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CD, DVD - Un Peu Plus De...

Identité

Suis-je véritablement libanais(e)? Suis-je libanais(e) si je ne possède pas la langue arabe parfaitement ? Cioran disait qu'on habite une langue, pas un pays. Suis-je libanais(e) si ma langue maternelle n'est pas l'arabe ? Si l'arabe n'est pas la langue maternelle de mon fils? Si le français que je lui parle ne l'emmène pas ailleurs ? Est-ce que je l'éloigne de ce qu'il est, en ne sachant ni écrire ni lire, alors que lui possède l'arabe littéraire? Ce petit garçon s'éloigne-t-il de ses racines tripolitaines, s'éloigne-t-il du Sud en balbutiant le libanais ? J'essaye pourtant de lui parler l'arabe malgré ma pensée qui se construit en français. J'essaye. C'est déjà ça. Sauf que je suis peut-être une des seuls à essayer autour de lui. Sa famille fait l'effort. Mais ça reste un effort.
Et c'est triste. C'est triste de voir qu'on s'est écarté de ce que nous sommes pour faire semblant d'être ce que nous ne sommes pas. Pas tous, heureusement. Mais nous, les francophones, pourquoi nous inscrivons-nous dans la langue de Baudelaire au lieu de celle d'Abû Nuwâs ? Faisons un petit effort. Rien qu'un petit en étant d'abord plus indulgents avec cette langue aux mille synonymes, cette langue d'émotions, de sensations. Réapproprions-là nous. Demandons à ce que dans les garderies, on parle aux enfants en arabe, au lieu de s'efforcer à masquer le roulé des « r ». Que les puéricultrices demandent aux enfants s'ils veulent de l'eau dans la langue de Gibran et pas dans un français approximatif. Sourions aux hôtesses de la MEA quand elles nous proposent « ahwé » ou « shay ». Et surtout arrêtons de les critiquer. De les comparer. Et si l'une d'entre elles nous dit « 3youné » en nous tendant un jus de tomates – boisson rituelle de l'avion, on ne sait pas pourquoi – eh bien prenons ça comme une marque d'affection. À l'instar de cette douce familiarité dont font preuve parfois ces interlocuteurs anonymes au téléphone. « Eh habibté », « 2mor ro7é ». Faisons un effort en (ré)écoutant les pièces de Ziad Rahbani pour connaître un peu plus notre culture. En écoutant les chansons de Feyrouz, pas les plus connues dont on passe les versions instrumentales au moment où ledit avion de la MEA se pose sur le tarmac. Ces instrumentaux qui donnent plus envie de se tailler les veines que de rentrer au pays. Prenons du plaisir à entendre sur un vieux tourne-disque Sabah et ces chanteurs et chanteuses orientaux qui parlent notre langue et qui ont bercé nos enfances. Sabah Fakhry, Abdel Halim, Asmahan, Oum Kalsoum, Farid el-Atrache, Abdel Wahab. Dansons aux rythmes de Mashrou' Leyla et de la voix envoûtante de Hamed Sinno. Découvrons bientôt le premier album de Aziza qui draine un public de plus en plus nombreux au Blue Note. Chantons au masculin ces chansons d'amour qui font partie des plus beaux poèmes de la littérature arabe. Et choisissons notre culture. Oublions ce désir d'appartenir à la culture occidentale. Elle fait partie de nous, mais n'est pas nous. Allons aux festivals en ne snobant pas les artistes libanais qui s'y produisent. Allons au théâtre libanais, aux concerts libanais, aux spectacles de danse libanais, aux expositions libanaises. Bougeons-nous pour notre culture. Revoyons de vieux films libanais en noir et blanc. Apprenons la dabké. Apprenons la danse du ventre. Apprenons à jouer de la darbouka. Ramenons la zaffé et le tabbel à toutes les fêtes. Qu'on soit 3arouss ou pas. Faisons de grands repas autour d'un riz avec « ch3ariyyé ». Servi avec, tour à tour, kebbé labniyé, chorbet kechek, fassolia. Faisons un taboulé, une fatté, un raheb. Mangeons des 2tayyef bi achta, du haléwé, des tamriyé. Et arrêtons quand on reçoit des gens de penser qu'un filet au four et un riz au curry valent mieux que notre cuisine du terroir. Qu'une tarte au chocolat et une glace aux myrtilles sont plus chics qu'une kneffé. Servons des vins libanais, de l'arak. Habillons-nous libanais. Portons des abbayas, des sandales orientales, des chérouels. Offrons libanais. Des savons de Saïda, des livres en arabe aux enfants de chez Dar el-Qomboz, des bri2 may au lieu de carafes en cristal. Allons visiter notre pays, nos montagnes. Et réchauffons-nous autour d'un saubia. Tous ensemble.

Suis-je véritablement libanais(e)? Suis-je libanais(e) si je ne possède pas la langue arabe parfaitement ? Cioran disait qu'on habite une langue, pas un pays. Suis-je libanais(e) si ma langue maternelle n'est pas l'arabe ? Si l'arabe n'est pas la langue maternelle de mon fils? Si le français que je lui parle ne l'emmène pas ailleurs ? Est-ce que je l'éloigne de ce qu'il est, en ne sachant ni écrire ni lire, alors que lui possède l'arabe littéraire? Ce petit garçon s'éloigne-t-il de ses racines tripolitaines, s'éloigne-t-il du Sud en balbutiant le libanais ? J'essaye pourtant de lui parler l'arabe malgré ma pensée qui se construit en français. J'essaye. C'est déjà ça. Sauf que je suis peut-être une des seuls à essayer autour de lui. Sa famille fait l'effort. Mais ça reste un effort.Et c'est triste. C'est triste de voir...
commentaires (5)

CORRECTION ! Merci : "L’arrimage à ce croissant Arabe et fertile, conforte en l'occurrence les vraies origines..."

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

07 h 35, le 12 mai 2014

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Commentaires (5)

  • CORRECTION ! Merci : "L’arrimage à ce croissant Arabe et fertile, conforte en l'occurrence les vraies origines..."

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 35, le 12 mai 2014

  • DES ARABES... LE LIBAN N'A VU QUE SOUFFRANCES ET COUPS BAS ! MAIS DITES-MOI S.V.P. QUI EST ARABE, DE CES PRÉTENDUS PAYS ARABES ???

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    10 h 35, le 11 mai 2014

  • Bravo! Excellent! Si tous les Libanais pouvaient penser comme vous!

    Michele Aoun

    08 h 33, le 10 mai 2014

  • Votre texte est émouvant, mais ne rend pas fidèlement compte de la réalité de la "défrancophonisation" du Liban. Pendant une petite centaine d'années, grâce d'abord aux écoles confessionnelles mais aussi laïques, nous avons acquis une langue de culture qui nous a superbement ouverts au monde. Il en allait de même à Alexandrie ou à Alep. Nos élites sont devenues plus universelles et généreuses, plus conscientes du bien commun, plus fiables. L'arabe libanais a toujours été une langue sociale et administrative. Mais nous perdons le français comme langue de culture au profit de l'anglais comme langue des affaires. Au passage on perd la culture. Cela n'est pas totalement étranger à la décadence qui affecte notre pays, comme d'ailleurs l'Egypte et la Syrie. Et même comme la France, qui se délite identiquement avec le délitement de la langue.

    Aractingi Farid

    07 h 35, le 10 mai 2014

  • L’arrimage à ce croissant Arabe et fertile, conforte en l'occurrence les origines. Ce n'est plus Beyrouth qui, carrefour où s'entrecroisent moult sensibilités, cultures et intérêts de la région, a vocation d'en devenir le cœur ; c'est le pays entier qui confirmera alors son statut de plaque tournante d'où rayonnera vers la Syrie, la Palestine, la Jordanie, l’Égypte, l'Irak et au-delà ses idées de libertés culturelles et arabes. Et ses réseaux banquiers, yâ wâïyléééh ! Passage obligé surtout des marchandises et demain des idées, ce pays doit, alors qu'il n’est pas en passe d'être pacifié, se mobiliser dans this perspective. Il est en situation de préfigurer intelligemment ce qui sera demain le challenge de ses sœurs et frères arabes : substituer à ce cadre étriqué local, la vitalité de pays revigorés, et les prodigieuses virtualités de cette dimension printanière arabe ! Encore faut-il qu'en ce patelin on en soit conscient. Leur penchant naturel, à ces indigènes, n'est pas l’arabisation naturelle mais plutôt l'acculturation funeste. Alors que les dangers sont là, ils ne sont capables que de se mettre d'accord sur Rien ; même pas en sabir.... "étranger" ! En cette période où les cabris sont légion qui crient "Franglais ! Franglais !", il est pertinent d'exiger d’eux qu'un usage, même modeste mais volontariste de l’arabe, accompagne leurs professions de foi en l’air. Et, par là même, prouver qu’ils peuvent avoir la politique de leur pensée.... arabe.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    06 h 52, le 10 mai 2014

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