouvelles théories ne servent à rien et qu'il est désormais nécessaire de réfléchir plus profondément sur notre capacité à créer une dynamique authentique de changement socio-économique pour améliorer la qualité de vie des Libanais. » Cette réponse concise nous a incités ainsi à engager un débat national et scientifique sur ce que le « Civic Influence Hub » entend par « l'économie fédératrice ».
L'« économie fédératrice » n'est qu'une expression de la nécessité de chercher de manière systématique à encourager les Libanais, tous les Libanais, à trouver un mécanisme intelligent et efficace pour surmonter leurs divisions verticales et horizontales avec leurs nombreuses ramifications qui dépassent le cadre libanais, à travers une revalorisation de ce qui peut renforcer leur cohésion sociale sur la base de leur prospérité économique tout en poussant à un renforcement de l'État souverain. Cette revalorisation ne déroge en rien au postulat d'appartenance au Liban en tant que pays définitif pour tous ses fils dans le respect du pluralisme, mais contribue au développement des terrains d'entente entre les Libanais, à savoir la gloire de l'identité et jusqu'à la convergence pratique sur des plans pilotes visant à retrouver l'équilibre entre les secteurs public et privé et la société civile dans le cadre d'une action de partenariat en matière de responsabilité.
Si l'« économie fédératrice » a pour objectif premier de rétablir l'équilibre entre l'État et l'opinion publique, en tenant compte des composantes multiples de chacun de ces axes, son deuxième objectif se ramène indubitablement à affirmer qu'il est temps de passer de la politique aux politiques. Ces politiques sont appelées à répondre aux besoins quotidiens, et à long terme, des citoyens. Elles sont le corollaire de la planification, de la vitesse d'exécution et de la complémentarité des plans établis, et consistent en outre à créer un mécanisme de contrôle de la part de la société civile qui se doit d'abandonner son statut d'observateur passif, de grognon réduit au désespoir, pour s'engager dans des initiatives constructives et l'adoption du sens de la responsabilisation, loin des tentatives d'apaisement et des flagorneries.

Un partenariat incluant les citoyens
Quant au troisième objectif de l'« économie fédératrice », il se réfère au besoin pressant de lancer un partenariat entre les secteurs public et privé, sinon plus ; et en cela, le « Civic Influence Hub » cherche à élargir ce partenariat en vue d'inclure les citoyens en donnant lieu ainsi à un triptyque, ce partenariat tripartite devant fournir des normes équilibrées essentiellement fondées sur l'interdiction du monopole, le renforcement du modèle compétitif et de la capacité d'investissement selon des proportions équitables, et pourquoi pas, et c'est bien la ligne de fond, en assurant la réalisation de projets régionaux pilotes dans le cadre d'un plan national sur base de la décentralisation administrative dont le dernier projet de loi est à même d'encadrer.
Le quatrième objectif de l'« économie fédératrice » consiste à rassembler les Libanais autour de constantes qui ne risquent pas de les diviser et de disperser leurs capacités ou de les induire à une situation d'inféodation. C'est précisément dans cette unité que réside la possibilité de coopération entre les décideurs, le secteur privé et la société civile, dans la mesure où cette coopération serait fondée sur le principe partagé de l'intérêt public plutôt que de se borner à tenter de renforcer des postes d'influence, d'accumuler des richesses ou de s'arracher des parts et des bénéfices. Et dans ce contexte, les principes de transparence et de droit à l'information ainsi que celui de saisie de l'autorité judiciaire compétente ont un rôle essentiel.
Le cinquième objectif se résume à la mobilisation des compétences créatives, scientifiques, techniques, juridiques, financières, administratives et de contrôle pour élaborer, mettre en œuvre et assurer la continuité de plans exhaustifs. Il est en effet urgent de mettre un terme au gaspillage de leurs énergies en raison du manque de planification nationale à court, moyen et long termes ; il est urgent en outre de continuer à relier le Liban résident et expatrié, non pas sur la base des profits immédiats, mais sur celle de l'attachement à l'identité et aux racines ainsi que sur la base de la convergence autour de l'action commune de nature à favoriser la stabilité sociale et la prospérité économique en définissant les champs et les domaines de l'action commune et en fixant ses priorités.

Entre libéralisme et socialisme
Enfin, le sixième objectif de « l'économie fédératrice » repose sur la « conviction » des partenaires du contrat socio-économique, étant donné que l'expression « partenaires de production », nonobstant sa dimension scientifique, comporte une ambiguïté dans la notion de justice sociale fondée sur la conviction de ces partenaires qu'il est temps de cesser les confrontations traditionnelles pour obtenir ses droits ou imposer ses conditions dans les secteurs d'activité et de la protection sociale. Par ailleurs, « l'économie fédératrice » cherche à anticiper ces affrontements actuels ou potentiels en offrant des options de création d'emplois pour accroître la croissance, ces opportunités de travail devant être sous-tendues par un réseau de protection sociale avec pour principaux piliers l'éducation, les hôpitaux et les systèmes de retraite.
L'économie fédératrice, au vu de l'égalité qu'elle prône au niveau du partenariat tripartite, a la possibilité de codifier les droits et d'institutionnaliser les voies de leur obtention et de consacrer le contrôle sur les contrevenants, ce qui suppose que l'on renonce aux démagogies de l'économie libérale et laxiste, d'une part, et l'économie socialiste, d'autre part. Somme toute, l'« économie fédératrice » est un juste milieu entre un libéralisme porté à la créativité et un socialisme dans les limites de sa protection des citoyens.
« L'économie fédératrice » n'est pas une théorie qui vient se greffer sur d'autres théories économiques ; elle a été traduite par le « Civic Influence Hub » par une première initiative nationale fédératrice, en l'occurrence le « plan quinquennal pour la gestion du secteur de l'eau au Liban », étant donné que le droit de l'eau y est perçu comme un droit et une richesse et non pas comme un bien ou une chasse gardée ; je cite ici « Bluegold », puissions-nous à travers cette initiative lancer un débat national et nous éloigner des dérives menant à la confrontation destructrice, au profit de la science et de l'intégrité.

* Civic Influence Hub – Directeur exécutif

À cette époque charnière et critique de l'histoire contemporaine du Liban où des questions existentielles et des préoccupations structurelles ébranlent le quotidien et le futur de tous les Libanais sans exception, il y a assurément un besoin urgent de nouvelles approches en matière de politique, à travers la promotion de la légitimité d'un esprit institutionnel solide et indéfectible, mais surtout dans les politiques socio-économiques pour tenir compte des tourments, des souffrances et des espoirs des citoyens.Dans ce contexte, les préparatifs en cours en vue de l'élection présidentielle ainsi que les mouvements croissants de revendications syndicales, sans compter l'embarras et l'état de confusion des décideurs et les mises en garde des autorités économiques, pourraient être perçus comme autant d'indicateurs de...
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