À 44 ans, il publie enfin ce premier roman, Les gens qui comptent, bientôt adapté au cinéma par Storner Prod: «Le livre part à Cannes avec mon producteur et l'idée d'un projet franco-brésilien», se
réjouit-il.
La réalisation pourrait être confiée à un jeune cinéaste, Dominique Rocher. «Le producteur adorerait voir Carole Bouquet jouer l'un des personnages du livre», confie l'auteur.
Une partie du récit se déroulant en Amazonie, Storner Prod va rencontrer au Festival de Cannes des Brésiliens, «avec l'espoir d'une coproduction franco-brésilienne. Le film pourrait entrer en production début 2015 et sortir en 2016».
«J'ai travaillé cinq ans à New York où j'informatisais des agences de mannequins. J'y ai vu de près l'obsession de la beauté et de la célébrité... Un jour, j'ai tout plaqué, vendu tout ce que j'avais, fait une petite dépression et me suis mis à écrire ce roman, six heures par jour, pendant un an», poursuit le quadragénaire, à l'allure juvénile et au regard ténébreux.
Apollon en état de choc
«Les gens qui comptent est une fable moderne, sans morale, mais avec une conscience», dit son auteur. Un jeune homme d'une beauté à couper le souffle est assis sur un banc parisien, immobile et muet. Tous l'admirent et lui ne voit personne. Qui est cet Apollon en état de choc? D'où vient-il? Avec sa gueule d'ange pour seuls papiers, il aurait dû se méfier... Car au fil de péripéties contés avec une ironie grinçante et une langue abrupte, il devient la proie de Gontran, paparazzo minable, cupide et avide de célébrité, qui va en faire sa chose.
Baptisé David, en référence au David de Michel Ange, celui que Gontran appelle «l'autiste» pour mieux le déshumaniser se transforme à son insu en star médiatique et fantasme sexuel. Télévision, publicité, magazines people, actrices, tous s'arrachent cet objet du désir énigmatique. Artisan sans scrupules de cette frénésie, Gontran l'utilise pour devenir, enfin, «quelqu'un qui compte». On découvrira que «David» vient, lui, d'un monde aux antipodes de cette société du spectacle, «machine à broyer les âmes»...
L'idée du livre est née de l'emballement médiatique autour de la découverte, en 2005 en Angleterre, d'un jeune amnésique surnommé «Piano Man», parce qu'il ne faisait que dessiner des pianos. Ce simulateur, apprendra-t-on, a fait la une des médias du monde entier, notamment du JT français... Auparavant, le massacre par des orpailleurs de tribus Yanomami, au Brésil, avait été pratiquement passé sous silence. «J'ai trouvé cette différence de traitement insupportable. J'ai toujours été fasciné par les Indiens d'Amazonie. Cela a fait naître en moi une colère, une frustration, et l'envie d'écrire ce roman. Quand je l'ai fini, j'ai jeté ma télé!»

