J'ai beaucoup apprécié la repartie acerbe de l'ambassadeur d'Arabie Saoudite à Beyrouth remettant à sa place la présentatrice d'une chaîne de télévision locale qui lui demandait si un hypothétique rapprochement saoudo-iranien faciliterait l'élection du président de la République libanaise.
N'était-ce la retenue due à son rang et à sa fonction, je suis certain que cet ambassadeur aurait copieusement insulté la journaliste ou, à tout le moins, lui aurait jeté à la face le premier objet contondant à portée de sa main.
« Le Liban est un pays indépendant », a-t-il martelé furieux. « Comment osez-vous lier son avenir à une entente entre tel ou tel État étranger, l'élection de votre président est une affaire purement interne », a continué le diplomate pratiquement survolté pour qui, semble-t-il, le mot indépendance est un terme lourd de sens et de responsabilités.
Voilà, venant d'un diplomate de carrière, qui amène de l'eau au moulin de beaucoup d'entre nous, révoltés d'écouter les inepties de la gent politique qui malheureusement tient en main les rênes de notre avenir. Et qui soutient mordicus, que la fumée blanche doit sortir des cheminées des pays décideurs de notre bien-être.
Si tel est le cas pourquoi donc toute cette salade qu'on nous sert quotidiennement, doublée de la mascarade du mercredi dernier, les députés jouant les filles de l'air, ou à cache-cache dans les couloirs du Parlement pour arriver à faire chou blanc, défaut de quorum à le clé, en plus de ce gros mensonge : « un président fabriqué au Liban » ?
Peuple diminué et crédule que nous sommes ! Et des informations à dormir debout, des noms à coucher dehors, de courir dans tous les sens. Les Américains veulent celui-ci, les Iraniens celui-là, le régime syrien untel. Pas du tout, claironne l'un de ces prétentieux, Américains et Européens ont laissé les coudées franches à la France ; elle a son poulain. Déjà que M. Hollande s'en sort à peine avec ses compagnes. C'est à voir.
Il est triste et décevant pour un pays qui fut le phare économique de la région, le poumon de sa liberté, son centre culturel, le berceau de sa démocratie, son havre de liberté, d'arriver à un tel stade de déchéance, de banqueroute humaine à l'échelle non seulement nationale mais, plus étroitement encore, communautaire.
N'y a-t-il plus au sein de cette communauté qu'une poignée de personnes pour diriger le pays, car, grâce à leurs guéguerres intestines, leurs rivalités maladives, leur positionnement surréaliste dans un camp contre l'autre, les manœuvres dilatoires qu'ils entreprennent pour écarter systématiquement de leur chemin toute personne qui pourrait remettre en question leur mainmise et leur suprématie sur elle, les prérogatives du premier magistrat de l'État se limitent désormais à un rôle de parapheur de décisions prises par autrui.
C'est pratiquement d'un hold-up qu'il s'agit. La majorité silencieuse porte bien son nom, elle n'a pas voix au chapitre, elle subit et se tait. C'est tout juste si elle a le droit d'applaudir, sur commande bien entendu. Les responsables semblent s'être donné le mot pour tuer dans l'œuf, annihiler toute velléité de fronde, d'émancipation, de remise en question de la misère où désormais nous vivotons.
Un peuple affamé, aux abois, qui reçoit avec une parcimonie étudiée l'eau, l'électricité, les soins médicaux, croule sous les taxes, la gabegie, l'insécurité, partage le peu de victuailles qui lui restent avec des réfugiés qu'on lui ramène de partout, assiste impuissant à l'exode de sa jeunesse, a-t-il encore du ressort pour donner un bon coup de pied dans la fourmilière de la place de l'Étoile, en finir une fois pour toutes avec ces sangsues qui le sucent jusqu'à la moelle ?
Je suspecte fortement les participants au joli mois de mars, toutes tendances confondues, d'être liés par un pacte de non-agression, sauf en ce qui concerne le bon peuple, devenu à force de faiblesse amorphe, crédule, gobant toutes les couleuvres et tous les bobards qu'on lui sert. Les joutes verbales et autres débordements linguistiques font partie intégrante de la mise en scène, pour mieux tenir en laisse les troupes et étêter sans coup férir celui ou celle qui oserait protester.
Le mandat de l'actuel locataire du palais de Baabda se termine dans les derniers jours de mai, avec le début des vacances scolaires. Et si au lieu de chanter avec les potaches la comptine « Vive les vacances. Les maîtresses au feu et les cahiers au milieu », nous y mettions tout ce beau monde, nous aurions peut-être la fumée blanche et notre président.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef