« A Boy » à l’expressivité criante. Acrylique sur toile de Ghada Zoghby (100 x 80 cm ; 2011).
Dix ans déjà que Jabal défriche le potentiel de nos jeunes talents nationaux. Dix ans qu'à l'initiative de la Fransabank et de son président féru d'art, Adnan Kassar, cette exposition se tient annuellement à l'hôtel Le Gray, au centre-ville, pour faire découvrir au public le foisonnement de la jeune scène artistique libanaise et servir de lien entre l'artiste émergent et le réseau des galeries.
Ce mécénat, qui a aussi pour objectif de «mettre l'art à la portée de tous en le montrant», selon la formule de Adnan Kassar, a ainsi fait connaître au cours des neuf dernières années quelque 300 artistes, dont quelques-uns jouissent déjà d'une certaine notoriété. Pour la cuvée 2014, 35 nouveaux artistes, parmi les 130 qui ont envoyé leur candidature, ont été choisis par Laure d'Hauteville et Pascal Odille, le duo de directeurs artistiques de ce Salon.
Âgés entre 25 et 35 ans, les exposants sont des artistes professionnels, des étudiants en beaux-arts ou même des autodidactes qui, jusque-là, n'ont jamais bénéficié d'expositions en galeries. Il s'agit en somme d'une condition sine qua non, avec celle d'être libanais ou vivant au Liban, pour participer à Jabal, signalent les organisateurs. Mais voilà qu'au détour de la visite, on tombe sur les peintures d'un artiste réfugié, de belle facture, certes, mais qui a déjà eu droit à au moins une exposition dans une des galeries de la ville. Signalée par un compte-rendu dans ces mêmes colonnes...
Primauté de la figuration humaine
Sinon, l'impression dominante qui se dégage des quelque 175 œuvres présentées par 17 peintres, 7 sculpteurs, 3 dessinateurs, 7 photographes et une brodeuse, c'est la primauté de la figuration dans cette cuvée. Une figuration ultraréaliste (et pleinement aboutie dans les huiles d'Elissa Raad) ou plus fantaisiste et onirique (dans les toiles de Yasmina Nysten, ou encore dans certains photomontages de Fouad Rizk, par exemple), mais qui aborde toujours le thème central de l'humain, son environnement, ses préoccupations, ses traumatismes (on retrouve d'ailleurs souvent en filigrane des œuvres exposées des symboles de guerre et de violence), ses aspirations, rêveries, désirs, ou encore plaisirs (mais ces derniers registres sont plutôt rendus au moyen du surréalisme ou alors carrément l'abstraction, comme c'est le cas dans L'Eroticism de Naïm el-Hajj). Une cuvée 2014 plutôt classique, plutôt sage et dans laquelle on relève nombre d'influences prononcées de certains grands artistes... Mais de laquelle émerge, malgré tout, quelques univers singuliers, à l'instar de ceux de Poline Harbali, qui brode au fil ainsi qu'au crayon mine, sur tissus ou même napperons, des dessins évocateurs de la condition féminine; de Myriam Dalal, dont l'installation photographique joue sur les illusions de l'absence-présence; ou encore de la céramiste Sarah-Jane Lteif, qui mixe dans ses créations volumes sculpturaux et motifs picturaux... Ainsi que quelques talents picturaux et sculpturaux forts, notamment ceux de Tamara Haddad (paysages marins ou de machines nimbées d'une note d'onirisme), de Ghada Zoughbi (aux portraits incroyablement expressifs), de Alaa Abou Shaheen (en métal soudé, des ânes symboles des événements en Syrie) ou encore d'Alice al-Khatib, qui étire, contorsionne ou même dépèce ses animaux
de bronze...
Autant d'œuvres, parmi d'autres moins créatives, mais qui n'en ont pas moins de belles qualités esthétiques et techniques, qui méritent le coup d'œil !
*Beyrouth, place des Martyrs. Horaires d'ouverture : de 16h à 21h.


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